L’introduction des aliments complémentaires

L’un des sujets qui a suscité le plus d’interrogations (et d’inquiétudes) chez moi en tant que nouvelle maman a été l’introduction des aliments complémentaires, qu’on appelle aussi « diversification alimentaire ».  Alors que je savais d’instinct pour l’allaitement avant d’accoucher, que j’ai découvert sans surprise pour le cododo les premiers jours, etc., la question de l’alimentation ne se posait pas pour moi en termes d’intuition à écouter mais de raisonnement rationnel à suivre, de lectures à faire pour me guider.  Absolument rien ne me permettait de deviner instinctivement ce qui convenait à ma mignonne Fée; je devais me renseigner, être convaincue par de l’information, de la « science ».

J’ai d’abord lu la documentation remise par mon obstétricienne-médecin de famille.  C’est là que j’ai découvert ce que je nommerai ici l’approche traditionnelle en matière d’introduction des aliments.  C’est l’approche que vous serez incitée à adopter si vous vous référez au Mieux vivre.  En résumé, cette manière d’introduire les aliments implique des étapes à respecter autant en ce qui concerne le choix des aliments, la forme sous laquelle les présenter que la quantité à donner.  Parmi les qualités de la méthode, il y a qu’elle incite à penser à des aliments qu’on a oublié de consommer soi-même depuis longtemps.  Par exemple, le Hobbit et moi, nous avons (re)découvert la patate douce et l’aubergine.
Ses principaux défauts tiennent à ses inexplicables incohérences et inconstances.  Pourquoi, par exemple, jusqu’en 2012, donnait-t-on absolument des céréales pour bébé comme premier aliment, mais ne devait-on donner aucun autre produit céréalier avant l’âge de 9 mois ? Quelle logique conduisait ces recommandations ?  Pourquoi aussi l’ordre d’introduction et les quantités changent-elles avec chaque nouvelle édition, notamment de façon majeure avec l’édition de 2013, où tout est chamboulé ?  À la longue, ça prouve que c’est du n’importe quoi, que c’est basé sur du vent et de vieilles habitudes bien plus que sur la connaissance du système digestif des nourrissons.

Puis, juste avant que notre Fée n’ait 6 mois, j’ai lu Accueillir mon enfant naturellement de Céline Arsenault.  Les conseils qu’elle prodiguait quant à l’alimentation des bébés contredisaient souvent totalement les enseignements du Mieux vivre.  Alors j’ai cherché plus loin et j’ai découvert l’alimentation autonome (en anglais, Baby Led Weaning).  C’était encore plus surprenant et déroutant pour moi que les conseils de Céline Arsenault, tellement qu’avec la Fée, je n’ai pas vraiment osé.  Il faut dire qu’entre temps, j’avais déjà commencé les céréales pour bébé (le fameux Pablum)…  Mais avec ma Frimousse, j’avais plus d’assurance.  Et l’alimentation autonome m’a bien inspirée.  En gros, l’approche consiste à donner des morceaux de ce que vous avez dans votre assiette comme premiers aliments pour bébé, sans suivre d’ordre, jusqu’à ce que bébé ait sa propre assiette comme la vôtre, et de le laisser manger avec ses mains ou une cuiller, de le laisser choisir ce qu’il ingère et indiquer quand il est rassasié.
Le principal attrait de cette approche, c’est que bébé mange normalement dès la première bouchée.  Pas besoin de cuisiner tout spécialement pour lui.  Exit les purées et les angoisses au resto quand on a oublié de lui traîner son lunch.  J’aimais bien aussi que bébé soit considéré comme un être capable et au fait de ses propres besoins, pas comme un végétal à gaver.  Le mot qui me venait spontanément à l’esprit :  naturel.  Et ça, ça me parle !
Mais, à mon humble avis, la méthode a aussi les défauts de ses qualités.  Ainsi, si votre alimentation familiale n’est pas parfaite, votre bébé risque d’être initié très rapidement à des aliments à la qualité nutritionnelle médiocre.  Et que ces aliments deviennent à votre grand désarroi ses favoris.  Il se peut aussi que l’alimentation de votre bébé manque grandement de variété et d’équilibre.  Et puis, l’attrait du sucre est inné, le goût du sel s’attrape assez rapidement et les aliments « vides » sont généralement savoureux.  J’aurais peur que bébé ne manifeste pas beaucoup d’enthousiasme pour les légumes s’il peut leur préférer du pain, de la confiture et du yogourt…
Enfin, et c’est là ce qui m’a le plus tracassée, l’alimentation autonome part du principe que si bébé n’arrive pas à manger des morceaux, c’est qu’il n’est pas prêt à manger du tout.  Ce n’est pas absolument faux.  Sauf que, de tous temps, les mères ont trouvé des stratagèmes pour adapter certains aliments aux bébés.  L’un des plus communs étant le prémâchage, par lequel la mère broie les aliments avec ses dents avant de les offrir au bébé, une technique qui a l’avantage d’ajouter des enzymes à la nourriture, ce qui en facilite d’autant plus la digestion.  Le prémâchage a, par exemple, permis aux bébés de bénéficier des bons nutriments des noix et des graines dès l’âge de 7 ou 8 mois à une époque où l’on n’avait pas encore inventé les supermarchés et les beurres de noix industriels.  Ainsi, ce n’est pas parce qu’il est nécessaire de transformer un aliment pour que bébé soit capable de le manger que cela signifie automatiquement que bébé ne devrait pas encore en consommer :  dans le cas du beurre de noix, par exemple, c’est seulement la technique de transformation qui a changé.

Bref, je voudrais vous présenter ici ma méthode personnelle d’introduction des aliments, qui n’est finalement qu’une synthèse où j’ai essayé de conserver le meilleur de ces deux mondes que sont l’approche traditionnelle et l’alimentation autonome et qui est basée sur les connaissance les plus récentes en alimentation que j’ai pu trouver.  Une méthode basée sur mes valeurs aussi, et la croyance que j’ai qu’une alimentation saine et variée est le premier pas vers la santé du corps et de l’esprit, et adaptée à un régime familial comme le nôtre, omnivore mais fortement tenté par le végéta*isme.

Avant tout, je souhaite préciser que je ne suis pas nutritionniste et que mes conseils ne sont adaptés qu’à des bébés exclusivement allaités (ou peu s’en faut) et nés à terme et en bonne santé.  Parce que l’une des connaissances que mes recherches m’ont donné l’occasion d’acquérir, c’est que les besoins nutritionnels des bébés nourris à la préparation lactée sont en certains points très différents de ceux des bébés allaités.  Ainsi, certaines imprécisions du Mieux vivre quant à l’âge auquel on devrait introduire les aliments tiennent justement à ce que les auteurs essaient de faire un guide unique pour tous les bébés, ce qui est peut-être impossible.  Par exemple, cette confusion qu’il entretient en ne précisant pas : entre 4 et 6 mois pour les bébés biberonnés et vers 6 mois environ pour les bébés allaités.

Quand commencer ?

C’est probablement la question la plus fréquemment posée sur les forums et dans les moteurs de recherche.  Pourtant, la réponse est partout :  vers 6 mois.  Mais encore ?!

À l’âge de 100 jours environ, le système digestif du bébé entame un processus de maturation.  Jusque là, les seules protéines qu’il pouvait digérer étaient les protéines humaines contenues dans le lait maternel.  Je ne suis pas calée en biologie, mais ce processus implique en gros la production de nouvelles enzymes de digestion et une certaine maturation du système immunitaire, pour lequel l’intestin joue un rôle prépondérant.  D’autres transformations physiques entrent en ligne de compte dans la capacité de bébé à manger, comme une augmentation de la quantité de salive et un meilleur contrôle des muscles impliqués dans la déglution.  Or, même si bébé pouvait être capable de manger un peu après ses 4 mois, la question fondamentale est de savoir s’il en a besoin, c’est-à-dire de savoir lequel de l’allaitement exclusif ou de l’allaitement accompagné d’aliments lui prodiguera le meilleur apport nutritionnel.
Dans presque tous les cas et à condition que l’allaitement se fasse à la demande (sans restrictions, même la nuit), l’allaitement exclusif continue d’offrir le meilleur apport nutritionnel jusqu’à environ 6 mois.  Tout simplement parce que le lait maternel apporte le ratio optimal entre les différents nutriments (lactose, protéines, gras, fer…) dont le bébé a besoin, ce que n’importe quel aliment complémentaire introduit va nécessairement perturber.  Bref, avant 6 mois, nourrir bébé, c’est toujours remplacer un aliment parfait (son lait) par un aliment moins parfait.

Alors pourquoi introduire des aliments à 6 mois ?  Pourquoi pas l’allaitement exclusif jusqu’à 1 an, voire jusqu’au sevrage ?

Il y a à cela deux raisons principales.  La première concerne le développement d’habiletés motrices et le développement de la mâchoire :  On donne des aliments au bébé pour qu’il apprenne à les saisir avec ses mains et à les porter vers sa bouche, pour qu’il apprenne à mastiquer et à avaler sans se lever le coeur ni s’étouffer, bref pour qu’il acquière des habiletés fondamentales.  Or, le bon développement de la mâchoire, s’il est déjà sur la bonne voie grâce à la tétée au sein, nécessite cette mastication quotidienne dès l’âge de 7 ou 8 mois.  Et là, on voit bien que l’approche traditionnelle fait fausse route avec ses purées bien lisses parce qu’elle passe complètement à côté de cet objectif.  Plusieurs parents l’ont expérimenté : si bébé au début ne reçoit que des purées lisses, ça peut devenir tout un calvaire de lui faire manger autre chose pendant des mois parce que plutôt que d’apprendre à mâcher, il apprend à siphonner.  Vers l’âge de 6 ou 7 mois, la très grande majorité des bébés seront prêts à mâcher… si on leur en donne l’occasion.  Et ceux qui ne sont pas prêts à mâcher ne sont probablement tout simplement pas prêts à manger (ce qui se rapproche de l’idée derrière le BLW, mais sans l’être).

La seconde raison concerne les besoins nutritionnels du bébé.  Il est né avec une bonne réserve de fer, qu’il a utilisée petit à petit pour combler ses besoins et qui commence à s’épuiser vers l’âge de 6 mois*.  Malheureusement, cela coïncide avec une légère augmentation de ses besoins en fer, en zinc et en protéines.  Il serait donc mieux pour bébé que, vers 6 mois, on commence à lui offrir des aliments riches en fer et en zinc et un peu plus protéinés que le lait maternel pour pourvoir à ces nouveaux besoins.  Bref, le meilleur ratio entre les nutriments n’est maintenant plus offert par l’allaitement seul, mais par une combinaison d’allaitement et d’alimentation solide.  C’est le début d’une nouvelle étape !

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Mais pourquoi donc bébé a-t-il besoin d’une réserve de fer ?  Le lait maternel ne devrait-il pas contenir tout le fer dont il a besoin, tout simplement ?  En fait, les spécialistes de la nutrition infantile sont à peu près convaincus que c’est là une façon de protéger le nouveau-né contre les infections.  En effet, les bactéries utilisent le fer dans l’intestin pour se multiplier.  En diminuant les apports alimentaires en fer nécessaires pendant les premiers mois, où bébé est particulièrement vulnérable, cette réserve de fer le protégerait donc des infections.

Comment savoir que bébé est prêt ?

La seule façon vraiment fiable, c’est d’essayer.

Mais pour se donner une idée, on peut observer quelques signes.  D’abord, bébé devrait avoir au moins 5 mois.  Avant cela, il est juste très improbable qu’il ait besoin de manger, même s’il est plus costaud ou boit plus souvent que la moyenne.   Un bébé qui boit beaucoup de lait est un bébé qui a besoin de beaucoup de lait.  Point.  Un bébé qui se réveille souvent la nuit a besoin d’être allaité, réconforté, cododoté, voire même il a besoin de se réveiller tout simplement (en protection contre la MSN)… pas d’être gavé de céréales à l’heure du souper.

Ensuite, bébé devrait tenir assis tout seul.  La capacité à se tenir assis, à se retourner du ventre au dos, etc. témoigne d’un développement global suffisant du tonus musculaire.  Or, comme la digestion est aussi une question de développement musculaire (facial d’abord), cet indice est important.  Que bébé puisse tenir assis est suffisant, mais s’il s’assoit de lui-même, c’est nettement plus convaincant.

En outre, bébé devrait être capable de saisir un objet avec sa main et de le porter à son visage.  On sera encore plus convaincue s’il est capable d’attraper de petits objets entre le pouce et l’index (motricité fine).

Enfin, il devrait démontrer un intérêt pour la nourriture (saliver, ouvrir grand la bouche, essayer de piger dans votre assiette) si vous le prenez sur vos genoux pendant un repas.

Le tout signifie qu’il vous faut beaucoup observer votre bébé et bien le connaître.  Et lorsqu’il répond à tous les signes, vous faites le test d’introduire un premier aliment.  Si cela fonctionne bien, vous poursuivez.  Dans le cas contraire, rien n’est pire que de s’acharner.  Mieux vaut réessayer dans quelques jours.  Rien ne presse, en fait.  La majorité des bébés sont prêts à manger entre 6 et 7 mois.  Quelques uns le sont plus tôt, quelques autres plus tard.  Ma Fée était prête à 6 mois et une semaine, ma Frimousse, un peu après 7 mois.  D’ailleurs, avant l’âge de 8 ou 9 mois, il n’y a aucune inquiétude à avoir et aucune raison de brusquer votre bébé; les risques de carences sont minimes.

L’important, c’est d’offrir régulièrement mais sans insister et, surtout, de montrer le plaisir que vous avez à manger.  Si votre bébé de 9 mois ou plus ne veut toujours rien savoir de manger, il serait bon d’en parler avec son médecin.  Il se peut que des tests s’imposent, surtout si son état de santé ou son développement vous inquiète.  Mais tant que bébé prend correctement du poids, qu’il se développe bien et se porte bien, qu’il est d’humeur heureuse et a de l’énergie pour découvrir, son médecin va généralement se contenter de s’assurer qu’il ne fait pas de carence en fer et vous retourner à la maison.

Un dernier mot, enfin, pour spécifier que ce n’est jamais le bon moment pour lancer l’introduction des aliments si bébé est malade ou souffre en raison d’une poussée dentaire ou doit s’adapter à un changement majeur (déménagement, intégration à la garderie ou autre).  Pour dire aussi que les médecins (et les belles-mères) sont trop souvent prompts à prescrire les aliments solides pour guérir tous les maux des bébés :  Bébé ne fait pas encore ses nuits à 4 mois, c’est qu’il a faim.  Bébé faisait ses nuits depuis des semaines puis il a cessé brusquement de les faire, c’est qu’il a faim.  Bébé veut boire plus que 7 fois par jour, c’est qu’il a faim, etc.  En fait, il y a très peu de chances que faire manger bébé règle aucun de ces problèmes.  La raison en est que les céréales pour bébé, les légumes et les fruits sont moins caloriques (gras, protéines) que le lait maternel.  Quelle logique voudrait donc que de remplacer un aliment (le lait maternel) par un aliment moins nourrissant (les céréales) permettra au bébé de dormir plus longtemps ?  Aucune.  Bêtise et ignorance.

Par quoi commencer ?

Le Mieux vivre vous suggère les céréales de riz pour bébé.  Il précise que les premiers aliments doivent d’abord et avant tout être riches en fer.  Les auteurs du Mieux vivre confondent « riche en fer » et « enrichi en fer », pourtant cela fait toute une différence :  un aliment enrichi en fer (comme les céréales commerciales pour bébé) sera difficile à digérer, source de constipation, ce qui ne sera pas le cas d’un aliment naturellement riche en fer (légumes verts, légumineuses, noix de cajou, par exemple), un choix beaucoup plus sensé.  Personnellement, je vous déconseille fortement les céréales de riz parce qu’elles contiennent de l’arsenic.  De toute façon, je suis peu convaincue par les céréales pour bébé en général et je vous invite, si jamais vous décidiez d’en offrir à votre bébé, à vérifier la liste des ingrédients du produit que vous choisissez :  les céréales pour bébé ne devraient jamais contenir de lait de vache (mention « ajouter de l’eau ») et le moins possible d’additifs.  Dans tous les cas, elles ne font pas un bon premier aliment : elles pourraient être ajoutées à l’alimentation du bébé au bout de quelques semaines, lorsqu’il sait déjà bien mâcher.

Gill Rapley (à qui l’on doit le terme Baby Led Weaning) propose n’importe quel aliment qui se trouve dans votre assiette ce jour-là (donc assurément pas des céréales de riz pour bébé).  C’est un bon conseil si vous aviez prévu un repas sain et si vous avez une nature avant tout spontanée.

Céline Arsenault conseille les légumes, ce qui paraît logique quand on pense que les goûts se développent dans la petite enfance et qu’on a envie que nos enfants apprécient le goût des légumes et prennent l’habitude d’en manger beaucoup.  D’autant plus logique quand on pense que les légumes sont riches en vitamines et minéraux, dont le fer.

La fonction ultime du premier aliment – on l’oublie trop souvent – est d’intéresser bébé à la nourriture.  Il devrait donc être visuellement attrayant ou avoir un goût alléchant.  Même en même temps, il ne devra pas être si envoûtant que bébé ne voudra que cela (on oublie peut-être le chocolat, non ?!).  Et il devrait initier le bébé à une saine alimentation (on oublie définitivement les friandises !).

Si vous avez eu à vous absenter sans laisser de lait maternel exprimé dans les dernières semaines, il se peut que votre bébé ait eu à goûter son premier aliment à cette occasion.  Dans un de mes derniers articles, je suggérais l’avocat et la banane comme meilleurs choix pour cela puisqu’ils ont le don de bien rassasier.   L’avocat demeure un choix idéal lorsque vous sentez que bébé est prêt pour l’introduction des aliments :  joli, facile à croquer et à avaler, riche en fer, source de bons gras et de protéines de qualité, très digestes.  L’avocat contient exactement les nutriments supplémentaires qu’on veut ajouter par la diversification alimentaire, ça tombe bien !

En fait, outre l’avocat, les légumes font de bons premiers aliments et n’importe lesquels font l’affaire.  À l’exception de la betterave, du navet et des épinards, qui renferment des nitrates (surtout lorsqu’ils ne sont pas issus de l’agriculture biologique) et pour lesquels on devrait attendre que le bébé ait environ 9 mois.  Il est aussi préférable d’éviter pour quelques mois les tomates (trop acides), les choux, l’ail et l’oignon (sources de gaz) ainsi que le céleri, le concombre et la laitue (sources d’étouffement, même cuits).  Mon expérience m’a montré que les pommes de terre, les patates douces, les courges (musquée, poivrée, potiron) ou les carottes coupés en cubes, en tranches ou en bâtonnets et cuits à la vapeur sont généralement bien appréciés.  Dans un deuxième temps, des légumes comme la courgette, le brocoli, les haricots vert et jaune, le chou-fleur, l’asperge, l’aubergine, la courge spaghetti, les poivrons, le topinambour ou le petit pois vont amener une belle variété de textures et de couleurs.  Il est normal de retrouver des morceaux « intacts » dans la couche les premières semaines.  C’est encore plus fréquent avec les légumes orangés (comme la carotte et la patate douce) parce que le bêta-carotène les rend plus difficiles à digérer.  Si cela semble incommoder le bébé, on cesse temporairement de lui en offrir et on les réintroduit plus tard.  Les légumes crus ou peu cuits (seulement blanchis ou à peine plus) sont plus nutritifs, mais ils sont plus difficiles à ingérer (mâcher et avaler sans s’étouffer) et à digérer pour les bébés.  S’ils ressortent intacts dans la couche ou si bébé se lève le coeur à répétition, il peut être judicieux de tenter une cuisson plus prolongée pendant quelques semaines.  Les légumes verts sont particulièrement importants pour la bonne santé de bébé.  On veillera donc aussi tôt que possible à lui en offrir au moins un chaque jour.  Avant l’âge d’un an, il est bien que bébé ait goûté à tous les légumes que vous consommez dans la famille.  N’hésitez donc pas à introduire le fenouil, les champignons, le chou frisé (Kale) et compagnie.

Comment procéder, concrètement ?

L’intervalle de temps

Le Mieux vivre préconise d’introduire un seul aliment à la fois et d’attendre chaque fois 2 ou 3 jours avant d’en proposer un nouveau.  En alimentation autonome, il n’y a aucune règle à respecter et on peut introduire plusieurs aliments en même temps.  Je dirais que les premières semaines, je préfère à ce sujet la mentalité de l’alimentation traditionnelle.  En effet, manger « solide » est une adaptation importante pour le système digestif du bébé et y aller en douceur me semble plus avisé si on veut que cette nouveauté soit vécue de façon positive, sans maux de ventre, troubles du sommeil ou autres inconforts.  En introduisant un seul aliment à la fois, on réduit les risques de difficultés digestives et on se simplifie la tâche en cas de réaction allergique, car on pourra facilement identifier l’aliment en cause et l’éliminer temporairement du menu de bébé pour le réessayer plus tard.

Sans tomber dans la rigidité, je suggère d’offrir un seul nouvel aliment à la fois jusqu’à l’âge d’un an.  Au début, un intervalle de 2 jours entre les nouveaux aliments est adéquat puis, vers les 8 mois du bébé, si jusque là tout allait bien, vous pouvez accélérer le rythme et y aller avec un ou deux nouveaux aliments à peu près tous les jours.

L’ordre

Personnellement, tel qu’expliqué plus haut, j’introduirais l’avocat et 3 ou 4 légumes à 2 jours d’intervalle chacun, puis je ferais découvrir à bébé d’autres aliments plus soutenants, comme les légumineuses, qui pourront, réduites en purée, être mélangées à des légumes écrasés (ça fera changement, on ne bannit pas systématiquement les purées) ou, dans le cas du pois chiche, transformées en humus maison… ou, tout simplement cuites, être servies à attraper avec les doigts.  Outre les pois chiches, on peut penser aux lentilles vertes, rouges ou brunes, aux fèves rouges, aux haricots noirs, blancs, de Lima… la variété est grande.  Au lieu des légumineuses ou en complément à celles-ci, on pourra aussi choisir les beurres de noix (arachide, amande, noix de cajou ou de macadam, graines de sésame, graines de citrouilles, noisette…), qui pourront servir à enrober les légumes ou les légumineuses à la façon d’une sauce ou que bébé pourra tenter de manger à la cuillère ou en y trempant les doigts (selon votre tolérance au gâchis).  Accessoirement, ces aliments rempliront le rôle d’assurer un apport supplémentaire en fer et en protéines.  Ils permettront aussi de rassasier les affamés qui demandent encore très souvent le sein.  À cette étape, l’oeuf est aussi un aliment de choix.  Brouillé dans un peu de lait maternel ou de boisson d’amande, mélangé à des légumes écrasés à la fourchette, miroir, à la coque, etc., vous trouverez une façon de le rendre appétissant à votre bébé.  À cet âge, il est préférable que le jaune soit bien cuit (pas coulant), à moins que vous achetiez vos oeufs bio directement d’un producteur en lequel vous avez toute confiance.

Ensuite, ou en alternance avec les légumineuses, l’oeuf et les beurres de noix, j’introduirais des fruits.  En été, il est intéressant d’introduire les fruits assez tôt, dès après les légumes même, parce qu’on veut profiter des produits frais de saison, comme les fraises et les autres baies.  En hiver, cela peut attendre facilement que bébé mange depuis 4 à 5 semaines parce que les fruits sont acidifiants, ce qui peut rendre plus vulnérable aux infections.  Dans tous les cas, on oubliera les agrumes (qui causent de l’érythème fessier) jusqu’à l’âge d’environ 1 an, où on pourra les introduire, mais avec modération.  Et on se souviendra qu’un jus de fruit, même pur à 100%, n’est pas un fruit :  les bébés n’ont pas du tout besoin de boire de jus.  Les jus, trop sucrés et très peu nutritifs, coupent l’appétit pour des aliments plus nourrissants.  C’est une mauvaise habitude à ne pas inculquer.  Il n’est pas nécessaire de cuire les fruits et de les réduire en purée, même si cela peut être pratique et délicieux à l’occasion.  Bien mûrs, les fruits peuvent, dès le départ, être servis frais, en morceaux ou même entiers (pour ceux qui n’ont pas de pelure et de coeur, de pépins ou de noyaux, que l’on fait mieux de retirer).   La banane est un excellent premier fruit.  Dans le cas où l’introduction des aliments par les légumes ne semblerait pas vouloir mener au succès, la banane pourrait être tentée :  elle a l’avantage d’être plus sucrée, ce qui plaira davantage à certains bébés, tout en étant facile à manger et très nourrissante elle aussi :  excellente source de potassium et calorique (donc rassasiante), elle contient aussi du fer, du calcium, des vitamines A, B et C et du phosphore.  Cependant, elle peut être mucogène.  Pour cette raison, on l’évitera en cas de rhume.   La pomme cuite, la poire, la pêche, la mangue, l’abricot, le pruneau, la prune, la nectarine sont également de bons choix pour débuter.  Un peu plus tard, on varie les plaisirs en ajoutant la fraise, la framboise, la mûre, le bleuet, les melons (miel, d’eau, cantaloup), la papaye, l’ananas, le kiwi…  Les raisins et les cerises peuvent aussi être servis, à condition de les couper en quatre pour éviter les risques d’étouffement et de dénoyauter les cerises.

Puis, si vous n’êtes pas végétariens dans la famille, les premières viandes seront les bienvenues, en commençant par la plus facile d’accès :  le poulet.  En petits morceaux, il peut être servi dès l’âge de 7 mois.  La viande brune, plus riche en fer et plus juteuse, plaît souvent davantage aux bébés.  Les autres viandes (dinde, canard, boeuf, veau, porc, agneau, cerf, bison, etc.) pourront suivre dans un ordre dessiné par vos préférences personnelles, sous forme de viande à fondue chinoise ou de viande hachée dans une purée de légume, par exemple.  Si bébé semble réticent aux viandes et que vous tenez à ce qu’il en mange, vous pouvez tenter le prémâchage.  C’est en effet souvent la texture qui rebute les bébés.  N’oubliez pas d’accorder une jolie place aux poissons, surtout aux poissons gras, riches en oméga-3 (saumon, hareng, maquereau, sardine, etc.), dans l’introduction des viandes.  Attention, il ne faut pas empoisonner bébé au mercure; la consommation de certains poissons (surtout les grands prédateurs) n’est donc pas recommandée avant l’âge de 2 ans.  À l’occasion, les crevettes, pétoncles, homard et autres fruits de mer peuvent aussi s’inviter dans l’assiette de votre bébé.  Bien sûr, il vaut mieux retarder au maximum, ou à tout le moins jusqu’à l’âge de 18 mois, l’introduction de produits animaux moins sains comme le jambon, les saucisses, le bacon et les charcuteries en tous genres, comme la dinde à sandwich, notamment en raison des nitrites que ces produits renferment, mais surtout parce qu’ils sont peu nutritifs, bourrés de sel et de gras saturés.  Si pour des raisons personnelles vous décidiez de ne donner ni légumineuses ni beurres de noix à votre bébé, pensez à introduire les oeufs et la viande assez tôt, car une alimentation composée seulement de légumes et fruits manque d’équilibre :  bébé a besoin de gras et de protéines aussi.

Enfin, les produits céréaliers pourront être introduits à partir de l’âge de 8 mois.  En fait, à petites doses, les produits céréaliers peuvent même être introduits plus tôt.  Mais comme ils sont particulièrement difficiles à digérer (demandent des enzymes spécifiques qui commencent à apparaître seulement vers 6 mois) et que certains bébés en raffolent au point de s’en nourrir presque exclusivement (ma petite Frimousse a fait partie de ceux-là), mieux vaut que bébé les découvre après le reste et qu’on les offre avec modération, au moins les premiers mois.  Il est souhaitable aussi de privilégier d’abord les céréales sans gluten (cette protéine étant particulièrement indigeste et allergène), comme le sarrasin et le quinoa (qui sont en outre des sources de fer appréciables) ou le millet, le sorgho, le maïs, l’amarante, le kaniwa et le riz.  Puis, à moins que vous ayez décidé d’adopter un régime entièrement sans gluten (en raison d’une maladie coeliaque dans la famille, par exemple), quelques céréales avec gluten peuvent agrémenter à l’occasion les repas de bébé :  orge, seigle, blé, blé de Khorasan (incluant le Kamut), épeautre, avoine.  Servies en grains entiers cuits, en flocons (gruau) ou sous forme de pâtes alimentaires, de céréales commerciales à déjeuner (biologiques de préférence,par exemple celles de la marque Nature’s Path) ou de farines cuisinées, telles que des crêpes, muffins, galettes, pains, … les produits céréaliers offrent des tas de possibilités enthousiasmantes.  Un quart de tranche de pain légèrement grillé et beurré d’huile de coco, la moitié d’un petit muffin ou d’une galette… offrez l’aliment à bébé et laissez-le se débrouiller et apprendre à croquer des bouchées de taille raisonnable.  S’il a du mal avec la croûte de votre pain, retirez-la, mais ne tombez pas dans le panneau de tout lui déchiqueter en miettes.  Les céréales peuvent en outre être avantageusement combinées aux noix et graines, que vous pouvez aussi réduire en farine pour les incorporer dans toutes vos recettes, ainsi qu’aux oeufs.  Bien sûr, il importe de dire que le sucre raffiné ne devrait pas s’inviter dans vos recettes maison et achats de produits céréaliers destinés à votre bébé.

Un tout dernier groupe d’aliments que l’on peut introduire à la fin de la première année, ce sont les huiles et les matières grasses.  C’est nécessaire dans le cas où l’on envisage un sevrage de l’allaitement maternel, et fortement recommandé pour tous les bébés, dans le but de s’assurer qu’ils reçoivent tous les acides gras nécessaires à leur développement cérébral.  Certaines huiles sont aussi des alliées précieuses pour la cuisson saine des aliments.  C’est le cas de l’huile de canola et de l’huile d’avocat, qui résistent à de hautes températures.  Les huiles d’olive et de chanvre, plus fragiles mais contenant aussi des acides gras essentiels, font d’excellentes bases de vinaigrettes et autres sauces.  Enfin, l’huile de noix de coco remplace avantageusement le beurre et la margarine lorsque vient le temps de beurrer un morceau de pain ou une tartine ou de faire cuire des crêpes.

Quand bébé commence à manger des repas complets, un peu à l’image de ceux de ses parents, il ne faut pas hésiter à y ajouter quelques herbes ou épices pour agrémenter le tout :  basilic, origan, persil, cannelle, fenouil, coriandre, estragon, curcuma, cumin, curi et compagnie ne feront qu’ajouter au plaisir.  On ne proscrira que le sel et on se gardera une petite gêne avec le poivre, le chili ou le piment de cayenne et tout se passera bien.

Je ne dirai pas grand chose des produits laitiers ici parce qu’ils n’ont pas leur place dans l’alimentation des bébés allaités de moins d’un an, en tout cas pas pour les moins de 9 mois et pas sur une base régulière ensuite.  Les produits laitiers (lait, yogourt, fromages, crème) sont des substituts bien imparfaits du lait maternel.  Ils ont pour inconvénient majeur de contenir de grandes quantités de protéines et de gras saturés, ce qui les rend bourratifs, et amène par conséquent le risque que bébé se prive d’autres aliments plus nutritifs à cause d’eux (d’aliments riches en protéines végétales ou en gras  mono et polyinsaturés, par exemple).  Surtout, les produits laitiers ne renferment pas de fer et beaucoup de calcium, ce qui rend malheureusement les produits laitiers responsables de trop nombreux cas d’anémie.  À moins d’entreprendre un sevrage complet ou partiel, donc, mieux vaut retarder l’introduction des produits laitiers dans l’alimentation de votre enfant, voire même les oublier totalement.  Il peut aussi, dans le cas d’un sevrage, être intéressant d’envisager au moins pour l’instant d’autres options plus saines, comme le lait de chèvre ou les boissons végétales.

Enfin, en ce qui concerne les sucres, ils ne devraient pas non plus faire leur apparition au menu avant le premier anniversaire de bébé.  On pourra alors très occasionnellement commencer à utiliser le sirop d’érable, le miel* ou la mélasse verte pour concocter des desserts de fête pour toute la famille.  Au quotidien, on préférera toujours sucrer nos recettes, dans la mesure du possible, avec de la purée de banane très mûre ou de dattes, deux fruits au pouvoir édulcorant épatant.

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* En raison des risques de botulisme, il faut vraiment attendre que bébé ait au moins un an avant de lui servir du miel.

L’horaire

Au début, votre bébé ne mangera qu’une seule fois par jour.  Si vous optez pour des légumes comme premiers aliments, vous n’aurez pas envie de faire ça au déjeuner.  Entre le dîner et le souper, à vous de choisir en fonction de vos habitudes familiales et du niveau d’énergie et de bonne humeur de votre bébé à l’heure de ces repas.  Personnellement, j’ai opté pour le dîner parce que je ne souhaitais pas vivre une digestion nocturne des premières bouchées; je préférais que cela se fasse en après-midi et en soirée, au cas où cela serait un peu inconfortable pour ma Frimousse (avec son reflux, j’avais quelques craintes).  De toute façon, ce ne sera pas long que vous présenterez des légumes deux fois par jour, au dîner et au souper.

Les beurres de noix ou les oeufs pourront vous donner l’occasion d’ajouter un déjeuner à l’horaire.  Quant aux fruits, ils pourront être servis à n’importe quel des trois repas, probablement à deux des trois, mais je ne vous recommanderais jamais de les donner seuls, ce serait trop acidifiant.  En combinaison avec des beurres de noix et des produits céréaliers au déjeuner, en entrée ou en dessert après un mélange de viande et de légumes au dîner ou en accompagnement d’un potage-repas aux légumineuses et aux légumes au souper, les fruits seront les bienvenus.  Bref, vous l’aurez compris, sauf les tout premiers jours, un repas ne se compose pas d’un seul groupe alimentaire ; il est essentiel de combiner deux ou trois groupes.

Au bout de 2 ou 3 semaines, votre bébé devrait manger 3 repas par jour.  Donnez-lui tout de suite l’habitude de prendre un solide déjeuner contenant des protéines, des gras et des glucides de qualité, de consommer un dîner bien nutritif et un souper plus léger.  Ainsi, si vous consommez des viandes, il serait préférable de les offrir une seule fois par jour, au dîner plutôt qu’au souper.

Enfin, en ce qui concerne la fameuse question de donner le lait avant ou après les aliments, je dirais que tout dépend de votre bébé.  Le Mieux vivre explique que jusqu’à l’âge d’un an, le lait doit toujours être donné avant, puis qu’il doit toujours être donné après les aliments quand l’enfant a plus d’un an.  On y précise qu’il devrait y avoir un intervalle de 30 à 45 minutes entre le lait et le repas.  C’est probablement une bonne idée de suivre cette recommandation si votre bébé a un solide appétit, pour ne pas qu’il s’empiffre, déjà en partie rassasié par son lait.  Cependant, j’ai opté pour une stratégie différente, mieux adaptée à l’appétit d’oiseau de mes petites fées, qui n’auraient jamais mangé en suivant cette ligne directrice du Mieux vivre.  J’ai tout simplement dissocié lait et repas.  Mes filles étaient nourries toutes les deux heures environ, une fois de mon lait, une fois par un repas.  Ainsi, elles avaient faim pour leur lait et faim pour leurs repas.  Voici ce que cela pouvait donner concrètement :
6h :  boire au lit
7h30 :  déjeuner
9h15 :  boire puis sieste
11h30 : dîner
13h :  boire puis sieste
15h :  boire
17h :  souper
19h15 :  boire puis dodo
23h :  boire du coucher de maman

L’eau

L’eau est essentielle à la vie.  Toutefois, le lait maternel en renferme beaucoup.  Ce n’est donc pas parce que vous introduisez quelques légumes dans l’alimentation de votre bébé qu’il a besoin de boire de l’eau.  Un bébé allaité à la demande boira encore toute l’eau dont il a besoin par le biais de son lait.

Lorsque bébé mangera un peu plus (beurres de noix, produits céréaliers, etc.), il sera judicieux de lui faire connaître l’eau et de lui en présenter un verre avec son repas ou tout de suite après, qu’il pourra boire s’il en ressent le besoin.  C’est d’autant plus important en été lorsqu’il fait chaud.  Ne faites pas l’erreur d’offrir l’eau au biberon ou dans un gobelet antifuite.  Ce n’est absolument pas nécessaire.  Votre bébé de 6 ou 7 mois peut boire au verre, à la tasse ou au verre à bec (sans antifuite).  Il fera quelques dégâts au début, mais il suffira de mettre seulement une petite quantité à la fois pour limiter les dommages et il apprendra très vite.

Les quantités

L’approche traditionnelle propose des tableaux à l’image de ceux du Guide alimentaire canadien, décrivant pour chaque groupe alimentaire les quantités à offrir à bébé selon son âge.  L’approche de l’alimentation autonome part du principe selon lequel le bébé sait ce dont il a besoin et, entraîné depuis la naissance par l’allaitement à la demande, saura manger suffisamment mais pas trop et qu’il faut donc le laisser décider lui-même des quantités, si petites ou si grandes qu’elles vous paraissent.

Me situant quelque part entre les deux, je crois que l’on a la responsabilité, en tant que parents, de proposer une alimentation équilibrée, ce qui implique de garder un certain contrôle sur les quantités ingérées, ne serait-ce que pour guider bébé dans ses choix en lui montrant le bon exemple (en lui déposant dans son assiette un menu bien proportionné).  Pour cela, les tableaux du Mieux vivre ont quand même une certaine utilité comme référence;  ils permettent de connaître les proportions jugées optimales par les nutritionnistes.  Bref, c’est à bébé de décider quelle quantité totale de nourriture il souhaite ingérer, mais c’est à vous d’assurer l’équilibre quantitatif entre les différents groupes alimentaires dans son assiette.

Or, avant de faire un petit bilan des quantités pour chaque groupe par tranche d’âge, je voulais rappeler ce petit indicateur essentiel :  le lait maternel est l’aliment principal pour toute la première année de bébé.  Pendant cette première année, les aliments doivent compléter le lait, jamais le remplacer.  C’est pourquoi le nombre de tétées quotidiennes (la quantité de lait ingérée) ne devrait pas diminuer significativement avant l’âge de 9 mois et ne diminuer que graduellement et légèrement ensuite, parfois pas vraiment avant la fin de la première année.  Ainsi, le bébé moyen prend 6 à 10 tétées par jour à 6 mois et continuera d’en prendre à peu près autant jusqu’à 8 ou 9 mois, puis pourra commencer à faire ses nuits ou, à l’opposé réduire les tétées diurnes et compter surtout sur les tétées nocturnes, et ne tétera plus souvent que 4 à 6 fois par jour à 12 mois.  Or, si 4 tétées quotidiennes à 12 mois semblent un minimum en-deçà duquel la grande majorité des bébés risquent de manquer de lait, il n’y a pas vraiment de maximum et les bébés qui tètent encore une dizaine de fois ne sont pas si rares.  Un bébé qui mange avec appétit ET continue à bien boire prend probablement les quantités dont il a besoin, ni plus ni moins.

6 et 7 mois
Légumes :   ½ c. à table* les 2 ou 3 premiers jours, puis on augmente graduellement jusqu’à 3 c. à table par jour.
Protéines :  au choix, une portion par jour parmi les suivantes :
– légumineuses, ½ c. table au début,  1 c. à table ensuite ;
– environ ¼ d’un oeuf ;
– beurres de noix, 1 c. à thé ;
– viandes, volailles et poissons, ½ c. à table.
Fruits :  ½ c. à table* les 2 ou 3 premiers jours, puis on augmente graduellement jusqu’à environ 2 c. à table par jour.

8 mois
Légumes :  4 à 5 c. à table par jour.
Protéines :  au choix, une portion à une portion ½ par jour parmi les suivantes :
– légumineuses, 2 c. à table ;
– environ ½ oeuf ;
– beurres de noix, 2 c. à thé ;
– viandes, volailles ou poissons, 1 c. à table.
Fruits :   3 ou 4 c. à table par jour.
Produits céréaliers :  2 portions par jour (au maximum).  Une portion étant ½ tranche de pain ou ½ muffin, ¼ de tasse de pâtes, riz, orge, millet, quinoa, etc. cuit(es)

9 à 12 mois
Légumes :  entre 5 et 7 c. à table chaque jour.
Protéines :  au choix, deux portions par jour parmi les suivantes :
–  légumineuses, 3 c. à table ;
–  1 oeuf ;
–  beurres de noix, 2 c. à thé ;
–  viandes, volailles ou poissons, 1 ½ c. à table.
Fruits :  entre 4 et 6 c. à table chaque jour.
Produits céréaliers :  2 à 3 portions par jour.  Une portion étant ½ tranche de pain ou ½ muffin, ¼ de tasse de pâtes, riz, orge, millet, quinoa, etc.
Huiles (facultatif) :  1 c. à thé par jour.

12 mois à 2 ans
Légumes :  de ½ à 1 tasse par jour.
Protéines :  au choix, deux portions par jour parmi les choix suivants :
–  légumineuses, 4 c. à table ;
–  1 oeuf ;
–  beurres de noix, 1 c. à table ;
–  viandes, volailles ou poissons, 2 à 3 c. à table.
Fruits :  1 ou 2 fruit(s) par jour ou, en petits morceaux, ½ à ¾ de tasse.
Produits céréaliers :  4 portions par jour.  Une portion étant ½ tranche de pain ou ½ muffin, ¼ de tasse de pâtes, riz, orge, millet, quinoa, etc.
Huiles :  1 c. à thé par jour.
Produits laitiers (tout à fait facultatifs) :  une à deux portions par jour, en choisissant parmi les portions suivantes :
–  125 ml de lait de vache ou de chèvre
–  100ml de yogourt (1 yogourt individuel)
–  60ml de fromage frais (1 Minigo), fromage cottage, ricota ou quark
–   15 à 20g de fromage (1 Ficello)

______________________________________________________
Bien sûr, comme on donne surtout des morceaux, ces quantités sont approximatives.  On évalue à l’oeil, aucun besoin de précision.

Le mot de la fin

Je ne répéterai jamais assez que ce n’est pas tant la quantité de nourriture ingérée qui compte, mais la qualité des aliments et un certain équilibre entre leurs nutriments, entre les groupes.  L’appétit des bébés et des tout-petits est variable, l’allaitement vous l’a bien fait découvrir :  de seulement 5 tétées un jour à plus de 15 le lendemain, bébé vous a parfois inquiétée peut-être, mais finalement, vous savez qu’il boit ce dont il a besoin puisqu’il grandit bien et se développe harmonieusement.  Il en va de même avec la nourriture.  Il mangera comme un ogre parfois, comme un oiseau d’autres fois, il fera des retours à un allaitement presque exclusif ou boudera le sein pour lui préférer un copieux repas, mais en fin de compte, il mangera ce dont il a vraiment besoin.

La diversification alimentaire est une grande étape dans la vie d’un bébé, une étape enthousiasmante pour ses parents comme pour lui.  C’est pourquoi le plaisir de manger doit être au centre de la démarche.  Ce plaisir n’entre pas en contradiction pour moi avec une alimentation ultra-saine, entièrement dénuée de petits pots commerciaux pour bébé, de saveurs et couleurs artificielles ajoutées, de sucre raffiné et substituts artificiels au sucre, de sel ajouté, de conservateurs et de gras trans.  Il y a peu de plus beaux cadeaux à faire à son enfant que de lui enseigner le plaisir de goûter la saveur réelle des aliments :  manger sainement n’est pas se priver ni manger tristement.  C’est manger frais et coloré !

Sources
http://www.babyledweaning.com/
http://www.lllfrance.org/Allaiter-Aujourd-hui/AA-62-L-introduction-des-solides.html
Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans, Institut national de santé publique du Québec, éditions 2009 et 2011
Céline Arsenault, Accueillir mon enfant naturellement, Dauphin blanc, 2009.
http://www.mamaneprouvette.com/2014/09/aliments-solides-et-allergies-avant.html
Danielle Lamontagne, Guide alimentaire végétarien, brochure de 6 pages.
http://www.lllfrance.org/Allaiter-Aujourd-hui/AA-39-Le-nourrisson-le-mixer-et-la-cuillere-une-fable-qui-finit-mal.html
http://www.lllfrance.org/Allaiter-Aujourd-hui/AA-39-Solides-de-l-interet-d-attendre-que-l-enfant-soit-pret.html

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10 avis sur « L’introduction des aliments complémentaires »

  1. Ping : La diversification alimentaire en tableau | Quand Zalah materne

  2. Wow, je n’ai jamais lu un aussi bon résumé sur la diversification alimentaire. Je n’avais pas assez confiance en moi et en cette méthode il y a un an lorsque c’était le temps de l’introduction des aliments pour ma fille. Je ne la comprenais pas bien non plus. Maintenant, à mon prochain enfant à naître au mois d’août, je mettrai assurément en application tous ces conseils! C’est un résumé exceptionnel, bien documenté, simple et clair! Vraiment bravo!

  3. Je trouve votre article plein de bonnes idees. Mais le beurre de noix à 6 ou 7 mois ! Je viens de decouvrir une allergie pour mon fils a la noix de cajou et heureusement qu on ne l’a pas introduit avant.
    Qui dit beurre de noix dit introduire bcp trop tot les fruits a coques. Tout ca peut favoriser des urticaires etc chez nos bebes.

    • Les recommandations quant à l’âge d’introduction des aliments allergènes ont été revues et modifiées en 2013. Cela a été présenté dans le Mieux vivre (guide parental) ainsi que sur les sites d’information destinés aux parents faits par nos gouvernements. Ainsi, on ne conseille plus d’attendre pour introduire ces aliments allergènes parce que, contrairement à ce qu’on a cru précédemment, plus on retarde l’introduction, plus on augmente le risque d’intolérance et d’allergie en raison du système immunitaire qui se fortifie. Je sais, c’est mélangeant tout ça ! Surtout que les recommandations sont différentes d’un pays à l’autre aussi, donc plus culturelles qu’autre chose.
      Dans les nouvelles recommandations, on a aussi insisté parallèlement sur l’importance d’introduire des aliments riches en fer et en protéines dès le départ. Je comprends que vous ne soyez pas à l’aise avec l’idée des beurres de noix (et alors, mieux vaut s’abstenir, vous vous en doutez bien, puisque l’important, c’est le plaisir de manger, qu’on ne peut transmettre si on est super stressée), mais cela répondait pour moi au désir de concilier introduction d’aliments riches en fer et protéines avec végétarisme. Parce que, pour ma part, j’ai beaucoup retardé l’introduction des viandes rouges, que nous tentons de consommer de moins en moins. Et l’introduction des beurres de noix, ça s’est très bien passé chez nous, même si ma Frimousse n’avait que 8 mois, et pour plusieurs autres amies végétariennes ou végétaliennes.

  4. Pour ma part ce n’est le par quoi commencer, ou le quand commencer qui ont posé problème … Le problème est que, d’un côté j’étais convaincue que mon petiot avait besoin de jouer avec sa nourriture pour l’apprivoiser, et que de l’autre côté j’ai horreur de devoir constamment nettoyer et du gaspillage … Traverser cette ambivalence ne fut pas évident … maintenant mon fils est capable de manger quelques aliments proprement mais tout n’est pas gagné, à 18 mois, il ne se nourrit pas encore lui-même à la cuillère, et il est encore loin de partager entièrement nos aliments …

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  6. Ping : Le parentage de proximité | Quand Zalah materne

  7. Merci pour l’article complet,
    Je n’avais jamais entendu parler de ce qu’on appelle DME, ici en France, avant d’être maman, et je ne trouve pas où me documenter sérieusement sur le sujet. Cette découverte reste d’ailleurs mon petit secret jusqu’à ce que je teste sur ma fille (qui va sur ses 4 mois): j’ai déjà l’impression d’être un ovni car je pratique l’allaitement exclusif, alors aller à l’encontre d’une pratique de plusieurs générations qui marche du feu de dieu, à savoir les petits pots…!
    Tout comme vous la question de la diversification me tracasse, et il me semble difficile, vu l’état actuel des produits de consommation, de trouver l’idéal…
    Votre blog me parait prôner les méthodes voulant se rapprocher au plus près des instincts primaires de l’homme, pour développer au mieux ses capacités naturelles. C’est aussi mon envie, et je vous avoue que je découvre ça avec ma maternité, et ais donc beaucoup de chemin à parcourir!
    Je me permets cependant de vous faire remarquer que manger sain c’est à mon sens, déjà consommer local et de saison. Ainsi, qu’est-ce qu’une banane vient faire dans l’alimentation d’un petit français? De même, l’avocat, la mangue se cueillent en Espagne, mais seulement à certaines périodes; il faut à ce moment courir après (les autres pays vendent moins cher?); la patate douce ne pousse pas en Europe, l’ananas est aussi un fruit exotique… Et là, je ne parle que des fruits et légumes!!!
    Autant que pour nous, c’est un casse-tête de trouver quoi mettre dans l’assiette de nos enfants, surtout lorsqu’on vit en appartement…
    Ainsi, donc, je souhaite beaucoup de courage à tous ceux qui essaient de se réintégrer dans notre environnement, de réapprendre des gestes, des goûts oubliés, pour les transmettre aux enfants…
    Merci en tout cas pour ces infos, il faut que le savoir se propage, et surtout l’envie de réfléchir…

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