Archives

Récit d’accouchement

Je n’ai pas publié depuis des mois.  Chaque billet commencé a été abandonné.  Le temps m’a manqué, mais aussi la motivation.  Non pas que je me désintéresse de ce blogue, de mes lecteurs ou de la puériculture, mais plutôt que j’ai ressenti une grande envie d’intimité, le besoin de me recentrer sur l’intérieur :  ma petite famille, mes amis proches, … mon ventre.

Mon ventre dans lequel la vie nous a fait la surprise de grandir à nouveau.  Je dis  »surprise » car cette grossesse n’était ni planifiée ni même réellement voulue.  Le Hobbit et moi avons juste été un peu trop insouciants et passionnés un soir et voilà que notre famille  »terminée » ne l’était plus.  Pour moi, le choix s’est fait instinctivement :  j’allais garder ce bébé.  Je l’aimais déjà, malgré la fatigue et les nausées incessantes, accablantes.  Pour mon homme, le désir de l’accueillir est venu plus progressivement.

Je l’ai su le 11 décembre dernier.  Ça n’a pas été le grand moment de joie que ça aurait pu être.  Je m’étais faite depuis quelques mois à l’idée de n’avoir pas de troisième enfant (mon Hobbit n’en voulait plus) et je m’étais lancée dans plusieurs projets personnels et professionnels que cette grossesse allait m’amener à laisser en suspens.  La difficile décision de fermer temporairement mon service de garde s’est d’ailleurs imposée au début des vacances des Fêtes.  Je ne me sentais pas la force d’offrir la même qualité de service en raison de ce début de grossesse difficile, le plus pénible des trois.  Moi qui n’avais pas connu les nausées les deux premières fois, j’étais maintenant servie, incapable de m’alimenter, survivant de jus de légumes et de compote de pomme.

J’ai dû attendre la 17e semaine de grossesse avant d’être soulagée (et pas complètement) de ces nausées.  C’est là qu’enfin je suis sortie de ce désagréable engourdissement de mes sens et de mes émotions.  J’ai pu me réjouir vraiment à l’idée de cette vie qui grandissait en moi.  J’ai passé l’essentiel des mois suivants à me caresser la bedaine et à la regarder grossir.  À parler à mon bébé de cette joie un peu amère qu’elle nous apportait.  Nous avons aussi préparé nos deux grandes filles à la venue de leur petite sœur.  L’été est arrivé et, avec lui, le besoin de faire le nid.  Laver de minuscules pyjamas et des bonnets encore plus petits, ressortir le berceau, préparer ma valise pour le grand jour…  les filles m’ont aidée à tout cela avec plaisir et dévouement.

Ma grossesse est arrivée à terme, nous nous sentions prêts, matériellement et psychologiquement, à accueillir le petit trésor et il ne restait plus qu’à attendre… quand la canicule s’est abattue sur moi.  Après quelques mois d’un relatif bien-être physique, voilà que ma grossesse redevenait fort pénible.  Enflée, dormant mal et peu motivée à cuisiner par cette chaleur, je me suis souvent sentie une mauvaise mère pour mes grandes filles qui, pourtant, étaient fort compréhensives.  J’ai eu vraiment hâte que cela finisse.

Pour cette grossesse-ci, pour la première fois, j’ai eu la chance de bénéficier d’un suivi par une sage-femme plutôt qu’un médecin.  Je ferai (bientôt, j’espère) un billet complet sur les différences entre les suivis de ces deux professionnels et ma très nette préférence pour l’accompagnement par une sage-femme.  Je tenais seulement à souligner à ce sujet que malgré mon envie que cette grossesse ne s’éternise pas, j’ai été heureuse qu’on ne tente pas de provoquer la naissance de ma fille et qu’on la laisse dépasser le terme sans m’inquiéter, qu’on lui accorde le droit de choisir le moment de sa naissance.  Sa naissance qui a été l’événement heureux et fort en émotions que l’on désire toutes vivre enceintes et que je souhaite donc raconter.  Parce que mes deux premiers accouchements, surtout celui de ma Fée, ont été différents et moins satisfaisants et que je les ai racontés en détails, mais qu’il est important de faire voir aussi que donner la vie peut être absolument une belle aventure.

J’avais rendez-vous avec la sage-femme ce vendredi-là, le 21 août, à 15h30, pour discuter d’un éventuel recours à des méthodes naturelles de déclenchement et avoir une prescription pour une échographie parce que ma grossesse en était à 41 semaines et 1 jour.  Mon Hobbit était parti travailler à Montréal pour la semaine et j’avais oscillé tous ces derniers jours entre ma hâte d’être délivrée et ma crainte que bébé naisse en l’absence de son père.  Il est rentré à la maison à 15h et j’ai perdu les eaux à son arrivée.  Mais c’était d’abord une très petite quantité et, dans la précipitation de mon départ retardé (je l’attendais pour prendre le relais auprès de nos filles), je n’ai pas compris que c’était cela, croyant bêtement à une fuite urinaire.

Je suis donc allée seule à mon rendez-vous avec la sage-femme et les contractions ont commencé dans l’auto, sur l’autoroute.  Les premières n’étaient pas très fortes et plutôt espacées (10-12 minutes).  Quand, à mon arrivée à la Maison des naissances, je lui ai montré mon leggings détrempé, ma sage-femme m’a, bien sûr, gardée avec elle et fait choisir une chambre de naissance.  J’ai prévenu mon Hobbit qui, après être allé reconduire les filles chez ma sœur comme convenu, est venu me rejoindre vers 18h.  Les contractions se sont aussitôt intensifiées et rapprochées.  Je n’ai jamais regardé l’heure ni chronométré, mais je n’avais le temps que de faire quelques pas entre la fin de l’une et le début de la suivante.  La sage-femme m’a fait la réflexion très juste que cette enfant avait attendu son père pour venir au monde, et par deux fois.

Un peu après 19h, j’ai demandé à aller dans le bain parce que ça devenait difficile à supporter, vu l’impossibilité de me reposer entre les contractions, et j’y suis restée jusqu’à la fin puisque le reflexe de poussée m’y a surprise.  Dans l’eau bien chaude, j’ai mis quelques contractions à trouver une position confortable pour accueillir la douleur et la laisser travailler, mais la pénombre et la présence calme de ma sage-femme et de son élève, leurs attentions (cette serviette froide sur mon front), toute cette belle ambiance qu’elles ont créée m’invitait à rester centrée positivement sur les sensations que je vivais et à garder mon calme et une belle confiance dans la capacité de mon corps à guider mon bébé vers la sortie.

Notre petite Fleur est donc née dans l’eau, ce qui n’était pas du tout prévu.  Si la première poussée (involontaire) m’a ébranlée et presque fait peur, les trois ou quatre suivantes ont permis la sortie facile de la tête.  Puis j’ai vécu une contraction sans poussée.  Nous avions convenu, ma sage-femme et moi, que pour minimiser le risque de déchirure, je laisserais mon corps faire le travail sans aucune poussée volontaire, en autant que l’état du bébé le permettrait.  C’était étrange pour moi de savoir que la tête était née mais que mon bébé n’avait pas encore pris son premier souffle, étant entièrement immergée, mais une dernière contraction avec poussée a permis la naissance des épaules à 20h22.  Un cri vigoureux et bébé était sur ma poitrine, me racontant à sa façon sa vision de sa naissance.  Je me souviens avoir pleuré alors.  Elle était si petite, si vigoureuse, toute enduite de vernix.

Après l’expulsion du placenta, nous sommes allées nous blottir ensemble dans le grand lit double, ma petite Fleur et moi, pour une première tétée.  J’ai tenté le breastcrawling, mais elle n’a pas réussi à boire dans cette position, alors j’ai fini par m’adosser à des oreillers et lui donner le sein en madone, qu’elle a tout de suite bien pris et longuement.  Mon Hobbit, assis tout à côté de moi, m’aidait à me servir à même un énorme plateau de fruits frais, accompagnés de noix et d’une boisson de soya, une petite attention pour nouvelle maman qui réchauffe le cœur en même temps qu’elle redonne de l’énergie.

Cette nuit-là a été éprouvante, malgré le confort du lit, la petite pleurant beaucoup, voulant le sein sans interruption.  Son besoin de succion se révélait immense et sa soif de contact plus encore.  Sa seconde nuit (à la maison, celle-là) a d’ailleurs été difficile aussi mais, ensuite, est venue la montée laiteuse et les nuits sont devenues étonnamment faciles et calmes tant que je la gardais assez près de moi pour qu’elle puisse me toucher.  Nous avons entrevu dès le premier matin que notre Fleur avait une belle confiance en la vie et en nous, une aura paisible.

Fleur

Nous avons été de retour à la maison dès le lendemain de la naissance, en fin d’après-midi.  Mais nous avons choisi de passer une autre nuit à trois, dans notre petit cocon de nouveaux parents désireux d’apprivoiser leur bébé tout neuf.  C’est donc le surlendemain de sa naissance que notre Fleur a fait la connaissance de ses deux grandes sœurs, dans mon lit.  Un moment très émouvant pour moi.  Elles se sont montrées attentives, douces et curieuses, la frôlant des doigts et des lèvres.

DSC01778B

Mon seul regret de granole, concernant ce magnifique accouchement bref et intense, tout naturel et presque parfait, a été de me résoudre à accepter une injection d’ocytocine après m’être allongée dans le lit parce que mon utérus avait cessé trop rapidement de contracter et qu’une légère hémorragie était à craindre.  Rien pour gâcher ma félicité.

Dans quelques jours, ma petite Fleur aura 3 mois.  À la naissance, elle pesait 7 lbs 4 onces et mesurait 50 cm.  Elle a déjà bien grandi et changé, cela passe si vite !

Je n’ai aucun motif de me plaindre :  elle est jusqu’à maintenant un bébé plutôt facile, qui pleure très peu et a une excellente santé.  L’allaitement va très bien et elle m’a fait sa première nuit de 8 heures consécutives à l’âge de trois semaines.  Elle ne fait bien entendu pas toutes ses nuits, mais elle ne se réveille le plus souvent qu’une fois ou deux et se rendort aussitôt sa faim assouvie.

Je me remets donc bien de cet accouchement et je n’ai plus de raison de vous négliger, sauf peut-être cette envie légitime de profiter de chaque précieux petit moment avec bébé.  À bientôt !

Advertisements

Le parentage de proximité

Voilà presque un an que je blogue et que j’écris sur les différents aspects de la maternité, de la parentalité, qui me touchent et m’inspirent.  Avant tout, je me décris avec conviction (vous le savez, toute cette saga des dernières semaines l’a tellement montré) comme maman proximale.  Les valeurs et les façons d’agir que je mets de l’avant dans mes billets témoignent de ce choix de vie qui n’en est pas un, qui s’est gentiment imposé à moi.

Mais je constate que je n’ai jamais pris jusqu’ici la peine de définir formellement ce qu’est le parentage de proximité.  Alors que, probablement, j’aurais bien fait de commencer par là, d’écrire mon tout premier billet là-dessus.  Une lacune que je tente de combler maintenant en me disant que… hé bien… tout de même… mieux vaut tard que jamais… non ?

Le parentage de proximité est une vision de la parentalité, une façon de l’appréhender.  Il se fonde sur un ensemble de valeurs dont les principales sont le respect et l’écoute :  respect des besoins du bébé, respect de son rythme, de ses forces et de ses faiblesses, de ses particularités, de son individualité.  À la base, il y a l’amour.  Il y a aussi cette idée si simple :  le bébé est un être humain ;  il est une personne à part entière, avec ses émotions, son caractère, ses qualités, ses forces.  Le rôle de parent se définit comme la poursuite d’un objectif fondamental :  permettre à ce bébé unique un développement optimal dans toutes les sphères de sa personne, du développement moteur au développement intellectuel, en passant par les capacités socio-affectives, la bonne santé du corps et de l’esprit, ainsi que de belles valeurs vécues au quotidien.  De ce fait, la proximité est d’abord physique mais pas seulement.  La disponibilité émotionnelle est tout aussi fondamentale.

Or, toutes ces valeurs sont jolies en théorie, mais vous avez certainement hâte de voir comment tout cela se présente concrètement, dans les comportements, dans ces gestes que les parents proximaux posent… et ceux qu’ils refusent.  Voici donc, puisque mon esprit cartésien aime tellement les listes et les synthèses, la déclinaison de tous les comportements que l’on associe au parentage de proximité (en espérant que je n’en oublie pas… mais en ce cas, je compte aussi sur certain(e)s d’entre vous pour me rappeler à l’ordre comme vous savez si bien le faire 😉 ).

Bien sûr, dans cet ensemble, chaque parent se retrouve davantage dans quelques comportements et peu dans d’autres ;  rarissimes sont les parents proximaux qui pratiquent à fond le tout.  Il ne s’agit pas d’une check-list où plus vous cochez de cases, plus vous obtenez de points à inscrire sur votre diplôme du parent parfait.  Car le parentage de proximité est d’abord et avant tout une philosophie de vie basée sur l’amour, et les différents comportements décrits ne sont que des manières concrètes parmi d’autres d’exprimer en gestes cet amour.

Les pleurs

Pour le parent proximal, les pleurs sont pour le bébé une façon d’exprimer un besoin :  faim, inconfort, fatigue, douleur, froid, peur, ennui, etc.  Le bébé ne pleure jamais pour rien.  Il ne pleure jamais par caprice ou dans le but de manipuler.  Il pleure parce qu’il a un besoin à communiquer, et qu’il ne sait pas encore l’exprimer autrement.

Par conséquent, pour le parent proximal, les pleurs exigent toujours une réponse rapide.  Jamais on ne laisse pleurer bébé, jamais on ne lui impose volontairement de délai d’attente, jamais on ne pratique de « contrôle des pleurs » ou de « dressage au sommeil » (méthode du 5-10-15, etc.).  Il importe d’être à l’écoute et de répondre promptement du mieux que l’on peut à la demande du bébé.  Cela implique d’abord de réconforter le bébé, de lui exprimer de la sympathie, puis de chercher la cause des pleurs.  La plupart du temps, cela sera si simple.  D’autres fois, cette cause demeurera à jamais inconnue.  Peut-être que bébé avait seulement besoin d’attention, de caresses.  C’est un besoin réel, aussi fondamental que d’autres.  Peut-être aussi qu’il faudra s’avouer que cette fois, on est resté impuissant à consoler les pleurs.  Mais le simple fait d’avoir pris et cajolé bébé, d’avoir offert le sein, … d’avoir tenté, bref, est en lui-même constructif :  bébé prend confiance peu à peu dans la constance de ses parents ;  il reconnaît que ceux-ci sont toujours là pour lui.  Et, à force de pratique, les parents sont des interprètes de plus en plus compétents.

L’allaitement

La maman proximale allaite.  Le papa proximal soutient l’allaitement par ses mots et ses gestes.  Parce que le bébé est une personne, il a des droits, dont le droit au seul aliment conçu pour assurer son développement optimal.  Parce que l’allaitement est le remède le plus simple à la très grande majorité des pleurs du bébé :  il nourrit le ventre affamé, calme, réconforte, réchauffe, favorise le sommeil…  C’est une base solide sur laquelle se construit la communication et la confiance mutuelle.  Bref, les parents proximaux comprennent à quel point l’allaitement est plus qu’une façon de nourrir l’enfant et combien leur rôle est plus facile à remplir grâce à l’allaitement.  Quand l’allaitement est un échec, les mamans proximales sentent que leur bébé et elles-mêmes sont privés d’une part essentielle de leur relation.

L’allaitement est bien entendu pratiqué à la demande, de jour comme de nuit, non pas à l’horaire ni avec des restrictions, par respect des besoins du bébé.  L’allaitement à la demande manifeste aussi une confiance des parents dans la capacité du bébé à s’auto-réguler :  bébé sait quand il a besoin de lait et combien de temps il a besoin de boire.  Bien entendu, l’allaitement implique une proximité physique avec la mère (qui ne peut pas s’absenter en laissant son bébé bien longtemps).  Il est en outre le prétexte par excellence de contacts rapprochés, de peau à peau, de contacts visuels, de démonstrations affectueuses.

Pour la plupart des mamans proximales, l’allaitement doit être mené à terme (on parlait autrefois d’allaitement long).  Un sevrage précoce est perçu comme un manque de respect face au bébé, mais aussi comme un geste privant inutilement la mère et son enfant de moments et de contacts qui leur plaisent mutuellement.  Ainsi, l’allaitement ne cesse que lorsque l’enfant n’a plus besoin (physiologiquement) de boire du lait ni besoin (psychologiquement) de téter.  Le moment du sevrage et son rythme sont décidés par l’enfant, pas par ses parents ;  c’est ce qu’on appelle le sevrage naturel.  De façon générale, on considère que le sevrage naturel se fait vers l’âge de 3 ans.  Quand l’allaitement se termine par le sevrage naturel, le sevrage n’est plus considéré comme la fin d’une aventure, mais comme le début d’une autre :  l’autonomie (alimentaire).

L’accouchement

Il est bizarre, peut-être, d’inclure dans une liste de comportements de maternage une action qui vient avant l’arrivée du bébé, mais il va sans dire que le respect du bébé commence avant qu’il voie le jour, alors qu’il est encore caché dans le ventre de sa maman.  Je passerai très vite sur le manque de respect impliqué par des choix tels que fumer ou consommer des drogues ou des médicaments pouvant nuire à la santé du bébé, pour en venir à ce moment crucial qu’est l’accouchement.  Avant cela, un mot seulement sur le fait que les parents proximaux acceptent leur enfant tel qu’il est et que cela va, pour certains, jusqu’à refuser les examens qui révéleraient en cours de grossesse une anomalie susceptible de les entraîner vers le choix de l’avortement (trisomie, par exemple).

Le même leitmotiv de respect du bébé dans son rythme et ses capacités propres pousse les parents proximaux à désirer un accouchement entièrement naturel.  En effet, les stripping, le déclenchement du travail à l’aide d’hormones de synthèse, etc., voilà autant de façon de brusquer la venue au monde du bébé, c’est-à-dire de le faire venir avant qu’il ne s’y sente prêt.  Les interventions pendant l’accouchement, comme la péridurale (qui affecte aussi le bébé en le privant momentanément et partiellement de certains instincts) et bien sûr la césarienne, sont toutes perçues comme des obstacles majeur à l’établissement de l’atmosphère de calme et d’amour dans laquelle le bébé devrait venir au monde, mais surtout comme un désaveu de la capacité de la femme à donner naissance à son enfant et de la capacité du nourrisson à trouver son chemin vers la sortie.  Les interventions médicales sont par conséquent refusées à moins qu’elles ne deviennent absolument nécessaires.  C’est pourquoi aussi la maison de naissance, voire la maison familiale, est souvent un lieu de prédilection des parents proximaux pour le grand jour plutôt que l’hôpital.

Pour favoriser la transition entre la vie intra et extra-utérine, les parents proximaux privilégient la mise en peau à peau dès la naissance (et donc le report de la pesée et autres soins au nouveau-né), qui permet au bébé d’aller chercher le sein de lui-même en rampant pour sa première tétée plutôt que d’être mis au sein.  En outre, les parents proximaux refusent bien évidemment cette pratique (heureusement de moins en moins répandue) qui consiste à mettre les bébés à la pouponnière pendant leur séjour à l’hôpital pour garder leur nouveau-né près d’eux à chaque minute, jusqu’au retour à la maison.

Le portage

Le portage s’inscrit dans la continuité du peau à peau pratiqué après la naissance pour favoriser une transition toute en douceur entre la vie utérine et la vie extra-utérine.  Bébé s’est habitué pendant 9 mois à être bercé par les pas de sa mère, à s’apaiser et s’endormir au rythme de son coeur qui bat.  Le portage lui permet de retrouver toutes ces sources de réconfort et la chaleur maternelle.  D’autre part, il l’aide à apprivoiser son père en lui faisant découvrir son torse plus chaud et son rythme cardiaque plus lent, apaisant eux aussi.

Le portage, c’est installer bébé dans un porte-bébé, mais c’est aussi, simplement, le prendre dans ses bras, le tenir contre soi.  Les parents proximaux pratiquent généralement les deux types de portage :  avec et sans équipement. Comme ils prévoient beaucoup porter, les parents proximaux font souvent l’acquisition de plus d’un porte-bébé pour s’adapter à diverses situations.  Les écharpes (extensibles) en tous genres offrent un grand confort aux nouveaux-nés, tandis que des porte-bébés conçus spécifiquement pour le portage sur le dos, par exemple, vont permettre de porter un bébé plus vieux ou plus lourd, qui souhaite découvrir le paysage en même temps que maman ou papa.  L’important, c’est que tout porte-bébé soit physiologique :  bébé doit avoir le dos arrondis et les jambes fléchies, relevées, jamais pendantes.  Il ne doit surtout pas être suspendu par la fourche.

Le sommeil

Se séparer de son bébé toute la nuit, soit près de la moitié du temps en fait, paraît inconciliable avec la notion même de proximité.  C’est pourquoi les parents proximaux pratiquent le sommeil partagé (que l’on appelle aussi cododo).  Le sommeil partagé répond aux besoins fondamentaux du bébé en favorisant la réussite de l’allaitement et en lui permettant de calquer son rythme respiratoire sur celui de sa mère, ce qui réduit le risque de mort subite du nourrisson.  Grande source de sécurité affective, le sommeil partagé renforce aussi les liens d’attachement naissant entre le bébé et ses parents.  Il est en outre la meilleure façon d’inculquer de bonnes habitudes de sommeil à son bébé dès les premiers jours en lui permettant d’apprendre à dormir paisiblement en compagnie des gens qui l’aiment plutôt qu’à rechercher la solitude.

Même quand bébé grandit (un peu) et qu’il se couche plus tôt que ses parents et fait des siestes dont ceux-ci n’ont plus besoin, les parents proximaux continuent de voir l’importance d’accompagner leur bébé dans le sommeil.  Allaiter, bercer, porter, fredonner une berceuse, lire un conte, caresser le ventre, faire semblant de dormir ou tout simplement être là, assis ou étendu, il y a toute une panoplie de façons de faire parmi lesquelles ils adoptent leurs préférées.  L’essentiel étant cette idée selon laquelle il faut que bébé se sente en sécurité pour s’abandonner au sommeil (qui rend si vulnérable), et ce tant que bébé en ressent le besoin.

Pour un billet plus détaillé sur cette question, cliquez ici.

La garde

Les parents proximaux veulent profiter au maximum de la petite enfance de leur progéniture.  Ils savent que cela passera (trop) vite et souhaitent emmagasiner autant de bons souvenirs que possible.  Ils veulent être là quand ça compte :  recevoir le premier sourire, assister au premier repas, voir les premiers pas, la première chute, bref ne manquer aucune de ces premières fois si émouvantes.

Ils tiennent aussi compte du fait que leur bébé est (physiquement) dépendant d’eux.  Par conséquent, il est complètement désemparé et anxieux en leur absence parce qu’il n’a pas la notion du temps et n’a pas encore acquis la permanence de l’objet (un processus qui débute vers l’âge de 9 mois pour se terminer vers 18 mois, voire un peu plus tard).  Ils sont ainsi conscients que le bébé est incapable, pour se rassurer, de produire des images mentales abstraites telles que « papa est dans l’auto » ou « maman est chez le dentiste » :  la personne qui est hors de portée de ses sens n’existe plus pour le bébé.  Les parents proximaux font donc le nécessaire, selon leurs moyens, pour faire garder leur bébé le moins souvent possible, le moins longtemps possible et le plus tard possible dans sa vie.  On pourrait résumer cette attitude en utilisant les termes garde presque exclusivement parentale.

Les parents proximaux préfèrent emmener bébé en sortie et en voyage avec eux, partout où ils vont, plutôt que de le confier à ses grands-parents ou à une petite voisine pendant leurs absences.  Ils choisissent aussi de maximiser les congés de maternité, de paternité et parental pour garder eux-mêmes leur bébé au quotidien durant l’essentiel de sa première année de vie, plutôt que de le confier à une éducatrice (entrée en garderie).  Lorsque le congé se termine, l’un des deux parents (plus souvent la mère, ne serait-ce que pour préserver l’allaitement à la demande) peut choisir de rester à la maison quelques années.  Mais devenir mère au foyer n’est pas la seule option qu’envisagent les mamans proximales :  que l’un des parents occupe un emploi de jour pendant que l’autre travaille de soir, que l’un fasse son boulot à partir de la maison pendant que bébé dort, embaucher une nounou qui prend soin du bébé sur les lieux de travail de la maman travailleuse autonome, etc.  les possibilités sont aussi nombreuses que les familles proximales.  Dans d’autres cas, la mère choisira de retourner au travail avec un horaire allégé (3 jours par semaine, par exemple), ce qui permettra à une grand-mère qui n’aurait pas eu la force de s’occuper du tout-petit à temps plein de prendre soin de lui ces trois jours-là, dans sa maison, au milieu de ses affaires… et de retarder d’autant le moment où l’enfant « quittera le nid familial sécurisant » et fera son entrée à la garderie ou à l’école.

Le développement moteur

Les parents proximaux sont confiant que leur bébé a tout en lui pour se développer de façon autonome sur le plan moteur.  Ils encouragent leur bébé à découvrir ses capacités motrices par lui-même en pratiquant la motricité libre.  Ainsi, lorsqu’ils déposent leur tout nouveau bébé éveillé, ce n’est pas pour lui faire faire la bicyclette avec les jambes ou lui enseigner à se tourner du ventre au dos.  Ils  Ils le laissent sur le dos, tranquille, et attendent que bébé bouge de lui-même.  Au début, bébé ne fait pas grand-chose; il est fasciné par ses mains, soulève ses jambes…  Mais bientôt il fera sans aide et sans qu’on le lui ait jamais enseigné les gestes qui lui permettront de se retourner sur le ventre, de saisir des objets et de les porter à sa bouche, de se mettre sur les genoux, de s’asseoir, puis de ramper, se promener à quatre pattes, se lever, marcher, grimper.  Il fera ces découvertes de lui-même, à son rythme, ce qui correspond au respect de l’individualité du bébé qui anime les parents.  Ses parents ne le déposeront pas assis tant qu’il ne saura pas s’asseoir seul et ne le feront pas marcher en lui tenant les mains tant qu’il n’aura pas fait ses premiers pas par lui-même.

Cela implique aussi que, pour les parents proximaux, il ne faut surtout pas que l’enfant soit entravé dans un siège vibrant, un exerciseur ou une balançoire lorsqu’il est déposé.  Les parents proximaux comprennent que tous ces gadgets ont été inventés dans le seul but de remplacer les bras des parents, pas pour améliorer et accélérer le développement du bébé, qu’au contraire, ils mettent à mal, favorisant des positions non physiologiques.  Or, les parents proximaux ne déposent pas bébé pour se libérer les bras, ils le font principalement pour lui donner une occasion de percer les secrets de son corps et de l’univers qui l’entoure.  Ils déposent donc bébé beaucoup moins souvent que la moyenne des parents, mais le laissent beaucoup plus libre lorsqu’ils le font.

Pour en savoir plushttp://vimeo.com/9490665

La communication

La communication est au coeur de la relation entre les parents proximaux et leur bébé.  C’est elle qui permet aux premiers de découvrir les besoins du second et d’y répondre avec promptitude, affection et respect.  Je tenais à souligner sous le thème de la communication un certain nombre de pratiques parentales qu’elle entraîne disons « par la bande », indirectement.

D’abord, il y a le fait de vivre sans horaire, au gré des différents besoins du bébé.  Les parents proximaux n’imposent pas leur routine ou leur horaire à leur bébé, mais adaptent leurs habitudes aux rythmes de sommeil et d’éveil du bébé.  Ils le font boire ou manger quand il a faim plutôt que lorsque « c’est l’heure » et le couchent lorsqu’il manifeste des signes de fatigue plutôt que lorsque l’horloge le dicte.  Certains bébés sont très routiniers de nature; d’autres, davantage imprévisibles.  Dans tous les cas, les parents préfèrent être à l’écoute des signes de leur enfant que de leur montre.

Ensuite, le langage occupe une place de choix dans la relation entre les parents proximaux et leur progéniture.  Ceux-ci adorent parler à leur bébé, lui raconter ce qu’ils font, lui dirent qu’ils l’aiment et répondre à ses gazouillis par des sons similaires dans un jeu d’effet miroir qui bientôt s’inversera :  ce sera bébé qui répétera les sons produits par ses parents.  En outre, le désir de communiquer pousse un certain nombre de parents proximaux à enseigner très tôt à leur bébé le langage des signes, dont il pourra maîtriser une jolie base bien avant même d’avoir la capacité physique pour prononcer des mots.

Enfin, la communication implique pour les parents proximaux un maximum d’honnêteté à l’endroit de l’enfant.  Ainsi, ils n’hésitent pas à lui dire comment ils se sentent, même lorsqu’ils vivent des émotions négatives, notamment dans l’espoir que l’enfant apprenne à en faire autant et n’ait jamais peur de confier ses sentiments et son vécu intérieur.  L’honnêteté signifie aussi l’absence de mensonge.  Pour certains parents proximaux, cela va jusqu’à refuser ce qu’on appelle « de pieux mensonges » et le fait d’initier à une part de folklore.  Par exemple, ces parents ne feront pas croire à l’existence du Père Noël, du lapin de Pâques ou de la Fée des Dents.

L’hygiène naturelle infantile (HNI)

L’hygiène naturelle infantile est probablement la plus méconnue et la plus mécomprise des pratiques proximales.  Elle consiste tout simplement à élever son bébé sans couches.  Or, il ne s’agit pas d’enseigner la propreté à un nouveau-né, ça n’a même rien à voir avec ça.  En fait, c’est pousser le désir de communication avec son bébé qui ne parle pas encore jusqu’à son paroxysme en tentant de répondre à un besoin qu’exprime le nouveau-né mais que la plupart des parents n’entendent pas :  le besoin d’évacuer.

L’idée, c’est que tous les bébés naissent propres et manifestent leur besoin d’uriner ou de faire une selle par des signes (inconscients) d’inconfort ou des pleurs.  Ce sont les parents qui apprennent à leur bébé à « se faire dessus » en ne répondant pas à son besoin d’évacuer proprement et en lui enfermant les fesses dans des couches.  Peu à peu, le bébé s’habitue à la couche et cesse de ressentir qu’il va évacuer.  Il devra se réapproprier cette sensation innée plus tard, à l’âge de la propreté.  Pour certains parents proximaux, ignorer ce besoin d’évacuer du bébé n’est pas plus acceptable que d’ignorer les autres besoins et il y a un grand manque de respect dans le fait d’obliger le bébé à croupir dans son urine et ses excréments.

Des parents proximaux pratiquent l’hygiène naturelle infantile dès la naissance et à temps plein, d’autres attendent quelques semaines de se remettre de l’accouchement avant de s’y mettre ou pratiquent à temps partiel, c’est-à-dire qu’ils mettent une couche au bébé lors de sorties (particulièrement en hiver) ou pendant la nuit.  Dans tous les cas, ils font un geste pratiqué partout depuis les débuts de l’humanité.  Il est intéressant de se rappeler que 60% des bébés qui naissent chaque année dans le monde sont élevés sans couche et qu’il est très appréciable d’un point de vue écologique de se réapproprier cette pratique.

L’alimentation

Comme pour toutes les autres sphères du développement, les parents proximaux attendent que leur bébé montre qu’il est prêt avant d’entreprendre la diversification alimentaire, et cela plutôt que de se fier au calendrier et de commencer « parce qu’il a 6 mois aujourd’hui ».

Ils introduisent aussi les aliments sous forme de morceaux que le bébé pourra saisir avec ses doigts et porter à sa bouche lui-même, plutôt que sous forme de bouillies de céréales et de purées administrées à la cuillère.  On nomme cette façon de procéder alimentation autonome, ce qui est une traduction très libre de l’appellation anglaise Baby Led Weaning (BLW).  L’alimentation autonome s’inscrit dans la continuité de l’allaitement à la demande puisque c’est le bébé qui indique lorsqu’il a faim, mais aussi lorsqu’il est rassasié (en cessant de manger)… et que son parent lui fait confiance et respecte son appétit fluctuant et ses goûts naissants.  Bien entendu, l’alimentation autonome implique une certaine de dose de gâchis et de gaspillage au début, et le parent veille à ne pas freiner l’enfant dans sa découverte de la nourriture en le grondant pour ses maladresses et ses dégâts.  Les parents proximaux apprécient tout particulièrement que l’alimentation autonome permette que bébé mange des vrais aliments dès le départ, qu’il développe sa motricité fine et apprenne à apprécier diverses textures, ainsi que le fait que les repas se prennent en famille, dans le partage et la bonne humeur.

Pour mon avis sur l’alimentation autonome et des conseils pratiques, cliquez ici.

Le matérialisme

En parlant de motricité libre, j’ai évoqué le refus des parents proximaux de s’encombrer de certains objets inventés pour remplacer leurs bras, tels que l’exerciseur, la chaise vibrante (transat) ou le bumbo.  J’aimerais revenir sur ce point, car ce refus de biens matériels ne se limite pas aux jouets dits de développement moteur.  En fait, les parents proximaux désirent que leurs enfants apprennent dès le plus jeune âge à créer des relations saines et épanouies avec les gens qui les entourent.  C’est pourquoi ils font en sorte que, dès ses premiers mois de vie, leur bébé s’attache aux gens plutôt qu’aux objets, qu’il soit rassuré par la présence de ses parents plutôt que par celle d’une doudou.

Il ne s’agit pas tant de pratiquer la simplicité volontaire que de s’intéresser aux valeurs que les objets véhiculent.  Ainsi, posséder toute une collection de porte-bébés peut paraître tout à fait logique aux parents proximaux puisque ces objets témoignent de leur volonté de porter beaucoup bébé, dans différentes situations et positions, et à tous les âges.  Cependant, les objets qui ont pour but d’amener bébé à moins avoir besoin de contacts avec ses parents sont, pour leur part, appréhendés négativement, et leur présence dans la maison des parents proximaux est réduite au maximum.  Il en va ainsi, par exemple, des suces, biberons, dormeuse, aquarium musical, doudou, toutou et autres objets dits « de réconfort ».

La discipline

Lorsque leur bébé grandit et devient un tout-petit, les parents proximaux adoptent tout naturellement (mais non sans efforts souvent) des principes éducatifs basés sur le respect.  Ils veulent transmettre leurs valeurs à leur enfant de manière positive, par l’enseignement et l’exemple, plutôt que par la répression.  Leur discipline est, d’une part, non-violente, cela va de soi.   Ils ne souhaitent pas élever leur enfant dans une atmosphère de domination ou de peur.  Leur autorité parentale ne provient donc pas d’un rapport de force, mais est méritée en résultat d’une relation de confiance, dans laquelle l’enfant perçoit son parent comme un bon guide.

D’autre part, cela va beaucoup plus loin.  La façon de faire des parents proximaux est souvent présentée sous l’appellation bien évasive d’éducation bienveillante.  Ce mode éducatif se décline de différentes manières.  Les parents sécurisent l’environnement de l’enfant de façon à ce que ses premières explorations ne soient pas constamment ponctuées du mot « non ».  Ainsi, sans transformer leur maison en palais de ouate, ils retirent momentanément les objets dangereux (produits ménagers, ciseaux et couteau, outils, etc.) et les objets fragiles et précieux ou trop petits (souvenirs de voyage, bibelot, bijoux, etc.) de l’espace de vie de l’enfant afin que celui-ci puisse se promener, toucher, tâter, goûter sans mettre chaque fois sa vie en danger ni se faire réprimander.  L’éducation bienveillante est donc une éducation du « oui » et du « vas-y, essaie », qui récompensent l’enfant de sa curiosité.  Car réprimer constamment la curiosité naturelle de l’enfant, c’est tuer peu à peu en lui le goût d’apprendre.

Les parents proximaux invitent aussi l’enfant à verbaliser ses émotions plutôt qu’à les exprimer par des gestes violents comme mordre, taper, griffer ou pousser.  Ils ne refusent pas les émotions négatives de l’enfant ni ne tentent de l’inciter à les réprimer.  Ils mettent des mots sur les émotions de l’enfant (« tu es fâché », « tu es déçu ») pour l’aider à apprendre rapidement à les exprimer de façon saine et socialement acceptable.  Cette intervention est faite en lieu et place d’une punition, car l’éducation bienveillante est exempte de punition, de répression et de coercition.  Ce qui ne signifie pas qu’elle soit exempte de discipline, bien au contraire.  Car l’enfant a besoin d’un cadre et de limites, de balises pour se guider dans ses découvertes, et que le parent proximal veille à répondre aussi bien que possible à ce besoin comme à tous les autres.  Cependant, il le fait avec souplesse, en faisant bénéficier l’enfant de son expérience et de son vécu personnels quand cela s’avère adéquat, plutôt qu’en imposant des règles rigides dont le fondement paraît aléatoire aux yeux de l’enfant.  Et il exprime des demandes de comportements attendus de façon positive (« on laisse la porte fermée »), plutôt que d’interdire le comportement opposé (« on n’ouvre pas la porte »).

Le savoir

Enfin, je ne pouvais clore cette liste sans aborder le sujet de l’acquisition du savoir, dont la responsabilité, traditionnellement, repose dans nos sociétés occidentales sur cette institution de l’école.  La plupart des parents proximaux enverront en effet leur enfant à l’école pour qu’il apprenne.  À lire, à écrire, à compter, …  à socialiser aussi.  Pour qu’il découvre les sciences naturelles, la biologie, la musique, l’histoire, la géographie…

Mais un certain nombre de parents proximaux garderont leurs enfants avec eux à l’âge où la scolarité devrait commencer et adopteront l’unschooling.  Définir l’unschooling est une tâche ardue.  Dire que c’est un refus de l’école est simple, mais ça n’explique pas grand-chose.  Ajouter que ce n’est pas davantage l’école à la maison est une précision qui ne décrit pas beaucoup mieux en quoi consiste concrètement l’unschooling.  En fait, si l’éducation bienveillante s’inscrit avec les tout-petits dans la continuité du parentage de proximité avec les bébés, l’unschooling s’inscrit dans la même lignée, mais avec un enfant d’âge scolaire.  Le parent désire respecter l’individualité de son enfant, ses forces et ses intérêts.  Il croit aussi dans son fondamental désir d’apprendre et sa capacité à le faire.  Si l’enfant a réellement besoin de faire un apprentissage, il trouvera le moyen de le faire et demandera l’aide requise, le cas échéant, puisque le parent sera disponible et enthousiaste.  La responsabilité du parent unschooler n’est donc pas de « faire l’école » en suivant le programme à sa façon, bien au contraire, mais de créer une vie riche et remplie d’opportunités et de découvertes stimulantes pour son enfant.  Ce qui est probablement beaucoup plus difficile, mais assurément nettement plus enrichissant pour lui.

Pour en savoir un peu plus :  http://apprendreenliberte.wordpress.com/2012/06/11/je-vis-donc-japprends-une-vie-unschooling/

En conclusion

Comme ils vous le diront eux-mêmes si vous le demandez, beaucoup de parents proximaux se fient à cette petite voix du coeur qui les guide dans la parentalité :  ils écoutent leur instinct plutôt que les spécialistes, les guides de puériculture et leur médecin quand vient le temps d’agir avec leur bébé.  Tout de même, il y a parmi les parents proximaux des êtres plus « réfléchis », qui auront été convaincus par des lectures et des témoignages des bienfaits du parentage de proximité, et qui agiront donc de façon proximale avant tout par souci de faire pour le mieux, c’est-à-dire en résultat d’une réflexion rationnelle.  Ce qui est intéressant, c’est que même ceux-là deviendront au fil des mois plus intuitifs, plus instinctifs, car c’est là un des effets de ce parentage :  il confirme le parent dans sa capacité à bien prendre soin de son bébé et à faire les bons choix pour lui.  Que ce soit l’instinct ou ses lectures de spécialistes en pédopsychologie qui ont poussé le parent vers la proximité, la proximité aura cet impact positif de mener le parent à faire confiance à son instinct et à le suivre pour la suite.

 

La douce et furieuse venue au monde de ma Frimousse

En écho à mon article précédent, et parce qu’une personne dont l’opinion compte beaucoup pour moi m’a fait remarquer qu’avec la teneur et le ton de mes derniers textes, il y avait de quoi décourager de mettre au monde des enfants, j’ai décidé de partager le récit de la naissance de ma pétillante Frimousse, si différente de celle de sa grande sœur.

Comme quoi il est possible d’accoucher deux fois dans le même hôpital et de vivre deux expériences totalement opposées.  Comme quoi il est permis d’espérer que les soins périnataux s’améliorent en milieu hospitalier.

La naissance de ma deuxième fille était prévue le 28 octobre 2011.  C’était, à deux années près, exactement la même date que la naissance prévue de sa grande soeur qui, elle, était arrivée 3 jours à l’avance.  Plusieurs avaient d’ailleurs parié qu’elles auraient la même date d’anniversaire.  Mais la petite coquine n’est venue au monde ni le 25 ni le 28.  Elle avait décidé de nous faire languir un peu.  Tant qu’à avoir attendu, je croisais les doigts pour qu’elle me fasse le cadeau d’arriver le 2 novembre, comme mon grand-papa d’amour.  Mais cette charmante Frimousse a choisi une tout autre date, et pas n’importe laquelle :  le 31 octobre, jour de l’Halloween.

C’était un lundi et mon Hobbit était parti travailler.  Ma petite Fée et moi avons dîné puis, un peu après 13h, je l’ai amenée s’étendre dans mon lit pour la sieste.  Elle s’est endormie presque immédiatement et j’ai eu une première contraction quelques minutes plus tard, allongée là.  Elle était étonnamment forte pour une première.  J’avais eu des contractions toute ma grossesse précédente ; cette fois, presque pas.  Comme j’avais une grosse contraction toutes les 10 minutes (j’avais le réveille-matin devant les yeux), impossible de dormir.  Je suis donc allée à la salle de bain, prendre une douche et me faire belle, juste au cas…  À chaque contraction, je prenais appui sur la vanité ou sur le mur de la douche pour balancer mes hanches, seule chose qui me soulageait.  J’ai pris mon temps, bien épilé mes jambes et le reste, démêlé et coiffé mes cheveux, massé tout mon corps de crème hydratante, choisi mes beaux vêtements les plus confortables.  J’avais l’impression que les contractions s’étaient rapprochées, ce dont j’ai eu la confirmation en allant à la cuisine et en les minutant grâce au micro-ondes, balançant encore des hanches, appuyée au comptoir lunch.  Toutes les 6 minutes, maintenant.

J’ai téléphoné à ma mère, pour l’avertir qu’il était fort probable que je lui emmène sa  pensionnaire temporaire de petite-fille avant le souper.  J’ai téléphoné à mon Hobbit et lui ai laissé pour message de lâcher son ouvrage sur-le-champ et de venir me rejoindre, message qu’il n’a pris qu’à la fin de sa journée de travail, une heure plus tard, bien sûr.  Quand le Hobbit est rentré, je lui ai donné 2 minutes pour se changer, j’avais mis ma valise et celle de ma petite Fée dans l’entrée et j’étais en train de remplir la sienne, mon manteau sur le dos.

Nous sommes arrivés à l’hôpital un peu avant 17h. Les contractions suivaient le patron suivant :  une très intense, 5 minutes, une plus petite, 2 ou 3 minutes.  J’avais trouvé mes 50 minutes de voiture extrêmement pénibles et il n’était plus question que je m’assois ou que je m’allonge une seconde de plus que nécessaire.  J’étais dilatée à 5.

Je suis tombée sur une infirmière géniale.  Elle m’a fait un massage du dos pendant que j’étais sur le ballon, m’a dit qu’elle était enchantée de ma volonté d’accoucher naturellement et qu’elle espérait m’aider à vivre cette belle expérience.  Elle a montré à mon Hobbit, trop fébrile et sur le point de devenir insupportable malgré une volonté de bien faire, à me caresser le ventre durant les contractions en se tenant debout derrière moi, le bassin soudé au mien qui oscillait, pour me « distraire » de ma douleur en obligeant mon esprit à se concentrer sur une sensation agréable.  Je ne l’aurais jamais cru, mais ça a tres bien fonctionné pendant plus d’une heure.

Ensuite, je l’ai repoussé.  Soudain et sans raison, ses caresses me jouaient sur les nerfs au lieu de me soulager.  L’infirmière trop merveilleuse a tout de suite proposé le bain.  Je l’ai demandé bouillant.  J’y suis restée durant 2 heures, toutes lumières éteintes, les yeux fermés, mon Hobbit, que j’oubliais presque, assis dans le coin à roupiller (il se lève à 5h pour son travail, le pauvre était si fatigué).  Entre les contractions, je somnolais dans le bain, j’étais franchement bien.  Pendant les contractions, je soulevais mon bassin et j’oscillais de droite à gauche, comme un bateau bercé par la vague.  Les contractions étaient un peu moins rapprochées, toutes très intenses.  Je me sentais en transe, je n’avais pas la notion du temps.  Et bizarrement, je n’étais plus tellement pressée que ça se termine.

Soudain, pendant une contraction, j’ai senti quelque chose fuser de moi.  Mon Hobbit a ouvert la lumière et voyant les trainées rosâtres entre mes jambes, j’ai su que j’avais perdu les eaux.  L’infirmière m’a enjointe à regagner la chambre pour que le médecin résident vérifie mon col.  J’étais dilatée à 9.  Je me suis assise sur le ballon et j’ai ressenti une contraction épouvantable.  J’ai grogné.  Ensuite, les contractions étaient aux 2 ou 3 minutes et toutes insupportables.  J’ai grogné : « bébé, t’es mieux d’arriver bien vite, maman n’en peux plus, je déteste accoucher… pourquoi ça fait si mal ???!!! »  ou quelque chose du genre, puis, sans transition et les yeux bien ronds de surprise (d’après mon Hobbit), « ça pousse, ça pousse tout seul ».

Je n’ai eu le moniteur pour le coeur que 3 fois durant tout le travail, aucun soluté, rien qui me rappelle trop vivement que j’étais à l’hôpital, et je l’ai beaucoup apprécié.

Le médecin venait d’entrer, il a dit : « juste à temps pour ne pas manquer le spectacle », l’infirmière m’a fait m’allonger et le médecin a signifié qu’il était prêt.  Pas d’étriers, juste moi allongée sur un lit, libre de me placer comme je le sentais.  J’ai poussé une première fois en me relevant jusqu’à être presque assise, avec l’impression que ça n’avait rien donné.  À la seconde poussée, j’ai senti la tête passer le col, puis après la contraction, retourner derrière.  Aouch !  À la troisième poussée, j’allais arrêter, ma contraction me semblant terminée, mais le médecin a dit : « un dernier petit coup, on ne va pas se faire attendre encore trois minutes, elle est là » et j’ai poussé de toutes mes dernières forces.  J’ai senti une vive brûlure et eu la désagréable impression que le médecin faisait faire une pirouette au bébé les jambes encore en moi (ce qui était plutôt exact, elle avait le cordon autour du cou), puis il a donné ma Frimousse, qui hurlait comme une démente, à mon Hobbit ému pour que ce soit lui qui la dépose sur mon ventre.  J’ai vu la fierté dans ses yeux.  Il était 21h03.

Je n’avais plus de jaquette d’hôpital.  Mon Hobbit a dit que je l’avais lancée au bout de mes bras après la première poussée (je ne me souviens pas de ça  Surprised ) et cette minuscule Frimousse me regardait avec d’immenses yeux bleu clair, calme et curieuse.  Elle était parfaite, pas du tout bleutée, et toute chevelue.  Papa a coupé le cordon, le médecin a pris le don de sang et m’a recousue.  J’ai entendu un « 2 » rassurant, je ne m’occupais plus de lui.  La petite Frimousse toute neuve s’est mise à me farfouiller avec son petit nez en me grattant avec ses orteils pour grimper.  Comme elle n’arrivait pas à agripper le sein (j’étais sur le dos), elle a commencé à hurler (sérieusement, elle n’a jamais vagi comme le font les bébés, elle hurlait tellement fort !) et le médecin s’est exclamé : « mais je fais de mon mieux, je vais aussi vite que je peux, elle a du caractère celle-là ! ».  Heureusement, c’était terminé, j’ai pu me redresser et bébé s’est littéralement jetée sur mon sein pour prendre sa première tétée.

C’est pendant qu’elle buvait (longtemps, longtemps) que son papa et moi nous sommes entendus sur son prénom (nous avons tergiversé toute ma grossesse durant), et elle est très pétillante, notre « lumière ».

Péridurale et allaitement : des ennemis méconnus

D’abord, je vous mets en situation.  Nous sommes le samedi 24 octobre 2009 (oui, je sais, ce n’est pas le Moyen Âge, mais on n’en est pas loin, vous allez bien le constater).  Ma première grossesse en est à 39 semaines et 3 jours.  J’ai eu de fausses contractions depuis la 25e semaine.  Au petit matin, encore au lit, pendant un peu plus de 2 heures, j’ai eu des contractions régulières, des vraies, toutes les 7-8 minutes.  Mais tout s’est déréglé quand je me suis levée et j’ai passé la journée en contractions irrégulières mais fréquentes.  Il est 19h, mon Hobbit et moi avons l’une de nos plus virulentes disputes à vie.  Comme nous n’en avons pas eu une seule depuis l’annonce de cette imprévisible grossesse.  Il monte l’escalier frustré en claquant du talon sur toutes les marches et je m’effondre dans le divan, en pleurs.  Paf !  La douleur m’en met une dans la gueule, je suis assommée.  Pendant presque 4h, je reste assise là à souffrir en imbécile.  Ce sont de vraies contractions, toutes les 10 minutes, fortes.  Je ne fais aucun des gestes qui sauvent :  marcher, bouger.  Je suis pétrifiée par la surprise.  Et par la consternation.  Ma fille va naître dans la discorde.  J’essaie d’aller me mettre au lit, mais c’est insupportable.  Je vais me jeter dans un bain bouillant.  Les contractions se rapprochent et s’intensifient au lieu de se calmer.  On y est.

Mon Hobbit montre enfin qu’il se préoccupe de moi.  Je braille comme une perdue.  On s’allonge ensemble.  Le cœur me lève.  Je vais vomir dans la toilette.  Puis dans l’évier à la contraction suivante.  Et encore.  Et encore.  À chaque contraction.  Je suis étourdie, épuisée.  On part pour l’hôpital.  Même si les contractions sont aux 8 minutes, et pas aux 5, comme dans le livre.

Nous arrivons à la maternité vers 5h du matin en ce dimanche 25 octobre 2009.  Même si ça fait 10h que je suis en travail, je ne suis dilatée qu’à 3.  Déprimant.  Les vomissements sont dus à la douleur, que je tolère mal.  Probablement à mon stress et à mon état d’esprit aussi.  On m’installe dans une chambre.  On m’y abandonne.  Avec un conjoint désemparé et un ballon que je ne sais pas utiliser.  Et surtout, un pu*** de soluté parce que mon test à la fameuse bactérie était positif.  Je suis prise :  incapable de marcher, de bouger comme j’en ai maintenant envie plus que tout.  Une ourse en cage.

6h de souffrances plus tard :  dilatée à 4.  DÉPRIMANT.  On m’envoie dans le bain.  Ça me soulage un peu, je veux y rester.  Mais le mal de cœur disparu, j’ai faim.  On me dit que je pourrai manger à ma chambre, je sors du bain.  C’était un mensonge :  on a interdit que je mange à cause de mes vomissements.  Je suis indignée.

Il est un peu plus de 13h30, je suis dilatée à 5.  Le médecin crève mes eaux pour accélérer le travail qui stagne et m’épuise.  Il ne m’a pas réellement demandé mon avis sur ce coup-là.

Il est 14h.  Je suis dilatée à 5.  Encore.  Je vomis de la bile à chaque contraction.  Elles ne se rapprochent pas, le travail n’avance pas.  Je ne peux plus me lever, trop étourdie.  Mais couchée, je ne supporte pas la douleur.  Je n’en vois plus la fin.  Je demande de l’aide.  On ne m’offre qu’une seule option :  la péridurale.  Je n’en veux pas.  J’ai eu une mauvaise expérience d’anesthésie, je déteste les médicaments.  Ce n’est pas moi.  On m’en parle depuis le matin.  J’ai eu la force de refuser jusque là, mais j’abdique parce qu’on me met de plus en plus de pression.  Des phrases assassines : « Tu vas tellement t’épuiser que quand ça va être le temps de pousser, tu n’auras plus la force et on va devoir prendre la ventouse »…

L’anesthésiste s’y reprend par 4 fois, l’aiguille ne pouvant pénétrer les 3 premières.  C’est un supplice, plus insupportable encore que les contractions elles-mêmes, même si jamais je n’aurais cru cela possible.  Bien sûr, le travail s’arrête complètement sous l’effet de l’anesthésie. On m’administre du Pitocin… maintenant que les eaux sont crevées, ça a l’air que l’accouchement ne peut plus attendre…

15 minutes plus tard, je dors.  Pendant environ 1h30.  Puis je me réveille et le médecin constate que je suis dilatée à 10.  Mais je ne sens rien.  C’est le moniteur seul qui m’avertit des contractions.  J’ai « trop gelé » selon l’infirmière, dont je ne sens pas le sac de glace assez vite à son goût.  À chaque contraction, on me dit de pousser.  Je suis nulle, je ne me sens pas.  Mes intestins se vident, mais pas mon utérus.  Dégoûtant.  Tout ça, c’est de l’énergie dépensée en pure perte, et je n’en ai pas tant.  Sans parler de mon estime de moi.  Enfin, il est presque 18h et la seule dose minimale de péridurale reçue vers 14h30 perd enfin de son effet, presque soudainement.  Je sens mon corps, je sens mes contractions.  Je pousse efficacement.  Mais le cœur du bébé n’en peut plus.  J’ai droit à l’épisiotomie, pour laquelle on ne me demande pas mon avis (pour faire changement!).

Ma petite Fée est dans mes bras.  Elle est née à 18h13, après un travail de près de 24h, et 45 minutes de poussées.  Son apgar est de 10/10, elle pèse 6 lbs 12 onces pour 51 cm.  Elle est parfaite et me dévisage avec ses grands yeux.  Je suis « en amour ».

J’essaie de la mettre au sein.  Impossible, elle ne s’accroche pas.  Elle essaie, ouvre la bouche comme un poisson, cherche et farfouille.  Une infirmière me triture le mamelon.  Il en sort une grosse goutte jaune doré.  Ma petite Fée la lèche mais ne s’accroche pas.  Elle bâille, je vois sa petite langue en cœur et le frein presque au bout.  Je préviens, je dis que c’est de famille.  Je suis née comme ça aussi.  Indifférence du personnel.  Ma petite Fée s’endort.

On m’envoie à la salle de bain.  Je suis si essoufflée que j’en râle.  J’ai l’étrange impression que l’une de mes côtes est brisée et sur le point de me perforer le poumon gauche.  Je n’arrive pas à prononcer une phrase courte sans devoir reprendre mon souffle.  Même après plusieurs minutes assise dans mon lit.

Le médecin est inquiet, il m’envoie d’urgence passer un examen pour éliminer la possibilité d’une embolie pulmonaire.  Je ne reviens que 2h plus tard, toujours aussi souffrante.  Ma fille a 4h et elle a déjà été séparée de moi la moitié de sa vie.  Cette nuit-là, à chaque réveil, on « m’aide » à la mettre au sein, sans aucun succès.  Elle reçoit quelques gouttes de colostrum exprimé manuellement dans une cuillère.  Le lendemain, en fin d’avant-midi, elle hurle de faim, n’ayant toujours rien reçu.  Je demande qu’elle soit examinée par le médecin, qu’il lui coupe ce frein de langue qui l’empêche de prendre le sein.  L’infirmière refuse de « déranger le médecin pour mes caprices ».  Elle me dit que « j’affame mon bébé » en refusant la préparation qu’elle m’a apportée pour la nourrir.  On discute, on s’insulte.

Ma fille hurle depuis une heure.  Elle est affamée et stressée.  Je suis épuisée et en larmes.  Le médecin ne viendra pas et l’infirmière me hait.  Mon traitre de Hobbit donne la préparation à notre fille à l’aide du DAL qu’on a fourni parce que j’ai dit un « non » catégorique au biberon.  Je veux allaiter.  Pourquoi personne ne m’aide ?  Pourquoi même lui m’abandonne ?

Maintenant que nous avons un moyen de nourrir notre bébé, plus personne ne m’aide à la mettre au sein.  On vient me voir, on me demande si elle a bu et devant ma réponse négative, on me laisse un DAL propre et une bouteille d’Enfamil.  Le lendemain, ma doc fait un examen de base, me dit qu' »à la maison, au calme, ma fille apprendra à boire » et me renvoie chez moi sans écouter ma demande pour le frein de langue.

Bien sûr, ma fille n’apprend pas.  Je passe ma journée au tire-lait et je lui donne les pauvres millilitres exprimés, que je dois compléter avec 2 fois plus d’Enfamerde.  Elle dort sans arrêt, et pleure chaque minute d’éveil où elle ne boit pas.  Elle est constipée.  Nous ne dormons pas et respirer continue de me faire un mal de chien.  Je me drogue aux doses maximales d’Advil et de Tylenol pour ne plus sentir « cette côte qui me perfore le poumon ».

Ce n’est que le lendemain (elle a 4 jours) que je peux aller dans une clinique d’allaitement où on lui coupe son frein de langue.  Tout de suite, je peux la mettre au sein et elle boit.  Bien sûr, tout n’est pas gagné.  Elle a du mal à s’accrocher et déjà de mauvaises habitudes de succion, peu efficaces.  Mais avec le suivi chez Mamie-Lait et la stimulation de ma production au tire-lait, je réussis, le 10e jour à la sevrer totalement de la préparation.  Elle cesse complètement de pleurer.  C’est un tout autre bébé, le plus facile qui soit.  Je dors enfin.  Et quelques jours plus tard, je l’allaite enfin exclusivement au sein.  Plus besoin d’exprimer mon lait pour le lui donner en complément.

Deux semaines après la naissance de ma fille, les douleurs respiratoires commencent à s’estomper.  Un mois après la naissance, je cesse de les ressentir lorsque je fais des efforts (marcher plus de 5 minutes).  Dans mon dossier médical, on a noté « intolérance à l’anesthésie péridurale avec complications respiratoires mineures ».

Je suis surtout outrée de ce que l’on m’a presque traitée de folle lorsque j’ai osé demander si la péridurale avait pu causer cette somnolence de ma fille les premières semaines (je devais la réveiller pour qu’elle boive plus de 5 fois par jour) et cette maladresse qu’elle avait dans son approche du sein (lécher et tétouiller au lieu de s’accrocher).  Je suis bien consciente que le frein de langue lui nuisait, mais je pense qu’il n’était que l’un des aspects du problème.  D’ailleurs, sa sœur avait un frein de langue encore pire et elle s’est accroché au sein du premier coup.  Elle tétait mal et me blessait (donc on a fait couper le frein pour l’aider), mais elle prenait le sein dès sa naissance.

Alors au début de ma seconde grossesse, j’ai fait mes petites recherches.

Contrairement à ce que m’ont affirmé les médecins qui m’ont accouchée la première fois, prétendant que la péridurale n’avait aucun impact sur l’allaitement et qu’elle ne pouvait aucunement être, même en partie, responsable des problèmes de prise du sein de ma fille, voici un petit mot intéressant que j’ai trouvé :

« Les recherches ont montré que tous les analgésiques, y compris la péridurale, ont un impact sur le nouveau-né et peuvent affecter négativement la mise au sein pendant plusieurs jours :

· Dans l’étude de Righard et Alade (1990), sur les 40 des 72 nouveau-nés dont la mère a reçu de la péthidine (Dolosal) pendant le travail, 8 tètent correctement, 7 tètent mal et 25 sont trop somnolents pour téter ; sur 32 nouveau-nés de mères non sédatées, 23 tètent correctement, 8 tètent mal et 1 pas du tout ; »  (DA 51 de LLL)

Pour moi, ces chiffres disent tout.

Aurais-je pu éviter la péridurale pour ce premier accouchement ?  Peut-être et peut-être pas.  Mais à toutes les femmes qui peuvent éviter la péridurale et songent à la prendre, à la demander d’emblée à l’hôpital, je dirais que le jeu n’en vaut pas la chandelle.  J’ai vraiment eu peur de ne plus jamais respirer normalement.  J’ai vraiment eu peur que ma fille ne prenne jamais le sein.