Le sommeil de bébé

« Bébé fait-il ses nuits ? » C’est une question incontournable que se fera poser tout nouveau parent assez rapidement. Mais que signifie l’expression « faire ses nuits », en fait ?

Dans la théorie, « faire ses nuits » signifie dormir au moins 5h d’affilée entre 23h et 5h. Dans les faits, les gens qui posent cette question veulent plutôt demander si bébé fait « nos nuits » d’adulte, c’est-à-dire s’il dort au moins 7 ou 8 heures d’affilée la nuit.  Beaucoup veulent même savoir par cette question si bébé fait des « nuits d’enfant », c’est-à-dire s’il dort en continu entre 10 et 12 heures par nuit, soit de 19-20h à 6-7h environ, question de donner un répit aux parents (du temps en amoureux) en soirée, et la possibilité de dormir la nuit. On peut donc constater qu’il existe un grand écart entre ce qui est exprimé par les spécialistes du sommeil et ce qui est attendu par les parents.

Or, dans la théorie, vers 3 ou 4 mois (et même à 2 mois), le bébé est capable de faire ses nuits et prêt à le faire. Il ne tient qu’aux parents de lui en donner l’occasion par de saines habitudes et une routine rassurante.  Bien sûr, on parle ici de 5 ou 6 heures de sommeil continu, rappelons-le, mais ce n’est pas ce qu’en comprennent un grand nombre de parents, qui s’attendent à ce que leur bébé dorme sans interruption 7-8h, voire 10-12h, à cet âge.  Cet écart entre les attentes et la réalité devient une grande source de stress et de frustration potentiels.  Soit le bébé risque d’être qualifié de « difficile », de « capricieux », soit les parents vivront une grande culpabilité et un sentiment d’incompétence devant leur échec à faire dormir leur bébé correctement.  Dans les deux cas, il y a malaise.

Il me semble par conséquent important de faire un tour d’horizon de ce qu’est le sommeil d’un bébé, de ce qui est normal et représente une attente saine des parents… et bien sûr de ce que nous pouvons faire pour que bébé et parents dorment en harmonie.

Une question de cycles : le sommeil du bébé, très différent de celui de l’adulte

Voyons d’abord le sommeil de l’adulte, le nôtre, qui nous servira de point de référence pour explorer ensuite celui du bébé.  L’adulte* a besoin de dormir environ 8-9h par période de 24h, dont la quasi-totalité (7-8h) en continu durant la nuit, le reste (si nécessaire) étant consommé sous forme de sieste.  Le sommeil se découpe en cycles qui, chez l’adulte, ont une durée d’environ 90 minutes chacun.  Une bonne nuit de sommeil permet donc à l’adulte d’enchaîner 5 ou 6 cycles de sommeil complets.  Entre ces cycles, celui qui dort passe parfois par une courte période nommée « sommeil transitionnel », un état proche de la veille qui dure de quelques seconde à un maximum d’une dizaine de minutes.  C’est pendant ce sommeil transitionnel que vous pouvez regarder votre réveil, constater qu’il vous reste de délicieuses heures de repos devant vous et vous rendormir aussitôt (quoique vous n’étiez pas vraiment éveillé).

Le sommeil proprement dit se divise en deux types.  Le premier, le sommeil lent, est souvent appelé sommeil profond.  Il se caractérise par une immobilité des yeux sous les paupières, et une tranquillité du corps en général.  Le second, le sommeil actif, est souvent appelé sommeil paradoxal ou sommeil léger.  Il se caractérise par des mouvements oculaires rapides sous les paupières.  C’est la phase de sommeil pendant laquelle se produisent les rêves.

Quand un adulte s’endort, il entre d’abord en sommeil lent.  Ce premier sommeil lent dure entre 90 et 110 minutes et lui permet de passer par 4 phases de plus en plus profondes (de plus en plus reposantes).  Le premier cycle de sommeil est complété par un 10 minutes de sommeil actif.  Ensuite débute un deuxième cycle.  Le sommeil lent prédomine donc fortement au début de la nuit, mais à chaque cycle, la proportion de sommeil actif augmente.  Dans le dernier cycle de sommeil, les sommeils lent et actif ont une durée à peu près égale, le sommeil actif pouvant durer jusqu’à 60 minutes.  Au total, au cours d’une nuit, l’adulte passe 80% de son temps en sommeil lent et 20% en sommeil actif.

Le sommeil du bébé, lui, est vraiment différent.  D’abord, le bébé naissant n’a pas d’organisation circadienne, c’est-à-dire qu’il ne fait pas la différence entre jour et nuit.  Il ne va acquérir cette capacité que plus tard, vers 3 ou 4 mois.  La majorité des nouveau-nés vont même avoir leur plus longue période d’éveil en soirée, au moment où leurs parents commencent à avoir envie de se mettre au lit, parce que justement ils se sont habitués pendant leur vie intra-utérine à s’éveiller quand maman se couchait (puisque lorsqu’elle marchait et bougeait, il était bercé, endormi, et donc porté à dormir le jour et s’éveiller le soir).

Ensuite, même si le bébé a besoin de plus de sommeil quotidien que l’adulte (16 à 18h pour un nouveau-né, 13 à 15h jusqu’à 18 mois, environ 12h pendant le reste de l’enfance), les cycles de sommeil du bébé sont franchement plus courts que ceux des adultes :  ils ne durent que 50 minutes en moyenne.  Cela tient en partie au fait que les besoins du bébé en sommeil actif sont beaucoup plus élevés.  En effet, des cycles plus courts permettent au bébé de passer 50% de son temps de sommeil en sommeil actif.  La multiplication des moments passés en sommeil actif est essentielle au développement du cerveau complexe du bébé humain (j’en ai parlé ici).  Cependant, chaque passage du sommeil lent au sommeil actif est un moment fragile où le risque de réveil est plus grand.

Enfin (et c’est en partie la cause du point précédent), l’endormissement du bébé est différent de celui de l’adulte.  Ainsi, au lieu de sombrer directement dans le sommeil lent, le bébé passe d’abord par une phase de sommeil actif d’une vingtaine de minutes, qui est suivie d’une dizaine de minutes en sommeil transitionnel.  Ce n’est qu’ensuite que le bébé entre en sommeil lent.  C’est pourquoi les bébés se réveillent très facilement (au moindre bruit, au moindre mouvement) durant la première demi-heure de sommeil et que certains bébés semblent impossibles à déposer.  À trois ou quatre mois, quelques bébés commencent à entrer directement en sommeil lent, comme les adultes.  La majorité des autres ne le fera que (bien) plus tard, à des âges très variés.

Une journée typique

Les parents (moi la première) sont avides de ces points de repères qui permettent de vérifier que bébé est « normal », c’est-à-dire qu’il agit comme la moyenne des bébés de son âge.  Voici donc des routines typiques par tranches d’âge, qui ne sont bien sûr données qu’à titre d’exemple et ne doivent en aucun cas devenir des routines à imposer à votre bébé :

0-3 mois :  Bébé se réveille pour boire.  Parfois, il se rendort au sein.  Parfois (surtout en fin d’après-midi et en soirée et de plus en plus souvent à mesure qu’il vieillit), il a ensuite une période d’éveil plus ou moins longue.  Si elle est plutôt longue, il pourra avoir envie de boire à nouveau pour retrouver le sommeil.  Il boira entre 10 et 15 fois par période de 24h, et s’éveillera donc environ 11 fois par jour, par exemple à 1h, 4h, 7h, 9h, 11h, 13h, 16h, 18h, 19h30, 20h30 et 22h.  Ses plus longues périodes de sommeil continu dureront donc entre 2 et 3 heures.

3 à 6-7 mois :  Bébé a un horaire à 3 siestes, dont voici un exemple :
6h  :  Boire du petit matin, retombe ensuite dans le sommeil pour terminer sa nuit
8h  :  Boire du matin
10h :  Sieste de l’avant-midi, d’une durée d’environ 50 minutes
11h :  Boire du dîner
13h : Boire, puis sieste de l’après-midi, d’une durée d’environ 2h30
16h :  Boire
18h :  Boire, puis sieste de soirée, d’une durée d’environ 50 minutes
20h30 :  Boire du dodo, puis première partie de la nuit, d’une durée d’environ 5h
1h30 environ :  Boire de nuit, puis seconde partie de la nuit, d’une durée d’environ 4h (souvent 2X2 heures avec un boire vers 3h30)

6-7 à 10 mois :  L’horaire de bébé est très similaire au précédent, sauf que la sieste de soirée disparaît et que le coucher se fait par conséquent généralement un peu plus tôt, vers 19h30-20h.  Bien sûr, bébé commence à manger 3 repas par jour, et cela peut avoir une incidence sur le nombre de boires.

10 à 18 mois :  Bébé fait deux siestes quotidiennes, l’une vers 9h30, d’une durée de 50-60 minutes, l’autre vers 13h, d’une durée de 2h-2h30.  Il se couche vers 19h30 le soir pour une nuit d’une durée totale d’environ 11h de sommeil.  Il se lève donc vers 6h30 le matin.  Un bon nombre de bébés allaités vont commencer à faire leurs nuits (ne plus se réveiller) entre 10 et 12 mois, après la phase d’anxiété de séparation.  Certains, surtout ceux de petit poids, vont tout de même continuer à avoir besoin d’un ou deux boires nocturnes encore quelques mois :  il n’y a aucune bonne raison de les en priver.

18 mois à 4-5 ans :  Le tout-petit a encore besoin d’une sieste d’une durée d’environ 2h en après-midi.  Il se couche vers 19h30 pour une nuit d’environ 11h et n’a plus de réveils nocturnes la plupart du temps.  Des réveils occasionnels sont normaux : cauchemars, inconforts, etc.  L’enfant a parfois besoin d’être rassuré, soigné ou câliné.

Note :  À partir du moment où la sieste de soirée disparaît, une sieste d’après-midi qui dure plus de 3 heures ou qui se termine après 15h30 risque de nuire à l’endormissement du soir.  Il faut donc veiller à coucher bébé assez tôt après le dîner pour qu’il puisse dormir suffisamment longtemps sans dépasser 15h30.  Si bébé est difficile à coucher le soir mais dort longtemps en après-midi, on pourra aussi enfreindre la sacro-sainte règle et réveiller bébé de sa sieste vers 15h30.

Immaturité ou nécessité ?

Dans les bouquins des prétendus spécialistes du sommeil, on lit souvent que les nombreux réveils nocturnes des bébés sont le résultat de son immaturité et que les choses s’amélioreront bientôt.  C’est là une vision plutôt négative du nourrisson :  il est peu mature, alors son sommeil est désorganisé.  Et si, en fait, plutôt que d’être désorganisé, le sommeil du bébé était organisé autrement ?

Il me semble plus positif, plus constructif, d’envisager la différence entre les sommeils des bébés et des adultes comme le résultat d’une différence entre leurs besoins plutôt que comme un défaut des bébés.  Comme le sommeil des personnes âgées est différent de celui des adultes en raison de leurs besoins différents, un fait que l’on accepte.

Les nombreux réveils nocturnes de bébé ne sont pas seulement inévitables, ils lui sont nécessaires.  Ils ont été prévus pour assurer sa survie en lui permettant de se nourrir suffisamment, mais aussi pour le protéger de la mort subite du nourrisson en lui évitant un passage trop prolongé en sommeil lent (en restant aux phases 1 et 2 du sommeil lent, il est moins à risque d’apnée, de MSN).   Vouloir qu’un petit bébé dorme sans interruption toute la nuit est par conséquent égoïste, car cela se fait au détriment de son développement cérébral (réduction du temps de sommeil actif), de sa prise de poids (allaitement nocturne), de sa santé, voire de sa vie (mort subite du nourrisson, encore 1 cas sur 2000 bébés) et de son développement affectif (besoin de contact avec la mère, d’être rassuré).

Il est important de se rappeler que si le bébé a de grands besoins de sommeil quotidiens, il n’a pas besoin de beaucoup d’heures de sommeil consécutif, et que son repos est assuré avec de courtes (50 minutes) et moyennes (1h30 à 4h) périodes de sommeil.  Que c’est la multiplication de ces courtes durées de sommeil qui lui est nécessaire.

Il est aussi primordial de mettre en évidence le fait que la transformation du sommeil de nouveau-né (interrompu) en sommeil d’enfant (continu) est un processus lent et discontinu.  Ainsi, il est tout à fait normal que le bébé vive des « rechutes ».  Certains scénarios sont même tout à fait courants.
Par exemple, la plupart des nouveau-nés s’endorment seuls, sans aide.  Puis, vers l’âge d’un mois, de 6 semaines, ils n’y arrivent plus :  ils pleurent, ont besoin d’être allaités, portés, bercés, ils semblent combattre le sommeil.  C’est en fait parce qu’à ce âge (vers 6 semaines), le cerveau opère une maturation importante qui leur permet de constater « je suis éveillé »/ »je dors ».  C’est là qu’ils commencent à avoir besoin de s’endormir volontairement, alors qu’avant, ils le faisaient inconsciemment.
Par exemple, la plupart des bébés font une, quelques ou plusieurs nuit(s) vers l’âge de trois mois, une fois que l’allaitement est bien établi et qu’ils commencent à vivre de plus longues périodes d’éveil le jour, qui les épuisent.  Puis ces mêmes bébés recommencent à se réveiller plusieurs fois par nuit vers 4 mois environ, voire à vouloir boire toutes les 2 heures la nuit.  C’est tout à fait normal parce que généralement la production de lait maternelle se transforme (passage du mode endochrine au mode autochrine) à ce moment de leur vie et que c’est l’instinct qui les pousse à stimuler davantage la production durant cette période cruciale.  Cela ne veut surtout pas dire qu’ils ont besoin de commencer à manger des céréales.  Au contraire, c’est le pire moment pour leur faire manger leurs premiers aliments, car cela risque d’interférer avec la poursuite de l’allaitement.  Si l’on accepte la situation, que l’on en connaît la raison et que l’on continue d’allaiter bébé à la demande, la production devrait s’adapter rapidement et les réveils nocturnes pour boire s’espacer.  Si on lutte et refuse le sein, bébé va au contraire continuer de se réveiller et même intensifier sa demande parce que c’est l’instinct de survie qui le guide.

Pourquoi, si le sommeil de bébé est ainsi, est-ce si difficile pour les nouveaux parents ?

Parce que, nous l’avons vu, l’adulte a besoin de sommeil continu.

Parce que, aussi, les conseils donnés aux nouveaux parents les incitent souvent à adopter des comportements qui vont à l’encontre de leurs propres intérêts !

Je vais citer quelques cas :

Que papa donne un biberon à bébé la nuit pour permettre à la maman de se reposer.  C’est la pire idée qui soit.  Pour que sa production de lait s’ajuste aux besoins de son bébé, la mère a généralement besoin que bébé tète entre 1h et 5h du matin (c’est un fait biologique, une question hormonale).  Bien souvent, cette bonne intention provoque le déclin à brève échéance de l’allaitement (et tous les efforts que maman fera pour éviter cette situation sont loin d’être synonymes de repos).  De plus, c’est le moment quotidien où la maman a le plus de lait, donc si elle n’allaite pas, l’engorgement risque de la réveiller de toute façon.  Et pour ne rien arranger, le fait que papa prenne soin du bébé n’empêche pas la mère de s’éveiller… et allaiter lui fournit des hormones qui favorisent son rendormissement ; écouter bébé pleurer pendant que papa prépare le biberon favorise plutôt l’éveil complet.  En outre, si la mère passe plus de 6h consécutives sans allaiter, elle compromet la contraception naturelle.  Or, ni les grossesses rapprochées ni même le retour précoce de couches ne sont souhaitables, car la maman a besoin de refaire le plein d’énergie et de minéraux avant de créer la vie à nouveau.  Et la contraception hormonale artificielle (pilule à progestatif seul, stérilet Mirena) est loin d’être sans risques pour sa santé (c’est un autre sujet).

Que bébé dorme dans sa propre chambre dès la naissance, autant pour les siestes que la nuit.  L’expérience de toutes les mamans du monde le prouve :  ce n’est pas tant le fait de se réveiller la nuit qui est difficile, c’est avant tout le fait de se lever.  Il n’y a rien de pire pour casser le sommeil que de marcher sur un plancher frais, allumer un éclairage électrique (compromet l’organisation circadienne et la sécrétion de mélatonine).  Quand bébé dort dans sa propre chambre, il s’éveille moins souvent, mais plus beaucoup plus longtemps.  Souvent, la mère qui doit se lever pour prendre soin de son bébé mettra du temps à se rendormir même lorsque le poupon l’aura fait.  Ainsi, le temps total de sommeil des parents est plus élevé lorsque bébé dort dans leur chambre.  De plus, le fait de coucher un bébé naissant dans sa chambre, fenêtre obstruée et porte close (dans le noir donc) pour les siestes diurnes nuit à l’acquisition de l’organisation circadienne et la retarde parfois de plusieurs mois.  Le sommeil nocturne est donc affecté négativement par cette pratique.

Que bébé doit apprendre très rapidement à s’endormir seul.  Non seulement ce conseil met une pression incroyable sur les épaules des nouveaux parents (s’ils n’y arrivent pas, quel échec!), mais il leur donne beaucoup de travail inutilement.  Que de pleurs, que de temps passé en stratégie et recherche d’objets magiques seraient évités si l’on disait aux parents que tous les jeunes enfants finissent par réussir à s’endormir seuls à un âge qui leur est propre.  Les bébés ont besoin d’être accompagnés dans le sommeil parce qu’ils sont prévus biologiquement pour craindre la solitude (c’est une question de survie instinctive pour les petits mammifères qu’ils sont).  Et plus les parents tentent de les faire s’endormir seuls, plus ils deviennent anxieux et difficiles à endormir… plus ils résistent au dangereux sommeil.  Du temps (du sommeil!) perdu, du stress inutile.  Rien d’autre.

Bref, la très grande majorité des problèmes de sommeil des bébés sont en fait causés par les tentatives maladroites des parents pour faire acquérir de (mauvaises) bonnes habitudes de sommeil à des bébés qui ont de (différentes mais) bonnes habitudes dès la naissance, tout naturellement.

Y a-t-il tout de même des cas où le sommeil de bébé est problématique ?

Du point de vue des parents, assurément, nous y reviendrons bientôt.

Mais du point de vue du bébé lui-même aussi.

Par exemple, un bébé dont les périodes d’endormissement sont de moins de 50 minutes environ, que ce soit pour les siestes en journée ou durant la nuit.  Cela peut arriver à l’occasion sans que ce soit inquiétant.  Mais lorsque cela se produit régulièrement (plusieurs fois par jour), c’est problématique parce que cela ne permet pas au bébé de compléter un cycle de sommeil.  Une sieste de 30 minutes ne comprend aucun sommeil lent.  Or, si les besoins en sommeil actif sont plus élevés chez le bébé, le sommeil lent lui est aussi nécessaire.  Nous l’avons mentionné, certains bébés ont du mal à franchir la première demi-heure de sommeil parce qu’ils se laissent stimuler ou déranger par leur environnement et s’éveillent.

Par exemple, un bébé de plus de trois ou quatre mois qui a sa plus longue période de sommeil continu en journée plutôt que durant la nuit.  C’est que ce bébé n’a pas acquis d’organisation circadienne :  il ne fait toujours pas la différence entre jour et nuit.  Or, si l’on ne peut pas forcer bébé dans son développement biologique, il est possible de l’aider.  Et il est autant dans son intérêt que dans celui de ses parents de « faire la pirouette ».

Par exemple, un bébé qui ne dort jamais plus de 50-60 minutes à la fois.  Cette durée de sommeil, correcte pour les siestes, et même la nuit pour les nouveau-nés (deux premiers mois) est problématique lorsqu’elle est chronique ensuite.  Elle montre alors que le bébé est incapable d’enchaîner deux cycles de sommeil sans s’éveiller complètement.  C’est un apprentissage qui est nécessaire dans les plus brefs délais pour lui permettre un repos suffisant.  S’il est normal pour un bébé de s’éveiller plusieurs fois par nuit, il n’est tout de même pas sain qu’il s’éveille toutes les heures :  il doit au moins une ou deux fois par nuit enchaîner deux ou trois cycles de sommeil.

Par exemple, un bébé qui est incroyablement difficile à endormir.  Il n’est pas acceptable que ce soit plus long endormir bébé que le temps qu’il passe ensuite endormi.  Il n’est pas correct non plus que les parents doivent recourir à des stratagèmes sans fin (comme les ballades en voiture au milieu de la nuit) pour mener bébé au sommeil.  C’est signe que quelque chose ne va pas.

Il y a des façons d’aider son bébé à mieux dormir, quel que soit son problème de sommeil, et nous aborderons cette question dès maintenant !

Des trucs, donc, pour concilier les besoins en sommeil de bébé et ceux de ses parents !

Heureusement, j’y arrive !

Tout d’abord, cette section présentera une philosophie de vie, une façon globale, d’envisager le sommeil quand le couple devient famille.  Je suis totalement convaincue de l’efficacité de cette manière de voir le sommeil parce que je l’ai testée par deux fois sur deux bébés aux tempéraments très différents (dont une Frimousse qui pourrait être qualifiée de « BABI » si je ne refusais pas cette étiquette de tout mon coeur de maman), mais aussi parce que les valeurs et les connaissances sur lesquelles elle s’appuie me sont chères.

C’est essentiellement la méthode du Dr William Sears (dont je ne peux que recommander encore et toujours la lecture), mais teintée de mon expérience personnelle et de celle de mes amies proches.

Cela commence avant la naissance de bébé.  Avec des préparatifs et des achats différents.  Plutôt que de préparer à votre bébé à naître une chambre, de lui acheter un lit à barreaux et tout le flafla, faites votre nid.

Préparez-vous à accueillir le fruit de votre amour dans votre nid d’amour, votre chambre, votre lit.
Cela peut vouloir dire acheter un lit plus grand :  un couple dans la moyenne de poids ne sera à l’aise avec bébé que dans un grand lit (queen), des parents plus costauds (ou qui partagent déjà leur sommeil avec un premier enfant) auront probablement besoin d’un très grand lit (king).
Cela peut vouloir dire ajouter un side-car au lit.  Il se vend maintenant des lits de bébé conçus spécialement pour le cododo sécuritaire.  Ils sont probablement ce qu’on pourrait appeler « le meilleur des deux mondes ».  Mais un moïse fait aussi l’affaire.
Cela veut toujours dire de vous informer sur le cododo et sur la manière de le pratiquer de façon sécuritaire :  matelas ferme (pas de lit d’eau), absence de couverture lourde et épaisse, pas pour les parents fumeurs ou ayant consommé drogues et alcool, etc.  Comme l’on respecte les règles de sécurité quand on met bébé dans une bassinnette (pas de contour de lit, etc.), il y a des règles à respecter pour cododoter correctement**.
Cela veut souvent dire aussi prévoir un endroit où déposer bébé si un besoin d’intimité pressant se faisait sentir entre papa et maman :  petit moïse ou berceau, matelas de lit simple posé sur le sol de la chambre, parc…  un endroit où bébé ne passera généralement pas ses nuits, mais quelques heures endormi tel ou tel soir ou matin.

Pensez aussi aux siestes dès avant la naissance.  Car si bébé a besoin de dormir plus que vous, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il ait besoin de dormir sans vous (Halte aux idées reçues !).  Ainsi, le mieux pour votre bébé, pour l’acquisition de son organisation circadienne, c’est de dormir le jour dans la pièce où vous vivez.  Qu’il s’habitue à dormir avec la lumière naturelle du jour, et un fond sonore normal.  Comme cela, il apprendra rapidement à différencier le jour (lumière, activité) et la nuit (noirceur, silence).  Selon son tempérament et son développement, de telles siestes seront profitables jusqu’à environ 4 mois.  Cela veut dire que, selon vos préférences et votre mode de vie, vous aurez besoin de l’un ou de plusieurs de ces articles pour les siestes :
porte-bébé dodo– un ou des porte-bébés physiologique(s)
– une poussette
– un chariot pour le vélo, le jogging, … et le hamac pour bébé naissant adapté
– un berceau, un moïse ou un parc au salon (qui pourra être amené dans la chambre parentale ou en visite au besoin)
N’oubliez pas que, les premières semaines après l’accouchement, vous aurez vous-mêmes besoin d’une sieste.  Prenez bébé au lit avec vous et laissez le sommeil vous gagner.  Ainsi, les nuits mouvementées vous paraîtront plus supportables.

La technique en elle-même est d’une simplicité désarmante.  Quand vous allez vous coucher le soir, allaitez d’abord bébé, puis amenez-le dans votre lit et couchez-le à l’endroit désiré (entre papa et maman, à côté de maman ou dans son lit en side-car).
– Maintenez si nécessaire (ou désiré) un contact physique rassurant (main sur le ventre, par exemple) et endormez-vous.
– Si bébé résiste (si le sein ne l’a pas suffisamment endormi), vous pouvez aller le bercer ou le promener dans le porte-bébé.
– Vous pouvez également lui donner votre index à téter (certains bébés ne trouvent pas leur pouce pour se réconforter eux-mêmes mais ont besoin de plus de succion que de lait pour dormir, par exemple quand la mère, comme moi, a un fort réflexe d’éjection et une abondante production) ; la suce n’est pas une aussi bonne option ; le bébé se sèvrera plus rapidement de votre doigt et la suce risque davantage d’interférer avec l’allaitement.
– Certains bébés, aussi, ont besoin d’être emmaillotés parce que leurs propres mouvements les éveillent.  Attention de choisir une couverture légère et de ne pas trop habiller bébé si vous l’emmaillotez, car la chaleur est l’un des plus importants facteurs de risque de mort subite du nourrisson.  Il faut également utiliser la bonne technique pour que cela soit sécuritaire (emmailloter les jambes droites et serrées conduit à un risque de dysplasie (malformation) de la hanche.

La « théorie » derrière l’idée de transformer le lit amoureux en lit familial est simple.  Des études ont montré que lorsqu’une femme allaite ET dort avec son bébé (les deux facteurs doivent être réunis pour que cela fonctionne), son sommeil se transforme pour lui permettre de mieux se reposer malgré les réveils.  Pour faire simple, les cycles de sommeil de la mère se modifient et s’adaptent pour se synchroniser sur ceux du bébé.  De cette façon, les réveils du bébé se feront presque uniquement à des moments où la maman sera en sommeil actif ou transitionnel, d’où il est beaucoup plus facile et moins perturbant d’être tirée que du sommeil lent, surtout dans ses deux phases les plus profondes.
La femme qui décide de ne pas allaiter ou de ne pas cododoter se prive de cette capacité de son corps et des avantages qui en résultent.  Le père bien intentionné qui veut faire sa part la nuit n’a malheureusement pas cette chance non plus, d’où des réveils qui lui sont beaucoup plus pénibles, surtout qu’il n’a souvent qu’un court congé de paternité ou parental et doit donc se lever le matin pour aller travailler, et pas la possibilité de faire une sieste en après-midi pour récupérer.

Pour ce qui est de l’heure idéale pour aller au lit, je dirais :  le plus tôt possible.  Vers 2 ou 3 semaines, la plupart des bébés commencent à faire des tétées groupées en soirée, une phase qui durera quelques semaines.  Ça ne sert à rien de se battre contre ça ; mieux vaut vous installer devant votre émission de télé préférée (en boucle), avec un bouquin qui vous passionne, un jeu de société ou toute autre activité qui vous permet d’allaiter sans que les soirées vous semblent trop lourdes et pénibles.  Puis allez au lit quand bébé est endormi ou semble prêt à dormir.  Réglez-vous sur lui pour cette (courte) période de sa vie, vous la vivrez beaucoup plus plaisamment.

Quelque part entre 5 et 8 mois, votre bébé sera prêt à se coucher plus tôt.  Il cessera de faire sa sieste de l’heure du souper ou la retardera.  C’est le moment d’instaurer une routine du coucher à la suite de laquelle vous accompagnez bébé dans le sommeil puis le laissez dormir le temps de profiter brièvement de votre soirée d’adulte avant de vous mettre au lit à votre tour, pas trop tard, car bébé vous réveillera sûrement une, deux ou trois fois encore avant le matin.  Et que sa plus longue période de sommeil continu sera presque assurément la première, pendant que vous êtes encore debout.  Donc lorsque vous êtes très fatiguée, donnez-vous le droit d’aller dormir tout de suite après bébé pour profiter de cette longue période de sommeil initiale.

La routine du dodo doit être simple et vous plaire.  Elle doit durer au moins 20 minutes et pas plus de 45.  Elle doit n’inclure que des gestes que vous voudrez, pourrez reproduire tous les soirs.  Personnellement, ma routine n’inclut pas le bain parce que je considère que la peau fragile de bébé n’a pas intérêt à être lavée tous les soirs.  Par conséquent, ma routine commence tout de suite après le bain les soirs où je le donne et commence exactement de la même façon, mais sans bain les autres soirs.  C’est pyjama, histoire, tétée pour Frimousse, verre de « lait » pour la petite Fée, câlins et bisous à papa, brossage de dents et au lit.  L’important, c’est l’ordre des éléments, qui ne doit pas être modifié.  L’histoire vient avant la tétée.  C’est prévisible, annonciateur.

Durant la nuit, il est important de ne pas allumer de lumières autant que possible.  Cela contribue à l’organisation circadienne, comme le fait de ne pas faire le noir le jour.  Et de choisir des lampes à faible intensité lorsqu’il est impossible faire autrement (changement de couche, par exemple).
Si vous en êtes capable, allaitez couchée.  C’est vraiment plus reposant, vous pouvez somnoler ou même dormir tout en allaitant.  Sinon, allaitez au lit, dans le noir, assise le dos contre votre oreiller.  Faites vos arrangement de sommeil de façon à ne pas avoir à sortir du lit et des couvertures pour prendre bébé, même s’il ne dort pas dans le même lit.  Cela fait réellement une différence sur votre facilité à vous rendormir.

Pour les siestes, variez les plaisirs !  C’est une bonne chose pour votre bébé d’apprendre à s’endormir dans des lieux et des situations différentes.  Il comprendra ainsi que l’important, c’est votre présence, que c’est le seul point de repère vraiment essentiel.  Vous pourrez donc éventuellement amener bébé en camping, à l’hôtel, au centre d’achat, etc. sans craindre que vos sorties et activités le privent de sommeil.  Par exemple, ma Frimousse s’endormait en poussette durant une longue promenade en avant-midi, dans son berceau au salon ou dans le porte-bébé les jours de pluie ou de magasinage.  Parfois, cette sieste, elle la faisait en auto.  L’après-midi, elle dormait avec sa soeur et moi dans mon lit.  Ou sur une couverture dans la cour arrière, à l’ombre d’un érable, pendant que nous nous baignions.

Je n’aime pas le terme « endormir » parce que l’on ne peut pas forcer une personne à dormir.  On peut obliger un enfant à rester dans sa chambre, à demeurer dans son lit, même à rester couché, mais on ne peut pas l’obliger à dormir.  Je préfère parler d’accompagner dans le sommeil, ce qui me paraît mieux illustrer ce que le parent fait.  Tous les bébés ont besoin d’être accompagnés dans le sommeil, je l’ai déjà dit.  Mais vous devez, en tant que parents, trouver une façon d’accompagner qui vous convient (au bébé comme à vous), car le choix est vaste.  Ce peut être en vous allongeant avec le bébé, en le berçant, en l’allaitant, en lui chantant une berceuse, en le massant ou le caressant, en le portant ou le promenant, en restant assis près de son lit dans un fauteuil, etc.  Vous pouvez aussi être créatifs !  Bébé va s’habituer à votre méthode et l’apprécier.  Et un jour, vous pourrez quitter la pièce alors que bébé n’est que somnolent et il aura assez confiance pour plonger dans le sommeil seul, et un jour, vous pourrez lui donner un bisou et une caresse, lui souhaiter bonne nuit et le laisser s’endormir seul.  Je ne peux pas vous dire quand, puisque ce n’est pas une question d’âge, mais de confiance.

Enfin, il faut accepter que certaines nuits et certaines siestes se passent mal.  Ne pas y voir un drame.  Ces mauvais dodos viennent le plus souvent en paire, en trio, en quatuor.  La meilleure chose à faire est de garder son calme et d’attendre que cela passe.  Il ne faut pas oublier que le double but est de permettre à bébé de dormir suffisamment au présent, mais aussi de lui inculquer de bonnes habitudes de sommeil pour l’avenir.  J’invite tous les parents à se demander si ce sont vraiment de bonnes habitudes à inculquer que d’apprendre à bébé à dormir seul, alors que nous, les adultes, aimons dormir ensemble.  Pourquoi en effet apprendre à bébé à s’endormir seul le plus rapidement possible ?  Est-ce ce que nous souhaitons à nos enfants pour l’avenir, la solitude ?  J’ai beaucoup de peine quand j’entends parler d’un couple dont les amoureux sont incapables de dormir l’un à côté de l’autre parce qu’ils ne savent pas accepter la présence physique d’un corps, ses mouvements, ses bruits, qu’ils se laissent déranger, réveiller par l’autre.  J’aime à ce sujet le rapprochement que fait le Dr Sears entre le matérialisme omniprésent dans les mentalités d’aujourd’hui et l’habitude d’envoyer les bébés seuls au lit :

« les adolescents et les adultes d’aujourd’hui ont souvent de la difficulté à établir d’authentiques relations intimes avec une autre personne.  Les oursons de peluche et les biberons nous ont aidés à élever une génération de personnes attachées avant tout à des biens matériels.  Le sommeil partagé apprend à l’enfant à se sentir confortable lorsqu’il est en contact physique avec une personne ; il ne remplace pas les personnes par des objets. »
(Sears, Être parent la nuit aussi, p. 54)

Et quand le bébé a tout de même des problèmes de sommeil ?

Malheureusement, ça arrive, j’en ai parlé plus haut.  La méthode que j’ai exposée peut contribuer à réduire le risque que ces problèmes surgissent, mais rien n’est parfait, ce n’est pas une formule magique !

Quand un bébé a des problèmes de sommeil, il faut d’abord s’assurer qu’un problème de santé ne l’incommode pas.
– Un bébé sur 4 environ naît avec un torticolis.  Une visite chez le chiro ou l’ostéopathe est conseillée pour éliminer cette possibilité ou pour entamer un traitement approprié.
– Un autre problème de santé commun est le reflux.  Les bébés qui en souffrent sont très mal sur le dos, ils dorment mieux dans le porte-bébé ou même en position verticale, la tête posée sur l’épaule d’un parent.  Il est possible de soulager le bébé qui souffre de reflux en agissant sur l’allaitement (plus de lait gras de fin de tétée, position inclinée vers l’arrière en début de tétée, etc.), cela vaut le coup d’essayer.  Parfois, une médication est inévitable.
– Le rhume affecte les bébés et les tout-petits plusieurs fois par année.  Difficile de dormir avec le nez bouché.  Une solution saline et l’utilisation du mouche-bébé sont recommandées avant chaque dodo.
– Même si elles sont moins fréquentes chez les bébés allaités, les otites demeurent un malaise courant.
– Les douleurs et les inconforts causés par la poussée dentaire peuvent être soulagés grâce à des produits naturels, ce qui devient incontournable quand elles deviennent source de nuits agitées.
– Si bébé semble affamé au réveil chaque fois (surtout si son gain de poids est lent), cela peut signaler un problème d’allaitement, une mauvaise prise du sein qui occasionne un manque de lait, par exemple.
D’autres problèmes de santé (difficultés digestives, intolérances, démangeaisons cutanées, par exemple) peuvent être impliqués.  S’assurer que le bébé qui dort mal n’a pas de problème de santé est la première intervention à tenter avant d’entreprendre quoi que ce soit d’autre.

Maman qui allaite doit aussi surveiller sa consommation de caféine.  On pense au café et au thé, bien sûr, et aux boissons énergétiques (qui sont déconseillées durant l’allaitement), mais il ne faut pas oublier les boissons gazeuses (Pepsi, Coke), le chocolat, le lait au chocolat, certaines tisanes, etc.  Bref, il est très facile de dépasser les 3 portions quotidiennes maximum.  En outre, certains bébés plus sensibles ne vont malheureusement pas tolérer 3 portions, et même la moindre consommation de caféine va les affecter négativement.  Il se peut que le café pris avec le déjeuner nuise à la sieste du matin et que par un effet d’entraînement (parce que le bébé qui dort mal ou trop peu le jour dormira souvent mal la nuit), le bébé dorme mal la nuit.

En outre, bien que ce ne soit pas directement lié au sommeil, certains aspects de notre mode de vie influencent grandement la qualité du sommeil de nos petits.  L’un des meilleurs conseils que je puisse vous donner :  aller dehors !  Sortez (presque) tous les jours, même au coeur de l’hiver, même avec un bébé de seulement quelques semaines.  Un bon bol d’air frais et une exposition modérée et raisonnable au soleil vous feront un bien immense et à votre bébé aussi.  Prenez contact avec la nature toutes les semaines, aussi souvent que possible :  une balade dans un sentier boisé à 10h ou un pique-nique dans un parc à l’ombre d’un arbre mature le midi ont des effets indiscutablement positifs sur la sieste d’après-midi et l’endormissement du soir.
De la même façon, et surtout avec des bébés plus vieux et des tout-petits, faites attention aux écrans.  Passer ses dernières heures d’éveil, le soir, devant un écran de télévision n’est pas l’idéal pour un bébé :  il a l’air calme, mais son cerveau est surstimulé, ce qui ne prédispose pas au repos.  En plus, la lumière des écrans nuit à la sécrétion de mélatonine, une hormone essentielle à l’endormissement.  Éteignez donc la télé avant le souper et ne la rallumez qu’une fois que bébé est couché.

Lorsque tout va bien d’autres parts, les parents peuvent agir pour aider bébé à mieux dormir.  Pour voir comment, prenons les différents problèmes de sommeil un à la fois :

Le bébé qui ne complète pas un cycle de sommeil :  Souvent, il s’agit tout simplement d’attendre qu’il dorme depuis 35 minutes environ avant de le quitter, de le déposer ou de le bouger. Voire de lui permettre de passer les 50-60 minutes dans la même position que celle où il s’est endormi, ce qui sera plus simple s’il dort couché à votre côté, dans le porte-bébé ou dans la poussette que si vous l’avez endormi en le berçant (parce que les bras ne sont pas infatigables et que vous finirez par avoir envie de le déposer).  Vous pouvez aussi vous allonger sur le dos au milieu du lit et faire dormir bébé sur le ventre, sur vous.  Le battement de votre coeur agira comme métronome pour rythmer sa respiration et son sommeil.  Pensez à tenter l’emmaillotement ou les bruits blancs.

Le bébé de plus de 4 mois qui ne fait pas la différence entre jour et nuit :  Pour l’aider, envoyez des signaux clairs montrant la différence entre jour et nuit.  La nuit, n’allumez plus, ne mettez surtout pas de veilleuse.  Faites attention aussi à vos agissements durant les réveils :  parlez le moins possible et toujours en chuchotant, ne sortez pas du lit ou, à tout le moins, de la chambre, soyez calmes, n’écoutez pas la télévision (d’ailleurs, comme la télé a un impact négatif sur le sommeil des bébés et des enfants, – j’en parlais ici – portez attention à vos habitudes d’écoute), n’ayez pas de discussion avec votre conjoint et ne jouez pas avec bébé.  Vérifiez que vos rideaux sont bien opaques et que le bruit de la circulation automobile n’est pas trop dérangeant (fenêtre fermée).  Commencez aussi à établir une routine de dodo, qui agira comme signal.  Le jour, faites dormir bébé en plein air (dans un parc, dans le bois, dans votre cour arrière) autant que possible, qu’il soit exposé à une lumière naturelle mais tamisée.  À l’intérieur, faites-lui faire la sieste ailleurs que dans la chambre (dans un porte-bébé, au salon, dans votre bureau, etc.).  Enfin, s’il fait une sieste diurne de plus de 3 heures, réveillez-le et occupez-le pour le garder éveillé.  De façon générale, veillez à ce que votre enfant joue et soit stimulé le jour pour qu’il ait besoin de se reposer au calme la nuit.  Cela semble sacrilège de réveiller un bébé, je sais, mais difficile de dormir la nuit si l’on est inactif le jour.

Le bébé qui n’enchaîne jamais deux cycles de sommeil :  Le truc qui a fonctionné pour ma petite Frimousse, c’était de vérifier  l’heure à laquelle elle s’était endormie puis de revenir m’allonger près d’elle 45 minutes plus tard.  Ainsi, quand elle ouvrait l’oeil à la fin de son cycle de sommeil (52 minutes), elle me trouvait à son côté comme au moment de s’endormir.  Rassurée, elle se rendormait immédiatement pour un 2e cycle et je pouvais quitter encore la chambre.  Parfois, je choisissais carrément de faire la sieste avec elle et ça marchait aussi ;), mais il est venu un moment où je n’avais plus besoin de faire la sieste et où je trouvais que 10-12 minutes à ses côtés pour profiter d’un autre 45 minutes de liberté, c’était un chouette compromis.  Avec le temps, elle a fini par ne plus ouvrir les yeux, alors j’ai cessé d’y aller et elle enchaînait tout de même ses 2 cycles.  La poussette fonctionnait aussi, à condition que je n’arrête jamais de marcher ni ne ralentisse trop le rythme de marche, mais je trouvais que c’était une joyeuse façon de me remettre en forme que de faire 2h de marche à pas rapides.  Bref, tout ça pour dire que l’important, c’est que le bébé retrouve lors de son réveil les mêmes conditions qu’à son endormissement, ce qui va le rassurer et lui permettre de replonger aussitôt dans le sommeil.

Le bébé trop difficile à endormir :  Il s’agit presque toujours d’un bébé plus anxieux que la moyenne.  Soit que la grossesse ait été stressante, l’accouchement difficile, soit que le bébé ait vécu une séparation d’avec sa mère, qu’il ait été hospitalisé, qu’il soit malade, soit qu’il ait tout simplement un tempérament très anxieux.  Les techniques de conditionnement au sommeil (5-10-15 et autres) que les parents peuvent essayer vont empirer la situation.  La première chose à faire, c’est de sécuriser ou de re-sécuriser le bébé :  du portage, une réponse prompte à ses pleurs jours et nuits, une maison calme (pas de disputes, de cris, d’agressivité), une mère calme (régler ou apprendre à mieux gérer les situations stressantes comme les problèmes financiers).  Ensuite, bien accompagner dans le sommeil… et l’éveil.  C’est-à-dire que ce qui rend le bébé si difficile à endormir, c’est presque toujours la peur de se réveiller seul.  Pour régler le problème d’endormissement, il faut donc agir sur les réveils, en s’assurant d’être prompte dans sa réponse et, autant que possible, présente physiquement.  Bébé ne devrait pas avoir à pleurer pour signaler qu’il est éveillé ;  alors, il est déjà trop tard (son niveau de cortisol, l’hormone du stress, a déjà grimpé en flèche).  Quand bébé dort contre sa maman, elle sent qu’il va se réveiller :  elle le sent bouger, elle entend les bruits qu’il fait avec sa bouche, etc.  Elle peut tout de suite agir en le rassurant par des mots doux chuchotés, une caresse ou en proposant le sein.
Il faut cependant se rappeler que vers 3 ou 4 mois, les bébés deviennent beaucoup plus conscients de leur environnement.  Ils sont fascinés par ce qu’ils découvrent et ne veulent rien manquer.  À cet âge, un bébé difficile à endormir ne manifeste pas nécessairement un manque de sécurité affective.  C’est une phase normale du développement, qui va passer comme toutes les autres.  La chaise berçante, l’aquarium musical, le disque de berceuses, la doudou pour emmailloter et le porte-bébé peuvent devenir vos meilleurs alliés en attendant que le temps fasse son oeuvre.

Le bébé de plus de 18 mois qui ne fait jamais ses nuits ou ne veut pas aller au lit :  Vos meilleures ressources dans ce cas sont la méthode du Dr Jay Gordon, dont vous pouvez avoir un aperçu en cliquant ici, et un petit bouquin intitulé Un sommeil paisible et sans pleurs.  Dans ce dernier, vous trouverez de nombreux trucs pour aider bébé à mieux dormir, parmi lesquels il y en aura assurément qui conviendront à vos valeurs et votre style de vie.  Je ne suis pas d’accord avec les interventions proposées pour les jeunes bébés (parce que même s’il ne pleure pas, le but reste de couper les tétées de nuit, ce qui me semble peu respectueux des besoins du bébé), mais pour les grands bébés, c’est génial.  Je recopie ici quelques uns de mes trucs préférés pour donner une idée :
– L’affiche de la routine du dodo (pour ceux qui ne veulent pas aller au lit) :  Placer sur la porte une affiche illustrant en ordre et sur une seule ligne chacune des étapes de la routine du dodo :  le pyjama, l’histoire, la tétée, le dodo dans le lit (il est important de ne pas oublier cette dernière image, qui montre à l’enfant le comportement attendu).  Vous pouvez prendre les images sur Internet, les dessiner (et même faire participer l’enfant).  Puis chaque soir, demander à l’enfant d’aller voir à quelle étape on est rendu.
– Les tickets d’appel ou de sortie (pour les enfants qui ne cessent de se relever ou d’appeler leurs parents) :  Compter le nombre de fois où l’enfant appelle en moyenne durant une soirée ou une nuit et lui donner 2 tickets de moins (mais un maximum de 4 tickets).  Quand il veut sortir de la chambre ou appelle son parent, il doit donner un ticket.  Quand il n’a plus de ticket, il ne peut plus sortir ou on ne lui répond plus, cela doit lui être expliqué et répété.  Il faut d’abord agir en prévention en s’assurant que l’enfant a tout ce dont il a besoin et en répondant « à l’avance » à ses habituelles demandes de sortie (l’emmener à la toilette, mettre un verre d’eau sur sa table de chevet, lui donner une collation avant le coucher, etc.)  Ensuite, il faut savoir que, passé les premiers jours, la très grande majorité des enfants ne dépenseront pas le dernier ticket, car ils ont peur d’en avoir vraiment besoin, ils vont le garder « au cas où »…
– Le petit matelas (pour ceux qui veulent venir dans le lit de papa et maman au milieu de la nuit) :  Placer un matelas de lit simple directement sur le sol, dans la chambre parentale.  Expliquer à l’enfant que s’il se lève durant la nuit, il a le droit d’aller se coucher là, mais sans faire de bruit « comme une petite souris ».  Particulièrement efficace si on ne peut plus cododoter avec l’enfant en raison d’une grossesse ou de la présence d’un nouveau-né dans le lit.  Ainsi, l’enfant ne se sent pas rejeté ; il apprend doucement que les bébés ont des besoins différents des enfants.  Parce que, sinon, il n’y a pas de raison de refuser que l’enfant nous rejoigne dans le lit en cours de nuit… c’est même un des petits plaisirs de la parentalité de les sentir se glisser près de soi…

Ce qui m’amène enfin au mot de la fin…

Jusqu’à quel âge, le cododo ?  Assurément, le bébé a besoin du cododo jusqu’à l’âge de 4 mois, ne serait-ce que pour prévenir la mort subite du nourrisson et pour favoriser l’allaitement.  On ne devrait pas s’arrêter avant.  Si les parents n’ont pas réussi à trouver en 4 mois un arrangement de sommeil partagé qui leur convient et qu’ils n’aiment pas le cododo, ce sera le moment de faire la transition parce que le bébé plus vieux va s’habituer et être plus récalcitrant à être laissé seul dans sa chambre.  Quand chacun y trouve son compte, on continue donc.  La phase d’anxiété de séparation (7 à 10 mois) est en effet mieux vécue lorsque le cododo se poursuit.  Ce n’est pas le moment idéal pour faire la coupure, on attendra après et ce sera plus facile et plaisant pour toute la famille.  Ensuite, c’est un choix personnel.  On peut décider d’attendre, pour transférer bébé dans sa chambre, qu’il fasse régulièrement ses nuits (les vraies, de 10-12h), qu’il sache marcher ou lui « donner » sa chambre comme cadeau pour son premier anniversaire, etc.  L’important, c’est que la transition se fasse de façon positive, qu’elle soit présentée à l’enfant comme une nouvelle aventure… pas comme un « bon débarras ».

Bref, pratiquez le cododo tant que vous êtes à l’aise et qu’il y a de la place dans le lit (ça dépend de la taille de la famille… et de celle du lit), ou dans la chambre pour un lit supplémentaire.  Il n’y a rien de malsain, de sexuel, etc. à dormir avec son tout-petit.  Vous n’avez pas à vous en priver, ni à en priver votre enfant.

Notes
* Le terme « adulte » exclut tout au long de cet article les personnes âgées, dont les besoins en sommeil sont différents :  moins de sommeil actif, moins d’heures au total aussi.

**  Ce n’est pas le cododo en soi qui est dangereux donc, contrairement à ce que plusieurs croient.  Il y a certaines pratiques de cododo dangereuses, cependant.  Et, par conséquent, plutôt que de mettre en garde contre le cododo (en général), les organisations comme l’Association canadienne de pédiatrie, l’Unicef et l’OMS changent leur fusil d’épaule et le recommandent maintenant, tout en établissant une liste de règles assez strictes à respecter.  Liste de laquelle je ne peux que me réjouir.  Après tout, les 2 tiers de la population mondiale pratiquent le cododo, il ne nous reste qu’à tirer des leçons de leurs enseignements.

Sources
Dr William Sears, Être parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2005.
http://evolutionaryparenting.com/proving-the-harm-in-early-sleep-training/
http://cododo.free.fr/articles/McKenna.htm
http://www.lllfrance.org/Dossiers-de-l-allaitement/DA-61-Ne-laissez-pas-pleurer-les-bebes.html
http://evolutionaryparenting.com/normal-infant-sleep-part-i/
Elizabeth Pantley, Un sommeil paisible et sans pleurs, 2005.
http://www.portersonenfant.fr/wp-content/uploads/2012/11/brochure-la-nuit-aussi.pdf
http://www.lllfrance.org/Allaiter-Aujourd-hui/AA-46-Ainsi-dorment-les-bebes.html
http://www.lllfrance.org/Allaiter-Aujourd-hui/AA-34-Faut-il-apprendre-aux-bebes-a-dormir.html
http://www.lllfrance.org/Feuillets-de-LLL-France/Problemes-de-sommeil.html
http://www.mamaneprouvette.com/2013/11/lemmaillotage-un-risque-pour-les-hanches.html
http://www.vetementallaitement.ca/2013/10/09/la-nuit-jallaite-ou-je-dors/
http://www.psychologies.com/Famille/Maternite/Bebe/Articles-et-Dossiers/Comprendre-et-apaiser-les-pleurs-de-bebe/Interview-de-Claude-Suzanne-Didierjean-Jouveau/Laisser-un-bebe-pleurer-pourrait-donc-avoir-des-consequences-nefastes-sur-son-equilibre-emotionnel
http://maternage.6mablog.com/post/2010/05/11/Changer-la-routine-de-sommeil-dans-le-lit-familial-dr-Jay-Gordon
http://www.lepoint.fr/societe/video-faut-il-laisser-pleurer-un-bebe-la-nuit-01-03-2014-1796748_23.php
http://www.sciencedaily.com/releases/2011/11/111102124955.htm

Liens pertinents sur le sujet
http://allaiterbonheuretraison.wordpress.com/2013/10/05/msn-allaitement-et-sommeil-partage-le-point/
http://allaiterbonheuretraison.wordpress.com/2013/09/06/sommeil-du-nouveau-ne-et-de-sa-mere-liens-avec-lallaitement/
https://zalahmaterne.wordpress.com/2013/06/28/la-methode-du-5-10-15-quand-la-medecine-encourage-la-maltraitance/

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91 avis sur « Le sommeil de bébé »

  1. Merci beaucoup pour ce billet, que j’ai également fait lire à mon conjoint. Très utile pour laisser la chance au bébé d’évoluer à son rythme et pas le nôtre.

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