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L’enfant de la gardienne est une petite terreur

Pour celles et ceux qui ne le savaient pas encore, ça fait un an et demi que j’ai rangé mon chapeau de maman à la maison pour endosser celui de gardienne. Je continue de m’occuper au quotidien de mes deux amours (qui viennent respectivement d’avoir 5 et 3 ans, ça ne me rajeunit pas!), mais je prends maintenant aussi soin toute la journée de la plus jeune de mes nièces (2 ans et demi) et de trois autres enfants âgés de 17 mois, 2 ans et demi et 3 ans.

Alors voilà, ça me fait des journées (et des soirées) très occupées ! Mais ce n’est pas de ça, ni de la transition entre ces deux moments de ma vie, ni de tout ce que ces 18 derniers mois m’ont appris sur l’impact de la garderie dans la vie des enfants, ni de la meilleure façon de procéder à l’intégration d’un enfant dans un milieu de garde, ni de rien de tous ces sujets (qui m’interpellent tout de même drôlement) dont je souhaitais vous parler aujourd’hui.

Non, j’avais envie d’y aller léger en abordant la grande question des petites pestes. Ou pourquoi l’enfant de la gardienne est si souvent « le petit monstre », celui qui tyrannise les amis, celui qui pique des crises ou dit des gros mots, celui qui tape et mord les amis (et sa mère), celui qui crache sur le repas (au sens figuré, mais au sens propre ça s’est vu aussi), bref le mauvais exemple, le leader négatif, l’enfant le moins agréable du groupe.

C’est pas vrai ?  Ça doit bien être comme ça chez vous aussi, à la garderie que fréquente votre petit ange ? Tous les enfants sont désagréables à l’occasion, tous les enfants demandent beaucoup d’attention les premières semaines, mais avec le temps la RSG établit une dynamique de groupe et les problèmes s’estompent. Si un enfant, vraiment, a un comportement détestable, elle peut rompre le contrat et ne plus le reprendre pour préserver l’harmonie dans le groupe (ouf, je n’ai jamais eu à le vivre!). Mais son enfant à elle, la RSG ne peut pas le mettre à la porte de son service de garde…

Je me souviens, quand le fils de mon amie a commencé la garderie, qu’elle me racontait qu’elle avait une gardienne en or, un beau milieu avec un chouette groupe d’amis, presque le paradis, sauf LE FILS DE LA GARDIENNE (dit sur un ton de film d’horreur). Ce petit garnement dont elle n’avait qu’une hâte, qu’il entre à la maternelle et qu’enfin il ne puisse plus influencer (je crois qu’elle avait employé le mot « corrompre ») son adorable fils à elle.

Quand j’ai ouvert mon service de garde, je m’attendais à ce que ma petite Frimousse me donne parfois du fil à retordre. Elle a été un bébé exigeant dès le début et elle avait 19 mois à l’ouverture, ce qui n’est pas nécessairement l’âge le plus facile. Mais je ne m’y attendais peut-être pas à ce point-là. Et surtout, je n’envisageais pas les petites tempêtes que j’allais déclencher chez ma jusque-là sereine Fée.

Je vous fais fi des détails, mais disons que parfois j’ai eu honte. Une terrible honte de mes (désormais) terribles filles, qui ont poussé, tiré les cheveux… mais surtout qui me désobéissaient, me défiaient, s’attaquaient physiquement à moi. Puis honte d’avoir eu honte d’elles, bien sûr, dans un joyeux cycle de culpabilité typiquement maternelle… Je me sentais comme le cordonnier mal chaussé, qui prétend éduquer les enfants des autres mais n’y arrive même pas avec sa propre progéniture.

Mais est-ce bien un problème de cordonnier mal chaussé ?

Je ne le crois pas, sinon j’aurais mieux fait de fermer boutique. En fait, il y a quelques explications simples qui peuvent éclairer ces comportements.

– L’enfant qui se fait garder arrive dans un univers de jouets nouveaux. C’est fantastique pour lui ! Tous ses jouets à la maison, et plein d’autres à la garderie ! Tandis que l’enfant de la gardienne doit désormais partager les jouets qui étaient auparavant seulement à lui. Pareil pour l’espace, souvent même pour ce lieu intime qu’est sa chambre.

– L’enfant qui se fait garder a besoin d’apprendre à connaître la RSG, lui faire confiance, s’attacher à elle. Ça demande du temps en contact`rapproché, de s’apprivoiser ainsi. Pour sa part, l’enfant de la gardienne doit désormais partager sa maman, accepter qu’elle prenne, porte, berce et câline d’autres enfants.

Bref, l’enfant de la gardienne peut vivre d’incroyables frustrations devant cette violation de son espace, cette monopolisation de ses jouets, mais surtout une jalousie intense face à cet accaparement de sa maman, qui jusque là n’était qu’à lui.

D’ailleurs, c’était le mot de ma Frimousse : « Ma maman à moi. Pas ta maman. »

Ainsi, si l’enfant qui se fait garder vit ses drames (séparation d’avec sa maman, et toute l’anxiété ou l’ennui qui viennent avec, lieu inconnu, etc.), l’enfant de la gardienne a beau être le choyé, le privilégié qui passe toute ses journées avec sa maman, dans sa maison, et fait la sieste dans son lit, il vit ses drames à lui aussi. Des petits drames quotidiens qui ressemblent à s’y méprendre à ceux que doit vivre le jeune enfant qui accueille un bébé frère ou un bébé sœur.

Mais il y a autre chose. J’ai longtemps cherché en vain à m’expliquer ce sentiment que j’avais que les agissements de mes filles ne demandaient pas une interprétation négative. J’ai fouillé Le bébé et l’eau du bain – Comment la garderie change la vie de vos enfants du Dr Jean-François Chicoine et de l’éditorialiste (féministe) Nathalie Collard, ma référence incontournable dès que la garderie est concernée. Un petit bijou de réflexion sur la place des enfants dans notre société. Mais, malheureusement pour moi, c’est un livre qui parle des enfants qui se font garder, pas de ceux de la gardienne.

Ce n’est pas surprenant, en fait. Au Québec, ce sont 70% des enfants d’âge préscolaire qui fréquentent un service de garde. Des enfants qui restent, quel très faible pourcentage vit cette réalité qui est devenue celle de mes enfants ? Je crois qu’il n’y a aucune statistique sur cette question, comme il n’y a pas vraiment d’ouvrage qui l’aborde de front. Parce qu’il s’agit d’une petite minorité, qu’on estime chanceuse de surcroît.

C’est en relisant Au cœur des émotions de l’enfant (Filliozat) pour une tout autre raison que j’ai finalement mis le doigt sur ce qui me chicotait depuis des mois. Je suis tombée sur ça :

« Adorable à la crèche, infernal à la maison ?
Il accumule toute la journée des tensions qu’il ne s’autorise pas à libérer avec des étrangers. Il vous les réserve parce qu’il sait que vous serez un bon contenant. Vous continuez de l’aimer même s’il est grognon. » (p. 272)

Ça a été le déclic dans ma tête. Les comportements de mes filles qui m’ont le plus laissée sous le choc étaient leurs manifestations agressives à mon égard et leurs crises de larmes ou bouderies. Je m’attendais à ce que la vie en communauté nécessite des adaptations pour elles, qu’elles se disputent avec les amis, trouvent difficile de partager (même au point de mordre)… mais je n’avais pas anticipé que leur relation avec moi allait, elle aussi, être différente en présence des autres enfants.

En lisant ce petit paragraphe de Filliozat le mois dernier, j’ai réalisé que cet écart entre ce que se permettent mes filles à mon égard (répliquer, me taper, critiquer ma nourriture, etc.) et ce que se permettent les autres (au pire, m’ignorer) n’était ni le fruit d’un quelconque défaut de caractère de leur part (ça, je l’ai toujours su) ni le résultat d’une mauvais éducation que je leur donnais (quel soulagement!).

La révélation !

En fait, si mes filles sont parfois de petites terreurs, c’est qu’elles sont bien avec moi, c’est qu’elles savent qu’elles peuvent exprimer leurs frustrations sans perdre mon amour. C’est que, comme tous les enfants qui ont développé un attachement sécurisé, elles pressentent et ressentent que l’amour de leurs parents est inconditionnel. Et que par conséquent, elles n’ont pas à être parfaites et à réprimer leurs émotions négatives pour conserver cet amour.

Les enfants que je garde peuvent avoir développé un attachement pour moi (je l’espère !), mais celui-ci ne sera jamais aussi primaire que l’amour parental. On pourrait dire que les enfants, en leur fort intérieur, sentent que l’amour des autres adultes demeure plus conditionnel que l’amour parental, et qu’ils ne peuvent donc pas s’abandonner sans retenue et risquer de ne plus mériter cet amour (Le Bébé et l’eau du bain, p. 188-191). Au cours d’une journée passée chez moi, ces petits amours dont je prends soin peuvent accumuler un certain nombre de frustrations sans se plaindre, quitte à exploser le soir en présence réconfortante de maman et papa, comme le décrit si bien Filliozat dans l’extrait que j’ai cité. Mes filles, elles, n’attendent tout simplement pas, puisque je suis toujours là.

Alors, il arrive que mes filles soient de vrais petits démons et c’est tant mieux pour notre relation !

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Références citées :
Isabelle Filliozat, Au coeur des émotions de l’enfant, Éditions J-C Lattès, 1999, 312 p.
Dr Jean-François Chicoine et Nathalie Collard, Le Bébé et l’eau du bain – Comment la garderie change la vie de vos enfants, Éditions Québec Amérique inc., 2006, 513 p.

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Pensée du jour

Elle n’est pas de moi. Mais il y a des jours comme ça où une phrase qu’on a déjà lue quelque part (où donc, hein?) et qu’on ne peut que citer (déformer) de mémoire exprime parfaitement ce qu’on vit. Alors voilà ma pensée de ce samedi 21 septembre 2013 :

Un enfant n’a jamais tant besoin d’amour que lorsqu’il ne le mérite pas.

Mille et une raison d’allaiter : 17 de mes préférées

Votre bébé va naître sous peu et vous n’êtes toujours pas convaincue de vouloir l’allaiter ?
Vous avez envie d’allaiter votre bébé, mais votre tendre chéri manifeste quelques réticences ?
Votre meilleure amie vous a raconté des histoires d’horreur à propos de l’allaitement et vous mourrez de peur à l’idée d’essayer ?
Vous avez allaité, adoré, et vous trouvez triste que votre sœur/amie/cousine/collègue se prépare à se priver de cette expérience unique ?

Voilà une liste de bonnes et d’excellentes raisons de nourrir son bébé au sein préparée tout spécialement pour vous :

1.  Le plaisir d’allaiter :  Cela devrait être la raison derrière la décision d’allaiter.  Car, avant tout, il est agréable de donner le sein à son bébé.  Et là, malgré quelques moments magiques (la première tétée, la première tétée qui se passe vraiment bien…), je ne parle absolument pas des premières semaines d’allaitement.  On s’entend que celles-là sont difficiles pour une majorité de femmes et carrément une pénible épreuve pour un certain nombre (dont j’ai été, par deux fois!).  Mais la persévérance est récompensée dès le deuxième mois, parfois avant, au plus tard un peu après, par ces tétées inoubliables qu’on pourrait qualifier de moments de pur bonheur (je le jure, la nostalgie me prend juste au souvenir des sourires de mi-tétée du quatrième mois, mon préféré peut-être).

2.  La beauté de l’acte :  Les peintres, les sculpteurs et les photographes du monde entier sont charmés par la qualité purement esthétique du geste.  Voir sa femme allaiter son bébé en le regardant tendrement émeut l’homme le plus fier.  Les mamans et les femmes enceintes se laissent attendrir par une jolie photo d’allaitement publiée sur Facebook… bref, une femme qui donne le sein à son bébé, c’est beau à voir.

3.  L’écologie :  L’allaitement n’entraîne aucune pollution due au transport, à la transformation du produit, aux contenants souvent non recyclables.  Bref, l’allaitement est propre, environnementalement neutre.  Si votre conscience écologique vous incite à recycler, à faire du compost, à consommer intelligemment, l’allaitement est le seul mode de nutrition infantile qui corresponde à vos valeurs.

4.  La gratuité :  Théoriquement, l’allaitement ne coûte rien.  Bien sûr, la plupart des femmes achètent des soutien-gorge, des compresses, des chandails et robes d’allaitement.  Cependant, ces achats ne sont de réelles dépenses d’allaitement que s’il est de courte durée.  Pour la femme qui allaite un an ou deux, cela s’appelle seulement renouveler sa garde-robe, ce qu’elle ferait de toute façon.  La préparation lactée, elle, coûte environ 200$ par mois, soit une dépense totale d’environ 2400$ pour un bébé qui n’a pas de problèmes particuliers.  Sans parler des biberons, tétines, sacs, chauffe-biberon, etc. que ça implique d’acheter et de renouveler aussi.

5.  L’accessibilité du lait :  Quand bébé manifeste sa faim, le lait est toujours prêt :  facilement et rapidement accessible, à la bonne température, en quantité suffisante.  Vous pouvez allaiter assise, couchée, debout, dehors, dans une file d’attente, au magasin, partout.  Le bébé nourri au biberon, lui, devra attendre qu’on lui prépare son biberon, qu’on le réchauffe.  Il va s’impatienter, pleurer, s’épuiser.  Dans une voiture immobilisée dans une tempête de neige, la mère qui biberonne n’aura pas nécessairement la préparation pour subvenir aux besoins de son bébé, mais celle qui allaite n’aura pas à se soucier de sa faim, elle aura toujours du lait prêt pour le nourrir et le rassurer.

6.  L’économie de temps :  Alors que biberonner implique au quotidien une dépense de temps considérable liée à la préparation des biberons, mais aussi à leur nettoyage et leur stérilisation, ainsi qu’à l’achat de la préparation (recherche de bas prix, choix de la marque) et des accessoires de remplacement (tétines usées, etc.), puis à la préparation du sac à couche avant chaque sortie (nombre de biberons à emporter, besoin de Ice pack pour la conservation), l’allaitement ne prend que le temps de la tétée.  Il n’implique aucune préparation, aucune planification, aucun nettoyage particulier.  Il laisse tout le temps à la maman d’être avec son bébé et de se reposer entre, et même pendant, les tétées.

7.  Le calmant naturel :  L’action de téter, le contact avec la peau maternelle et son odeur, la proximité du cœur maternel qui bat à un rythme familier depuis la grossesse, tout cela contribue à calmer, apaiser un bébé agité.  Mais ce n’est pas tout.  Des chercheurs ont récemment découvert que l’une des protéines contenues dans le lait maternel agit comme somnifère naturel.  Alors une bonne tétée, et au dodo bébé !  Magique, non ?

8.  Le calmant pour la maman aussi :  Pendant l’allaitement, l’hypophyse de la mère libère de la prolactine, une hormone qui active la fabrication du lait au niveau des cellules glandulaires.  Le fait intéressant est que cette hormone est aussi responsable de la sensation de plénitude et de bien-être qui suit l’orgasme.  C’est pourquoi les mères qui allaitent ont généralement moins de difficulté à se rendormir rapidement après les boires de nuit que celles qui biberonnent.  Elles sont zen, tout naturellement récompensées de leur don de soi.

9.  La contraception :  Allaiter est une méthode de contraception moyennement efficace.  Cependant, en respectant un certains nombres de règles plutôt simples, on peut transformer l’allaitement en la méthode contraceptive naturelle la plus fiable, avec un taux d’efficacité de 98% pendant les six premiers mois :  allaitement à la demande (boires aux 4h le jour, 6h la nuit; minimum 6 boires en 24h), aucune supplémentation (exclusif), pas de retour des règles depuis les lochies.  L’efficacité de la méthode est encore mieux assurée en cas de cododo et de portage.  Si la fiabilité diminue après le sixième mois, cela demeure pour plusieurs femmes une contraception intéressante (à jumeler avec d’autres méthodes, peut-être) puisque l’allaitement long donne en moyenne un retour de règles après 14 mois.  Il est bien de savoir aussi que malgré le retour des règles (donc de l’ovulation), la fertilité de la mère demeure moindre durant la durée de l’allaitement parce que la glaire est moins favorable à l’implantation de l’ovule dans l’utérus.

10.  Le bon exemple :  Quand une enfant voit une femme allaiter, inconsciemment, elle enregistre la façon de tenir le bébé, les gestes à poser, bref elle met en banque des souvenirs qui l’aideront à mettre son bébé au sein naturellement lorsqu’elle deviendra ensuite mère.  En outre, plus les enfants voient de femmes allaiter, plus elles seront portées à le faire à leur tour.  Et à réussir.  Être un bon exemple pour la prochaine génération, c’est gratifiant !

11.  La mâchoire :  La succion au sein, contrairement à celle au biberon, demande la contribution de tous les muscles de la langue, des joues, des lèvres et des mâchoires.  Cette gymnastique quotidienne contribue au développement optimal de la mâchoire.  En effet, la très grande majorité des bébés naissent avec un menton en retrait et il n’y a que par la tétée au sein qu’ils vont peu à peu remodeler correctement leur profil.  Ainsi, avec une mâchoire bien développée, leurs chances d’avoir une dentition bien droite sont augmentées d’autant.  Et des mâchoires alignées, ce n’est pas seulement une question esthétique.  Ça aide à la digestion et à la qualité du sommeil.

12.  Le laxatif :  Le colostrum (premier lait) est un laxatif naturel qui aide le bébé à éliminer ses premières selles, épaisses et noires, nommées méconium, alors que la préparation risque de constiper le nouveau-né. Or, il est important, surtout pour réduire les risques de jaunisse, que le bébé élimine rapidement ses premières selles.

13.  La régularité :  Le problème de constipation est récurrent chez beaucoup de bébés nourris à la préparation lactée et entraîne la nécessité de donner de l’eau quotidiennement ou d’utiliser des suppositoires à la glycérine pour éviter d’autres problèmes de santé, tels que les fissures anales, par exemple.  Le bébé allaité, lui, à condition qu’il reçoive suffisamment de lait maternel, n’est presque jamais constipé.  S’il le devient, il suffit généralement de l’allaiter un peu plus souvent et le problème est réglé.  D’ailleurs, l’absence de selles quotidiennes chez le bébé allaité sans autres symptômes n’est pas un problème puisqu’il peut passer jusqu’à 15 jours sans en faire.  C’est alors qu’il utilise tout ce qu’il boit pour sa croissance.  Il est important de noter que ce n’est pas le cas d’un bébé nourri à la formule, qui doit faire au moins une selle par jour.

14.  L’odeur des couches :  C’est peut-être l’avantage de l’allaitement le plus trivial :  l’odeur des selles.  Chez le bébé exclusivement allaité, les selles ont une odeur discrète, pas trop désagréable.  Ce n’est pas le cas des selles du bébé biberonné, qui ont une odeur épouvantable.  Un avantage bête, certes, mais qui n’est pas à négliger si l’on veut que papa s’implique dans les soins d’hygiène !

15.  L’odeur du bébé :  La peau du bébé allaité a une odeur délicieuse, qui donne envie de le goûter.  Ses régurgitations ne sentent presque rien, si bien qu’il conserve généralement une odeur agréable longtemps entre les bains.  Le bébé biberonné qui régurgite n’a pas cette chance :  il sent rapidement le suri.  D’ailleurs sa peau a une odeur différente, pas désagréable, mais pas aussi séduisante.

16.  Les anticorps :  L’allaitement procure au bébé une protection incroyable contre les « vilains microbes », et ce, tant qu’il dure.  C’est la vaccination naturelle par excellence, qui protège votre bébé tout neuf de maladies contagieuses trop rudes pour sa première année de vie, comme la varicelle et la coqueluche.  L’allaitement plus long présente aussi un avantage de ce point de vue parce que les anticorps se modifient et se multiplient après le douzième mois, comme pour dire qu’il est temps que bébé entre en relation avec des étrangers et qu’on va le protéger un peu pour que cette expérience soit harmonieuse.  Donc, on ne sèvre surtout pas bébé qui entre en garderie.  Au contraire, ses tétées du matin et du soir sont un petit trésor à préserver.

17.  Le cerveau :  Le lait maternel contient de grandes quantités de gras polyinsaturés dont on a découvert au cours des dernières décennies l’importance sur le développement optimal du cerveau.  Les fabricants de laits artificiels infantiles ont bien tenté d’ajouter ces gras polyinsaturés à leur produit, mais le résultat reste décevant :  aux tests de QI et dans leurs résultats scolaires, les enfants allaités continuent de mieux performer en moyenne.  C’est probablement que ces gras n’agissent pas seuls… ou que l’origine végétale de ceux qui sont ajoutés aux préparation réduit leur absorptivité par l’organisme.  La certitude, c’est qu’aucun autre lait que celui des femmes n’est adapté au développement supérieur du cerveau humain.

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À suivre…

Le deuil de l’allaitement

Il y a quelques temps, j’ai vu à Canal Vie un reportage très touchant sur la fausse couche (Fausse couche, vrai deuil).  Ce que j’en ai retenu de plus important, c’est que les femmes qui faisaient une fausse couche avaient souvent beaucoup de mal à faire leur deuil de ce bébé perdu parce que, justement, on ne reconnaissait pas qu’elles avaient perdu un enfant.  C’était « juste un fœtus ».  Et pas le bébé dont elles s’étaient mises à rêver ou qu’elles avaient espéré longtemps.  Juste un fœtus.  Pas la chambre déjà préparée et qui restait vide.  Pas les rêves envolés.

En acceptant de leur dire que la perte qu’elles avaient vécue était vraie, effectivement terrible et qu’elles avaient le droit d’être tristes, d’avoir du mal à s’en remettre, au lieu de leur lâcher :  « vous êtes encore jeunes, vous en ferez un autre » ou autre phrase de circonstance qui minimise la perte, on leur permet enfin de faire petit à petit leur deuil.  Parce qu’il faut d’abord pleurer.  Vivre sa peine à fond, sans gêne.  Qu’on ne se libère qu’ensuite.

De ce que je constate, les femmes qui doivent faire le deuil de l’allaitement vivent exactement la même chose.  Pour les consoler, on minimise leur perte par des phrases telles que « ton bébé va grandir normalement même avec de la préparation », « je n’ai pas été allaité et je suis en bonne santé », « mieux vaut un biberon donné avec amour qu’un sein donné à contrecœur », etc.  Bref, ce qu’on leur dit, c’est qu’elles n’ont pas de raison d’être tristes d’avoir raté leur allaitement parce que donner un biberon, c’est bien aussi.  Ce qu’on leur dit, c’est que l’allaitement, ce n’est pas vraiment important, que ça ne change pas grand-chose.  Ce qu’on leur dit, c’est que leur peine n’est pas justifiée et qu’elles ne devraient pas la vivre.  Ce qu’on leur dit, c’est qu’elles ont tort de ressentir ce qu’elles ressentent.  Et, par conséquent, elles n’arrivent pas à faire le deuil de leur allaitement.

Ces femmes accusent souvent les « pressions pro-allaitement » ou la « stigmatisation du biberon » d’être à l’origine de leur douleur et de leur difficulté à passer par-dessus cet échec de leur allaitement.

Personnellement, je crois qu’au contraire, dans une société où tout le monde admettrait que donner le sein est la seule façon normale et souhaitable de nourrir un bébé, on comprendrait et on accepterait mieux la peine des quelques femmes qui devraient renoncer à l’allaitement (ou à l’allaitement exclusif).  Dans une société où toutes les femmes essaieraient vraiment d’allaiter leur enfant, on compatirait à la peine des femmes qui ne le peuvent pas.  Et donc en les aidant à verbaliser, à exprimer leur déception face à cet échec, on leur permettrait de faire le premier pas vers la guérison de leur peine.

Parce qu’après tout, pourquoi existe-t-il une stigmatisation du biberon ?  À cause de pauvres femmes qui n’ont pas eu la chance d’allaiter ?  Non.  À cause de ces femmes qui ne veulent pas allaiter.  Ces femmes qui ont décidé avant même la naissance de leur enfant qu’elles n’allaient pas lui faire ce don de soi, qu’elles préféraient penser à leurs besoins de femmes et de mères qu’aux besoins de leur nouveau-né.  Si certaines allaitantes ressentent un malaise face à une mère qui donne le biberon, c’est qu’elles ont peur de se trouver en face d’une telle mère égocentrée.  Une mère trop différente de leur conception de la maternité pour qu’elles puissent espérer un dialogue.  Ou parce qu’elles craignent que la peine réelle qu’elles-mêmes ressentent pour cet enfant qui n’a pas le plaisir de vivre l’allaitement ne soit pas partagée par les parents de l’enfant eux-mêmes.

Oui, l’allaitement est important.  Oui, l’allaitement est l’un des éléments-clé de l’attachement.  Oui, les bébés allaités deviennent des enfants et des adultes en meilleure santé que ceux nourris artificiellement.  Oui, les bébés allaités sont en moyenne un peu plus intelligents et meilleurs à l’école.  Oui, ils risquent moins l’obésité et le lot d’ennuis qui viennent avec elle.  Oui, ils souffrent moins souvent de problèmes de santé mentale.  Oui, l’allaitement est l’un de ces aspects de la maternité dont on se souvient longtemps.

Oui, donc, si l’allaitement ne marche pas, si ça ne marche pas longtemps ou si ça ne marche qu’à moitié, vous avez le droit d’être déçue, fâchée, frustrée, triste.  Vous avez le droit de pleurer.  Votre peine est justifiée.  C’est toute une expérience dont vous serez privée, dont sera privé votre bébé.

Pourquoi vous mentir ?  Pourquoi tenter de vous faire croire que ça ne fait pas vraiment de différence, que ce n’est pas grave ?  Vous le sentez, vous le savez, au fond de vous, dans vos tripes de nouvelle maman, que vous avez perdu une chose importante.  Comme ces femmes qui font une fausse couche sentent profondément qu’elles ont perdu plus que « juste un fœtus ».

Donnez-vous le droit d’avoir de la peine.  De l’exprimer.  Aussi longtemps et aussi fort que nécessaire.  Et ainsi, donnez-vous le droit de passer éventuellement, et seulement ensuite, à autre chose.

Peu importe la raison pour laquelle votre allaitement n’a pas fonctionné :  problème hormonal de votre part, opération aux seins, césarienne, prématurité du bébé, mauvaise succion ou frein de langue, mauvais conseils, manque de préparation, etc.  L’important, ce n’est pas de chercher un coupable.  Ça ne changera plus rien, il n’est pas possible de revenir en arrière.  Ce qui importe, c’est de réussir à faire ce deuil pour vous permettre de profiter entièrement, pleinement de votre maternité.  Pour vous permettre aussi que la prochaine fois, vous ayez à nouveau le goût d’essayer l’allaitement et la confiance que vous pouvez réussir.

Pour que vous ne deveniez pas l’une de ces frustrées de l’allaitement qui le dénigrent pour ne pas avoir à avouer qu’elles auraient préféré que ça marche.  Des femmes comme on en voit malheureusement trop sur les forums à se vanter que finalement elles préfèrent biberonner ou que leur enfant est en si bonne santé malgré tout, comme si elles essayaient de se convaincre elles-mêmes.

Les pro-allaitantes ne sont pas vos pires ennemies, mais vos meilleures alliées.  Personne ne comprend mieux qu’elles l’ampleur de votre perte.  Personne ne compatit davantage à votre peine.  Et surtout pas, en aucun cas, ces femmes qui ont choisi de donner le biberon.

Personne, peut-être, ne pourra comprendre pourquoi je perçois la fin de mon premier allaitement comme un échec.  Après tout, il a duré 13 mois.  Mais moi, je sais ce que nous avons perdu ma petite Fée et moi à l’époque.  Je le sais parce que ce bonheur, je le vis maintenant tous les soirs et tous les matins avec ma Frimousse.  Aujourd’hui, je vis enfin cette peine sereinement, comme je m’ennuie tendrement de ma grand-mère décédée il y a 15 ans sans être déchirée par le souvenir de son départ.  J’ai enfin fait mon deuil.

La méthode du 5-10-15 : quand la médecine encourage la maltraitance

C’est un petit livre publié par le CHU de Ste-Justine.  Tout le monde connaît, c’est l’Hôpital pédiatrique avec un grand H.  Celui où on fait des miracles pour les enfants malades, réputé à travers tout le pays.  Alors donc, c’est un petit livre qui inspire confiance aux parents.  Cautionné comme il l’est par les plus compétents savants en pédiatrie.

C’est un petit livre intitulé Enfin je dors… et mes parents aussi, et signé Evelyne Martello, infirmière clinicienne, responsable de la Clinique du sommeil à Ste-Justine. Avec une jolie image, en prime.

Un petit livre au résumé inspirant :

« L’enfant a besoin de bonnes nuits de sommeil et ses parents aussi. Que faire pour y arriver et comment permettre à toute la famille de bénéficier de nuits réparatrices? Fruit de plus de dix ans d’intervention auprès de milliers de parents, ce livre propose, outre des éléments théoriques, des mesures à mettre en place pour faciliter la routine du coucher, diverses techniques qui aideront l’enfant à s’endormir seul et de nombreux moyens visant à faire de l’heure du coucher un moment serein et agréable. L’auteur suggère également aux parents des façons de faire face à certaines situations particulières tels les terreurs nocturnes, les cauchemars, les poussées dentaires ou les otites. Enfin je dors… et mes parents aussi, un passeport pour de meilleures nuits de sommeil… pour toute la famille! »¹

Mais outre une routine plutôt traditionnelle (bain, boire, etc.) et correcte pour l’heure du coucher, que conseille ce petit livre ?

De fiche bébé dans son lit, dans sa chambre, la porte fermée, et de le laisser pleurer.

Parce que bébé est capable de s’endormir tout seul dès la naissance.  Et qu’il est du devoir de ses parents de le lui montrer en ne s’occupant pas de lui.

Parce qu’un bébé qui se réveille la nuit, c’est très chiant.  Et que c’est le devoir du parent de faire comprendre à son bébé qu’il perturbe son sacro-saint sommeil d’adulte épuisé.  Qu’entre 20h et 6h, rien à foutre de lui !

Parce que le cododo, c’est mal !

Ras-le-bol !

Avec des titres et du prestige viennent des responsabilités.  La responsabilité de ne pas faire du tort, déjà.

Et moi, j’accuse !

J’accuse Evelyne Martello de faire du tort.  De faire du tort à des bébés innocents qui ne lui ont rien fait.  De faire du tort à des parents bien intentionnés qui cherchent à comprendre leur bébé, ses besoins.

La méthode qu’elle prône, généralement nommée 5-10-15 ou contrôle des pleurs, paraît simple en théorie.  Tu calmes bébé, puis tu le déposes éveillé dans son lit.  Tu quittes la pièce.  S’il commence à pleurer, tu attends 5 minutes, puis tu vas le consoler, autant que possible sans le sortir du lit.  Quand il est calmé, tu ressors.  S’il recommence à pleurer, tu attends 10 minutes, puis tu vas le consoler à nouveau et tu ressors dès qu’il est calmé.  S’il recommence encore à pleurer, tu attends 15 minutes avant d’aller le consoler.  Ensuite, tu attends chaque fois 15 minutes avant d’aller le voir.  Jusqu’à ce que bébé « ait compris » qu’il doit s’endormir seul et qu’il cesse de pleurer.  S’il se réveille au milieu de la nuit, tu recommences tout depuis le début.

On s’entend tous pour dire que s’il suffisait d’un soir, de laisser pleurer son bébé 5 minutes, puis 10 minutes, puis qu’il s’endormait calmement et seul tous les soirs ensuite sans plus jamais pleurer seul dans son lit, ça serait peut-être une bonne méthode.  15 petites minutes de pleurs pour toute une vie de bon sommeil.  Mais si vous avez un bébé, vous vous doutez bien que ça ne se passe pas comme ça en général.

Le bébé, il hurle.  Parfois à s’étouffer.  Parfois à se vomir les trippes.  Souvent pendant des heures.  Parfois toute la nuit, sans dormir ou presque.  Et le pire dans tout ça, c’est que ça recommence le lendemain.  Le bébé, il pleure.  En général, il est trop épuisé pour faire ça toute la nuit, mais il peut avoir la force pour quelques heures.  Et le lendemain, et les jours suivants, ça recommence encore et encore.

Certains bébés vont se dompter (et j’utilise le terme à juste titre) au bout de quelques nuits.  D’autres de quelques semaines.  D’autres jamais.  Certains enfants élevés avec cette méthode s’endorment tous les soirs en pleurant depuis 2 ou 3 ans.

Pour eux, le sommeil, c’est moche.  Très moche.  C’est une punition qui revient tous les soirs.  Infligée sans raison.  Et quand ils seront adultes, ils ne dormiront plus.  Ils s’assommeront à coup de somnifères pour sombrer dans un sommeil qu’ils refusent inconsciemment.

Mais Evelyne Martello s’en fiche.  Elle vend son livre et fait de l’argent.  Elle donne des conférences et des entrevues et fait de l’argent.

Qu’est-ce qu’il apprend, en fait, le bébé qu’on laisse pleurer tout seul dans sa cage ? 

À s’endormir ?  Non.

Il apprend que lorsqu’il a peur, lorsqu’il s’ennuie, lorsqu’il est fatigué, il n’y a personne pour l’aider.  Il apprend que ses parents sont indifférents à ses pleurs, qui sont son seul moyen de communication verbal (parce que les mimiques et les gestes, à travers un mur et une porte fermée, on ne les voit pas trop…)  Alors, qu’est-ce qu’il apprend ?

Il apprend qu’il est une merde.  Qu’il ne vaut même pas la peine qu’on se dérange pour lui.  Qu’il vaut moins que rien.

Il apprend que ses parents sont des enfoirés.  Qu’ils sont paresseux et égocentriques.  Qu’ils sont imprévisibles.  Qu’ils ne sont pas fiables.  Que donc les adultes, les autres, ne sont pas à la hauteur.  Qu’il doit se débrouiller tout seul dans la vie.  Ne faire confiance à personne.  Ni à ses parents, ni à la gardienne, ni aux profs, ni aux policiers.

Certains bébés qu’on laisse pleurer apprennent en effet à ne plus pleurer.  À ne plus communiquer.  Leurs parents s’étonnent ensuite qu’ils aient un retard de langage.

D’autres bébés qu’on laisse pleurer apprennent à pleurer plus fort.  Ce sont des battants.  Ils réclament à cor et à cri la satisfaction de leur besoin.  Plus question qu’ils perdent leur temps à faire des gestes et des mimiques, plus question de chigner :  dès la reconnaissance de leur besoin, ils hurlent.  Ils espèrent hurler assez fort pour être entendus.  Aux yeux de leurs parents troublés, ils deviennent des braillards, des bébés exigeants, des BABI.

Et en plus…

La méthode part d’une méconnaissance des besoins d’un nourrisson.  Ce qui est aberrant et choquant venant de prétendus spécialistes du sommeil.

1.  Disons pour faire court que le bébé humain est un petit mammifère.  Comme les autres mammifères, il a besoin de la chaleur de sa mère, de son battement de cœur, du souffle de son haleine, bref de la sentir, pour se sentir en sécurité.  À la rigueur, son père, ça peut faire aussi.  Mais souvent, il préfère maman.  Enfin, l’important, c’est que pour se laisser aller dans le sommeil, on doit se sentir en sécurité.  Donc croire qu’un bébé DOIT s’endormir seul, c’est se mettre un pied dans la bouche et un doigt dans le c…

2.  Même dans nos environnements sécuritaires d’occidentaux gâtés, les bébés ne sont pas en sécurité lorsqu’ils dorment seuls.  Ce n’est pas seulement qu’ils ne se sentent pas en sécurité, c’est qu’ils ne le sont pas.  Et là, je ne parle pas d’être bouffé par un lion pendant son sommeil, et même pas d’être victime d’un voleur qui pète les plombs.  Je parle de mort subite du nourrisson.  Partout où on a fait l’exercice de relever les statistiques, on se rend compte que le fait de dormir seul dans une chambre, loin de ses parents, augmente nettement pour un bébé (surtout avant 4 mois) le risque de mort subite du nourrisson.  En gros, les conclusions des chercheurs sont que le bébé calque son rythme respiratoire sur celui de sa mère la nuit.  Les risques qu’il « oublie » de respirer sont donc plus grands en son absence parce qu’il n’a pas de « modèle » de respiration à suivre.  En outre, il y a plus de chance que la mère se rende compte à temps que son bébé a cessé de respirer s’il est contre elle (c’est l’instinct) que s’il est à l’autre bout de la maison.

3. Si le bébé se réveille la nuit, c’est qu’il a besoin de se réveiller la nuit.  Les réveils nocturnes pourraient jouer un rôle positif dans la prévention de la mort subite du nourrisson en empêchant un sommeil trop profond pour la maturité du bébé.  Ainsi, à mesure qu’il mature, son besoin de se réveiller diminue.  Mais ce n’est pas tout.  Les réveils nocturnes jouent aussi un rôle dans le développement de l’intelligence.  En effet, ils ont pour résultat de multiplier les phases de sommeil dit léger ou paradoxal, phase pendant lequel le cerveau se développe.

4.  Les réveils nocturnes permettent aussi au bébé de se nourrir suffisamment.  Comme son estomac est petit, il ne peut pas emmagasiner pour de longues périodes de jeûne.  Pendant ses 4 ou 5 premiers mois, parfois plus longtemps, il a généralement besoin de boire la nuit, et souvent plus d’une fois, pour réussir à consommer quotidiennement toutes les calories dont il a besoin pour bien grandir.  Boire la nuit prévient aussi l’hypoglycémie, et par conséquent, la mort subite du nourrisson.  Or, cela tombe bien que le bébé ait besoin de boire la nuit, parce que sa mère a besoin qu’il boive la nuit !  D’une part, la production de lait n’est jamais aussi bien stimulée qu’entre 1h et 5h du matin (c’est une question d’hormones).  D’autre part, l’allaitement protège naturellement d’une nouvelle grossesse (indésirable trop tôt après un accouchement, la mère doit refaire ses forces) à condition que le bébé allaité exclusivement ne passe jamais plus de 6h consécutives sans téter la nuit.  Et c’est bon jusqu’à ce qu’il ait 6 mois, souvent un peu plus².

5.  Si le bébé a effectivement besoin d’un nombre d’heures de sommeil quotidiennes supérieur aux adultes, de beaucoup d’heures de sommeil en fait (15 à 20 heures le ou les premier(s) mois, 12 à 16 heures pour le reste de la première année), il n’a pas tant besoin d’heures de sommeil consécutives.  En fait, comme nous venons de le voir, elles lui seraient même plutôt néfastes.  Des périodes de sommeil allant de courtes (50 minutes) à moyennement longues (4h) lui conviennent parfaitement.  Elles lui permettent de se reposer autant qu’il en a besoin.

En bref…

Bref, en proposant sa diabolique technique, Evelyne Martello met en péril :

– l’allaitement maternel

– la contraception naturelle

– le lien d’attachement entre le bébé et ses parents

– la confiance en lui du bébé

– la confiance du bébé dans les autres

– le développement du cerveau du bébé

– le rapport positif au sommeil

– la santé (hypoglycémie, prise de poids…) du bébé

– la vie du bébé (mort subite du nourrisson)

Je crois que c’est assez pour déclarer que cette femme est dangereuse.  Et qu’elle encourage les parents à maltraiter leur bébé.

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¹ Evelyne Martello, Enfin, je dors… et mes parents aussi, CHU Ste-Justine, mars 2007.
² Pour connaître à quelles conditions la MAMA est une méthode contraceptive efficace à 98%, vous pouvez par exemple visiter ce site :  http://ottawa.ca/fr/residents/sante-publique/sante-sexuelle/methode-de-lallaitement-maternel-et-de-lamenorrhee

Sources
http://www.portersonenfant.fr/wp-content/uploads/2012/11/brochure-la-nuit-aussi.pdf
http://evolutionaryparenting.com/proving-the-harm-in-early-sleep-training/
http://cododo.free.fr/articles/McKenna.htm
Dr William Sears, Être parent la nuit aussi, Ligue La Leche Canada, 2006
http://evolutionaryparenting.com/educating-the-experts-lesson-one-crying/
http://qz.com/310622/the-scientific-evidence-against-spanking-timeouts-and-sleep-training/
http://www.psychologies.com/Famille/Maternite/Bebe/Articles-et-Dossiers/Comprendre-et-apaiser-les-pleurs-de-bebe/Interview-de-Claude-Suzanne-Didierjean-Jouveau/Laisser-un-bebe-pleurer-pourrait-donc-avoir-des-consequences-nefastes-sur-son-equilibre-emotionnel
http://www.lepoint.fr/societe/video-faut-il-laisser-pleurer-un-bebe-la-nuit-01-03-2014-1796748_23.php
Margot Sunderland, La science au service des parents, Éditions Hurtubise, 2007, 288 pages.
http://www.examiner.com/article/study-shows-babies-who-cry-it-out-remain-stressed
http://www.unicef.org.uk/Documents/Baby_Friendly/Leaflets/Other%20languages/sharingbedleaflet_french.pdf
http://allaiterbonheuretraison.wordpress.com/2013/10/05/msn-allaitement-et-sommeil-partage-le-point/
http://naitreetgrandir.com/fr/nouvelles/fiche.aspx?doc=20140409-lien-attachement-enfant-parent&utm_source=facebook&utm_medium=publication&utm_campaign=actus

Note (ajoutée le 4 mars 2014)
Pour répondre à certains commentaires reçus sur Facebook, je tiens à préciser que ce billet n’est pas une condamnation des parents qui ont malheureusement utilisé le 5-10-15 avec leur bébé par le passé.  Je considère que ces parents sont des victimes, qu’ils ont été mal informés, dupés par une personne, une institution en lesquelles ils avaient confiance.  Je ne voudrais surtout pas que mon texte soit perçu comme une tentative pour les culpabiliser pour leurs erreurs passées, mais comme un appel à une parentalité plus aimante, plus bienveillante dans l’avenir.  Et surtout un appel à une responsabilisation du monde médical face à ses conseils en puériculture.  Un appel au retrait de cette section sur le 5-10-15 dans le livre de madame Martello.  Il y a autre chose à proposer aux parents pour aider leur bébé à mieux dormir.
Ainsi, lorsque j’écris que le bébé apprend que ses parents sont « des enfoirés », « paresseux », imprévisibles », j’utilise le style indirect libre pour traduire par des mots qu’il ne peut pas prononcer (des mots durs, j’en conviens) ce que le bébé vit inconsciemment :  ses parents qui ne répondent pas à ses pleurs lui semblent peu fiables; il est déçu d’eux, fâché.

Pour en finir avec la perfection de la mère de Caillou

Je viens de lire un article* dans lequel l’auteure, Nancy Doyon (coach familiale), cite les parents de Caillou comme modèle de « parents parfaits ».  Son article tente ensuite de décrire de vrais parents parfaits, qui sont plutôt à l’opposé des parents de Caillou, finalement.  Or, ce n’est pas le contenu de son texte dont j’ai envie de traiter ici parce qu’en fait je suis loin d’être d’accord avec les théories de cette femme qui s’attaque aux seuls aspects des parents de Caillou qui m’apparaissent positifs (leur patience, leur dévouement, leur disponibilité).

Mais cela n’est pas la première fois que j’entends dire que les parents de Caillou sont parfaits, trop parfaits, insupportablement parfaits.  Qu’ils sont des modèles impossibles à imiter, impossibles à égaler.  Et donc que les mères qui tenteront d’êtres aussi « bonnes » que celle de Caillou risqueront le découragement, la déception, la dépression. Bref, que ce sont des personnages culpabilisants parce qu’on est incapable d’être aussi génial qu’eux !

Même sur le site de la maison d’édition, il y a une section intitulée « pourquoi les parents de Caillou sont-ils si parfaits? ».  C’est tout dire.

Sauf que moi, les parents de Caillou, je suis loin de les trouver parfaits !  Au contraire, je les trouve horriblement mauvais à bien des égards !  En fait, ils m’insupportent tout particulièrement !

Mes filles ont reçu 4 livres de Caillou en cadeau.  Elles aiment beaucoup, passionnément ces livres, grâce à la simplicité de leurs histoires, du vocabulaire utilisé, et aux vives couleurs.  Mais moi, je les déteste !  Tous sauf un, La cachette secrète, une jolie histoire à propos de laquelle je n’ai rien à redire (je dois d’ailleurs spécifier que Caillou y est gardé par son grand-père et que ses parents sont absents de l’histoire…)

Bref, je déteste les livres de Caillou.   À cause d’eux, j’ai dû donner des explications à n’en plus finir sur des sujets déplaisants.  Parce que ces fichus livres m’ont obligée à faire découvrir à mes filles des façons de prendre soin des enfants qu’elles ignoraient et qu’elles auraient pu continuer d’ignorer.  Sans le vouloir, je les ai exposées à une parentalité, une maternité nulles !

Vous avez regardé les dessins animés, lu les bouquins… et vous ne comprenez pas du tout de quoi je veux parler ?  Vous trouvez que les parents de Caillou sont globalement de bons parents, de bons modèles ?

Lisez la suite de ce petit texte et nous verrons si c’est toujours le cas.

Je vais baser mon argumentation sur ce que je connais de Caillou, soit les 3 horribles bouquins de mes filles.  Vous pourrez me dire que c’est un échantillonnage assez petit, mais lorsque vous aurez vu le nombre de défauts que je trouve aux parents dans ces 3 livres seulement, vous admettrez que même si c’était là leurs seules et uniques imperfections, ils seraient quand même bien loin de se mériter la palme des meilleurs parents, bien loin de la perfection qu’on leur attribue !

Le livre des parents qui vont regretter leur méthode éducationnelle :  Caillou range ses jouets :

En gros, dans cet adorable bouquin, Caillou a laissé traîner ses bébelles partout dans la maison et autour.  Rien de bien surprenant chez un bambin d’environ 4 ans.  On pourrait déjà reprocher aux parents de Caillou de n’avoir pas fait un peu de prévention et de ne pas lui avoir enseigné à se ramasser au fur et à mesure.  Mais c’est là faute mineure et ils se reprennent au moins en lui demandant de ramasser ses affaires lui-même plutôt qu’en le faisant à sa place.  Un point pour eux !  Mais c’est là qu’après cette petite fleur, je m’élance pour le pot…

Échec parental numéro 1 :  Comment les parents de Caillou l’encouragent-ils à ranger ses jouets ?  En lui promettant une récompense !  Il n’aura pas sa récompense tant qu’il n’aura pas ramassé tous ses jouets.  Ouf, ça commence mal.  Voilà un joli cercle vicieux.  Voilà comment on crée un enfant-roi, paresseux, qui ne lèvera pas le petit doigt sans une bonne carotte bien alléchante pendue devant ses yeux.

Échec parental numéro 2 :  La teneur de la récompense.  Caillou aura droit à un énorme bol de mousse au chocolat.  Oh la la !  Récompenser avec de la nourriture, vraiment ?  On le sait, c’est une excellente façon de créer un rapport malsain avec la nourriture.  C’est le premier pas vers le contenant de 2L de crème glacée pour guérir une peine d’amour.  Je ne suis pas convaincue par la méthode punition/récompense, mais au moins, la base, c’est de choisir une récompense comme une activité plaisante avec papa, une promenade avec maman, bref d’offrir sa présence et son temps en récompense, pas des biens matériels.  Encore moins des aliments.

Échec parental numéro 3 :  Bébé gavé d’aliments sucrés.  Quand Caillou entre dans la cuisine, sa petite sœur, dans sa chaise haute parce qu’elle est un grand bébé, est en train de se gaver du contenu d’un immense bol de mousse au chocolat.  Sincèrement, je prône une alimentation de qualité où des aliments aussi peu nutritifs et aussi sucrés, artificiels n’ont pas leur place, surtout avec des bébés.  Et quand on en offre, la modération a toujours meilleur goût.  Surtout qu’on ne parle pas ici d’un aliment offert à l’occasion d’une célébration quelconque ni même en dessert, mais d’un goûter tout ordinaire de l’après-midi.  Bou !

Le livre juste un peu poche :  Caillou – Le bain :

Je ne m’étendrai pas trop longuement sur les erreurs commises par les parents de Caillou dans ce livre.  D’ailleurs, dès la page couverture, n’importe quel observateur un peu éveillé pourra repérer deux comportements fautifs.

Échec parental numéro 4 :  Le gaspillage d’eau.  Qui dit bain dit plaisir de l’enfant.  Heureusement, car sinon le temps serait long avec un acte qui sera à recommencer tous les 2 ou 3 soirs, voire tous les soirs.  Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille céder à tous les caprices de l’enfant, surtout quand ces caprices se font au détriment de l’environnement…  La baignoire de Caillou déborde.  C’est trop d’eau.  C’est un gaspillage éhonté !  Un enfant peut et devrait être sensibilisé très tôt à la protection des ressources naturelles au quotidien.

Échec parental numéro 5 :  La mousse.  La peau des bébés et des jeunes enfants est très sensible.  Il est du devoir du parent de la protéger en utilisant des produits pour le bain naturels et en évitant un assèchement inutile, inévitable si on ajoute à l’eau du bain des produits moussants.  Un enfant ne connaît que ce qu’on lui montre.  Si on ne met jamais de mousse dans son bain, il n’en réclamera pas (à moins qu’on lui montre un maudit bouquin avec des images de bains remplis de bulles…)   Mais les parents de Caillou se foutent probablement de la santé de la peau de leur fils…

Le pire de tous les livres :  Caillou – La petite sœur :

La première page de ce livre où Caillou devient grand frère annonce quelque chose de bien.  Mais cela se gâte dès la troisième page, celle où les parents de Caillou reviennent de l’hôpital avec le nouveau-né.  On peut alors lire ces phrases :
« Caillou est très surpris.  Sa sœur n’est pas capable de marcher.  Elle ne peut pas manger toute seule.  La sœur de Caillou ne sait pas parler.  C’est un bébé. »

Échec parental numéro 6 :  Les parents de Caillou ne l’ont pas préparé ou l’ont très mal préparé à la venue de sa petite sœur.  Ils ont oublié de lui expliquer ce qu’est un bébé, les soins que cela demande, l’idée qu’il va grandir, changer, se développer, mais qu’il naît petit et dépendant.   S’ils lui avaient montré des photos de lui bébé, expliqué à quoi servent les différents accessoires qu’on utilise avec un bébé (petit bain, coussin d’allaitement, porte-bébé, etc.), il aurait été moins désagréablement « surpris », c’est-à-dire déçu, lui qui semblait s’attendre à un petit compagnon de jeux.

Page suivante :  « … tout le monde dit que le bébé est mignon.  Tout le monde oublie Caillou. »

Échec parental numéro 7 :  Les parents de Caillou et leurs visiteurs lui accordent moins d’attention qu’à l’habitude, fascinés qu’ils sont par le bébé.  Pour alimenter la jalousie envers le nouveau-né, il n’y a rien de mieux !  Dans les premiers temps, s’il est vrai que maman est accaparée par le bébé, elle doit quand même garder une main libre à l’occasion pour câliner son grand, qu’elle l’implique dans la vie du nouveau-né.  Il faut aussi que papa s’implique auprès de l’enfant pour qu’il ne se sente pas rejeté, oublié.  C’est enfin le rôle des parents de rappeler aux visiteurs qu’en plus du bébé tout neuf, ils ont un grand enfant qui doit être rassuré sur leur amour par des marques d’attention.

Page 6 :  « Caillou veut être petit, comme Mousseline.  Caillou fait pipi dans son lit.  Caillou demande à sa maman de le bercer.  Caillou veut boire au biberon. »  Texte joyeusement accompagné d’une photo de Caillou assis sur les genoux de sa maman tout sourire alors qu’il boit au biberon.

Échec parental numéro 8 :  Absence d’allaitement.  Mousseline est nourrie au biberon.  Sinon, Caillou aurait demandé le sein, pas le biberon.  Il n’y a rien de bien là-dedans, déjà.  C’est juste un mauvais exemple à montrer aux enfants, qui rappelons-le, apprennent par imitation et reproduisent les comportements qu’ils voient le plus souvent autour d’eux, à la télé et dans les livres.  C’est juste une illustration de mauvais goût dans un livre destiné aux petits de 2 ans et plus.

Enfin, la dernière page de ce chef-d’œuvre de la littérature pour tout-petits, la plus navrante de toutes :
« La sœur de Caillou pleure.  Elle a perdu son biberon.  Elle n’arrive pas à le retrouver.  Caillou prend le biberon et le donne à Mousseline.  Elle arrête de pleurer. »

Échec parental numéro 9 :  Les parents de Caillou ne sont pas là pour répondre aux pleurs de leur petit bébé.  C’est déjà d’une grande tristesse puisque l’on sait que la confiance en soi et la capacité de faire confiance aux autres sont toutes deux influencées négativement dans leur développement chez un nourrisson qui vit des délais d’attente, dont la réponse des parents à ses pleurs n’est ni rapide ni constante.

Échec parental numéro 10 :  Mais comment un petit bébé comme Mousseline a pu « perdre » son biberon ???  Soit le livre implique un saut formidable dans le temps entre la page précédente (où Mousseline est lavée dans le petit bain de plastique) et celle-ci, où elle serait en âge de tenir un biberon, soit (et son aspect physique sur le dessin m’oblige à préférer cette interprétation) les parents de Caillou nourrissent leur bébé naissant « à la couverte », c’est-à-dire en lui coinçant le biberon contre la bouche et en l’abandonnant à son sort le temps de vaquer à d’autres occupations.  Pour moi, c’est un comportement tout à fait inacceptable !  Nourrir à la couverte devrait être considéré comme un acte de maltraitance, rien de moins !  Déjà, je suis choquée, outrée qu’on parle de perfection maternelle pour une femme qui n’allaite pas son bébé… mais ne pas lui donner le biberon affectueusement, dans les bras, les yeux rivés sur son petit visage, bref ne pas donner d’amour à son bébé pendant chaque boire, c’est la goutte qui fait déborder le vase !

La mère de Caillou n’est pas du tout un modèle à suivre.

La mère de Caillou n’est pas une mère parfaite.

La mère de Caillou est une mère indigne !  C’est dit, bon !

*  Si cela vous intéresse, voici le lien pour cet article de Nancy Doyon à la qualité plus que douteuse :  http://www.mamanpourlavie.com/vivre-en-famille/etre-parent/5887-le-mythe-de-la-maman-de-caillou.thtml?page=2

** http://www.editions-chouette.com/tout-sur-caillou/les-questions-les-plus-courantes/pourquoi-les-parents-de-caillou-sont-ils-si-parfai

Le fruit pourri est rarement sur la branche…

 

À toutes les mères qui allaitent à la demande, portent leur bébé, le gardent dans leurs bras, dorment avec lui, répondent rapidement à ses pleurs, etc.  bref, à toutes celles qui pratiquent un maternage que l’on qualifie présentement de proximal, on brandit régulièrement cette menace :  « Attention!, tu le gâtes trop, tu vas le pourrir ».

Personnellement, ce type de commentaire me fait sortir les crocs, comme la louve, la lionne de mère que je suis (et non pas une bête poule).

Étudions un peu la chose :  Quel est le sens premier de ces deux verbes, en dehors de cette définition plutôt nouvelle de « trop choyer » (gâter) et de « gâter à l’excès » (pourrir) ?

Gâter :  gâcher, corrompre, abîmer, gaspiller
Pourrir :  dégrader, décomposer, se détériorer

Prenons une pomme.  Est-ce dans l’arbre, bien accrochée à la branche nourricière ou plutôt sur le sol, séparée physiquement de l’arbre, qu’elle a le plus de risques de se gâter, de pourrir ?

Il me semble que la réponse ne fait aucun doute.