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Récit d’accouchement

Je n’ai pas publié depuis des mois.  Chaque billet commencé a été abandonné.  Le temps m’a manqué, mais aussi la motivation.  Non pas que je me désintéresse de ce blogue, de mes lecteurs ou de la puériculture, mais plutôt que j’ai ressenti une grande envie d’intimité, le besoin de me recentrer sur l’intérieur :  ma petite famille, mes amis proches, … mon ventre.

Mon ventre dans lequel la vie nous a fait la surprise de grandir à nouveau.  Je dis  »surprise » car cette grossesse n’était ni planifiée ni même réellement voulue.  Le Hobbit et moi avons juste été un peu trop insouciants et passionnés un soir et voilà que notre famille  »terminée » ne l’était plus.  Pour moi, le choix s’est fait instinctivement :  j’allais garder ce bébé.  Je l’aimais déjà, malgré la fatigue et les nausées incessantes, accablantes.  Pour mon homme, le désir de l’accueillir est venu plus progressivement.

Je l’ai su le 11 décembre dernier.  Ça n’a pas été le grand moment de joie que ça aurait pu être.  Je m’étais faite depuis quelques mois à l’idée de n’avoir pas de troisième enfant (mon Hobbit n’en voulait plus) et je m’étais lancée dans plusieurs projets personnels et professionnels que cette grossesse allait m’amener à laisser en suspens.  La difficile décision de fermer temporairement mon service de garde s’est d’ailleurs imposée au début des vacances des Fêtes.  Je ne me sentais pas la force d’offrir la même qualité de service en raison de ce début de grossesse difficile, le plus pénible des trois.  Moi qui n’avais pas connu les nausées les deux premières fois, j’étais maintenant servie, incapable de m’alimenter, survivant de jus de légumes et de compote de pomme.

J’ai dû attendre la 17e semaine de grossesse avant d’être soulagée (et pas complètement) de ces nausées.  C’est là qu’enfin je suis sortie de ce désagréable engourdissement de mes sens et de mes émotions.  J’ai pu me réjouir vraiment à l’idée de cette vie qui grandissait en moi.  J’ai passé l’essentiel des mois suivants à me caresser la bedaine et à la regarder grossir.  À parler à mon bébé de cette joie un peu amère qu’elle nous apportait.  Nous avons aussi préparé nos deux grandes filles à la venue de leur petite sœur.  L’été est arrivé et, avec lui, le besoin de faire le nid.  Laver de minuscules pyjamas et des bonnets encore plus petits, ressortir le berceau, préparer ma valise pour le grand jour…  les filles m’ont aidée à tout cela avec plaisir et dévouement.

Ma grossesse est arrivée à terme, nous nous sentions prêts, matériellement et psychologiquement, à accueillir le petit trésor et il ne restait plus qu’à attendre… quand la canicule s’est abattue sur moi.  Après quelques mois d’un relatif bien-être physique, voilà que ma grossesse redevenait fort pénible.  Enflée, dormant mal et peu motivée à cuisiner par cette chaleur, je me suis souvent sentie une mauvaise mère pour mes grandes filles qui, pourtant, étaient fort compréhensives.  J’ai eu vraiment hâte que cela finisse.

Pour cette grossesse-ci, pour la première fois, j’ai eu la chance de bénéficier d’un suivi par une sage-femme plutôt qu’un médecin.  Je ferai (bientôt, j’espère) un billet complet sur les différences entre les suivis de ces deux professionnels et ma très nette préférence pour l’accompagnement par une sage-femme.  Je tenais seulement à souligner à ce sujet que malgré mon envie que cette grossesse ne s’éternise pas, j’ai été heureuse qu’on ne tente pas de provoquer la naissance de ma fille et qu’on la laisse dépasser le terme sans m’inquiéter, qu’on lui accorde le droit de choisir le moment de sa naissance.  Sa naissance qui a été l’événement heureux et fort en émotions que l’on désire toutes vivre enceintes et que je souhaite donc raconter.  Parce que mes deux premiers accouchements, surtout celui de ma Fée, ont été différents et moins satisfaisants et que je les ai racontés en détails, mais qu’il est important de faire voir aussi que donner la vie peut être absolument une belle aventure.

J’avais rendez-vous avec la sage-femme ce vendredi-là, le 21 août, à 15h30, pour discuter d’un éventuel recours à des méthodes naturelles de déclenchement et avoir une prescription pour une échographie parce que ma grossesse en était à 41 semaines et 1 jour.  Mon Hobbit était parti travailler à Montréal pour la semaine et j’avais oscillé tous ces derniers jours entre ma hâte d’être délivrée et ma crainte que bébé naisse en l’absence de son père.  Il est rentré à la maison à 15h et j’ai perdu les eaux à son arrivée.  Mais c’était d’abord une très petite quantité et, dans la précipitation de mon départ retardé (je l’attendais pour prendre le relais auprès de nos filles), je n’ai pas compris que c’était cela, croyant bêtement à une fuite urinaire.

Je suis donc allée seule à mon rendez-vous avec la sage-femme et les contractions ont commencé dans l’auto, sur l’autoroute.  Les premières n’étaient pas très fortes et plutôt espacées (10-12 minutes).  Quand, à mon arrivée à la Maison des naissances, je lui ai montré mon leggings détrempé, ma sage-femme m’a, bien sûr, gardée avec elle et fait choisir une chambre de naissance.  J’ai prévenu mon Hobbit qui, après être allé reconduire les filles chez ma sœur comme convenu, est venu me rejoindre vers 18h.  Les contractions se sont aussitôt intensifiées et rapprochées.  Je n’ai jamais regardé l’heure ni chronométré, mais je n’avais le temps que de faire quelques pas entre la fin de l’une et le début de la suivante.  La sage-femme m’a fait la réflexion très juste que cette enfant avait attendu son père pour venir au monde, et par deux fois.

Un peu après 19h, j’ai demandé à aller dans le bain parce que ça devenait difficile à supporter, vu l’impossibilité de me reposer entre les contractions, et j’y suis restée jusqu’à la fin puisque le reflexe de poussée m’y a surprise.  Dans l’eau bien chaude, j’ai mis quelques contractions à trouver une position confortable pour accueillir la douleur et la laisser travailler, mais la pénombre et la présence calme de ma sage-femme et de son élève, leurs attentions (cette serviette froide sur mon front), toute cette belle ambiance qu’elles ont créée m’invitait à rester centrée positivement sur les sensations que je vivais et à garder mon calme et une belle confiance dans la capacité de mon corps à guider mon bébé vers la sortie.

Notre petite Fleur est donc née dans l’eau, ce qui n’était pas du tout prévu.  Si la première poussée (involontaire) m’a ébranlée et presque fait peur, les trois ou quatre suivantes ont permis la sortie facile de la tête.  Puis j’ai vécu une contraction sans poussée.  Nous avions convenu, ma sage-femme et moi, que pour minimiser le risque de déchirure, je laisserais mon corps faire le travail sans aucune poussée volontaire, en autant que l’état du bébé le permettrait.  C’était étrange pour moi de savoir que la tête était née mais que mon bébé n’avait pas encore pris son premier souffle, étant entièrement immergée, mais une dernière contraction avec poussée a permis la naissance des épaules à 20h22.  Un cri vigoureux et bébé était sur ma poitrine, me racontant à sa façon sa vision de sa naissance.  Je me souviens avoir pleuré alors.  Elle était si petite, si vigoureuse, toute enduite de vernix.

Après l’expulsion du placenta, nous sommes allées nous blottir ensemble dans le grand lit double, ma petite Fleur et moi, pour une première tétée.  J’ai tenté le breastcrawling, mais elle n’a pas réussi à boire dans cette position, alors j’ai fini par m’adosser à des oreillers et lui donner le sein en madone, qu’elle a tout de suite bien pris et longuement.  Mon Hobbit, assis tout à côté de moi, m’aidait à me servir à même un énorme plateau de fruits frais, accompagnés de noix et d’une boisson de soya, une petite attention pour nouvelle maman qui réchauffe le cœur en même temps qu’elle redonne de l’énergie.

Cette nuit-là a été éprouvante, malgré le confort du lit, la petite pleurant beaucoup, voulant le sein sans interruption.  Son besoin de succion se révélait immense et sa soif de contact plus encore.  Sa seconde nuit (à la maison, celle-là) a d’ailleurs été difficile aussi mais, ensuite, est venue la montée laiteuse et les nuits sont devenues étonnamment faciles et calmes tant que je la gardais assez près de moi pour qu’elle puisse me toucher.  Nous avons entrevu dès le premier matin que notre Fleur avait une belle confiance en la vie et en nous, une aura paisible.

Fleur

Nous avons été de retour à la maison dès le lendemain de la naissance, en fin d’après-midi.  Mais nous avons choisi de passer une autre nuit à trois, dans notre petit cocon de nouveaux parents désireux d’apprivoiser leur bébé tout neuf.  C’est donc le surlendemain de sa naissance que notre Fleur a fait la connaissance de ses deux grandes sœurs, dans mon lit.  Un moment très émouvant pour moi.  Elles se sont montrées attentives, douces et curieuses, la frôlant des doigts et des lèvres.

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Mon seul regret de granole, concernant ce magnifique accouchement bref et intense, tout naturel et presque parfait, a été de me résoudre à accepter une injection d’ocytocine après m’être allongée dans le lit parce que mon utérus avait cessé trop rapidement de contracter et qu’une légère hémorragie était à craindre.  Rien pour gâcher ma félicité.

Dans quelques jours, ma petite Fleur aura 3 mois.  À la naissance, elle pesait 7 lbs 4 onces et mesurait 50 cm.  Elle a déjà bien grandi et changé, cela passe si vite !

Je n’ai aucun motif de me plaindre :  elle est jusqu’à maintenant un bébé plutôt facile, qui pleure très peu et a une excellente santé.  L’allaitement va très bien et elle m’a fait sa première nuit de 8 heures consécutives à l’âge de trois semaines.  Elle ne fait bien entendu pas toutes ses nuits, mais elle ne se réveille le plus souvent qu’une fois ou deux et se rendort aussitôt sa faim assouvie.

Je me remets donc bien de cet accouchement et je n’ai plus de raison de vous négliger, sauf peut-être cette envie légitime de profiter de chaque précieux petit moment avec bébé.  À bientôt !